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Quand France Inter passe en revue la mondialisation ...

L’exercice de la revue de presse est dĂ©licat : il s’agit de faire une sĂ©lection d’extraits d’articles et d’Ă©ditoriaux de la presse Ă©crite pour les livrer aux auditeurs en moins de dix minutes sans trop donner une impression de catalogue. Le recours Ă  un « angle » destinĂ© Ă  apporter une certaine cohĂ©rence aux choix faits et Ă  l’ordre de prĂ©sentation proposĂ© semble alors s’imposer. En ce vendredi 5 aoĂ»t 2005, sur France Inter, Bruno Duvic avait choisi un angle original ...

EntrĂ©e en matière : « Un footballeur français dans un club espagnol, entraĂ®nĂ© par un brĂ©silien, sponsorisĂ© par un allemand ; une entreprise d’agroalimentaire française elle aussi, soi-disant menacĂ©e d’OPA par un amĂ©ricain avec un suisse prĂŞt Ă  jouer les recours ; un rĂ©seau terroriste dirigĂ© par un saoudien, qui fait exploser des bombes sur tous les continents et lance ses menaces sur Internet et les tĂ©lĂ©visions par satellite ». Un bel « inventaire Ă  la PrĂ©vert », si Bruno Duvic n’avait dĂ©couvert un point commun. Lequel ? La mondialisation !

Voici : « Zidane, Danone, Al-QaĂŻda, tout cela, pour le meilleur et pour le pire, est devenu banal, on ne peut plus quotidien, et c’est justement cela qui est intĂ©ressant. Mondialisation, altermondialisation, en ce vendredi oĂą l’actualitĂ© fait une pause, les journaux, chacun Ă  sa manière, portent leur regard sur ce très vaste phĂ©nomène. » Une prĂ©tendue pause favorable Ă  une intense rĂ©flexion que Bruno Duvic entend faire partager par les auditeurs, en promettant une prĂ©sentation Ă©quilibrĂ©e (« pour le meilleur et pour le pire »). C’est parti ...

... En commençant par l’Ă©vocation d’un article du Monde, qui « souligne que la Bourse salue les rĂ©sultats des grands groupes français  », malgrĂ© une conjoncture nationale difficile : en effet, beaucoup de ces groupes « font des affaires miraculeuses Ă  l’Ă©tranger ». Hosannah : « les [toutes ?] entreprises françaises jouent Ă  fond la carte de la mondialisation ». Certes, Le Monde prĂ©cise que « dans un système oĂą l’actionnaire est roi, on devine que la prioritĂ© est d’arrondir les dividendes plutĂ´t que de stimuler les salaires ou l’emploi  », et que « les gros profits ne signifient pas croissance en hausse ou chĂ´mage en baisse » ; mais la leçon que Bruno Duvic tire de la citation menace de rĂ©duire Ă  nĂ©ant le petit effort d’Ă©quilibre consenti : « On le voit, la mondialisation a ses partisans, qui estiment que l’argent rĂ©coltĂ© par les entreprises françaises Ă  l’Ă©tranger nous rapporte toujours quelque chose ». Dommage de terminer en revenant sur le point de vue des partisans de la mondialisation ...

Mais Bruno Duvic enchaĂ®ne aussitĂ´t pour donner la parole, apparemment, Ă  ceux qui sont « persuadĂ©s du contraire  ». Et de prĂ©ciser : « Parmi eux, l’association Attac  ». Bon, d’accord, va pour Attac. Ses analyses, ses propositions ? ... Perdu... La question est celle-ci : « Quelles sont les mĂ©thodes d’Attac pour lutter contre les dĂ©rives de la globalisation ? » Il sera donc question non des positions d’Attac, mais de ses mĂ©thodes. Et qu’auraient de particulier ces mĂ©thodes ? Le Figaro croit le savoir, et Bruno Duvic le rapporte avec une gourmandise que l’emploi du conditionnel vient Ă  peine nuancer : Attac serait en train d’« infiltrer l’École », et nombreux seraient les enseignants membres d’Attac qui relaieraient les propos de l’association dans leurs cours : « les Collèges et les LycĂ©es seraient un terreau très fertile pour faire du prosĂ©lytisme. Un professeur d’histoire d’un lycĂ©e de Saint-Denis en banlieue parisienne, qui dit en avoir « marre du militantisme Ă  l’Ă©cole », dĂ©crit cette mĂ©thode  ».

Notons que le conditionnel du dĂ©but de cette phrase n’a plus son pendant quand on parle de « cette mĂ©thode  », dont l’existence ne semble plus faire de doute. Et Bruno Duvic de rapporter en dĂ©tail les propos de cet enseignant - des propos dont ni les lecteurs du Figaro, ni les auditeurs de France Inter ne sont vĂ©ritablement en mesure de vĂ©rifier la validitĂ© -, ainsi que ceux d’une collègue « sympathisante socialiste  », qui Ă©met elle aussi des rĂ©serves.

Ă€ l’exposĂ© dĂ©taillĂ© des mĂ©thodes incriminĂ©es (confĂ©rences/dĂ©bats d’apparence anodine censĂ©es se transformer rĂ©gulièrement en rĂ©unions de « recrutement », ou cours, paraĂ®t-il, truffĂ©s de tournures trop ouvertement orientĂ©es) ne rĂ©pond qu’une simple position de principe d’Attac (se dĂ©fendant de donner toute consigne), et du Ministère (qui dit avoir confiance dans le sens de l’Ă©thique qui est celle de la grande majoritĂ© des enseignants). Certes, il est possible que les tĂ©moignages des premiers soient plus prolixes que les rĂ©actions des seconds (ce qui expliquerait alors pour partie qu’il leur soit accordĂ© plus de place qu’aux objections) ; malgrĂ© tout, l’effet est garanti : les « alters » n’ont en fait pas vraiment droit Ă  la parole sur le sujet et ... pas du tout sur les effets de la mondialisation !

Suite de la revue de presse : « Autre visage de la mondialisation, la prolifĂ©ration nuclĂ©aire ». L’Ă©vocation d’Hiroshima et des nĂ©gociations avec l’Iran sur sa production nuclĂ©aire s’appuie sur des articles du New Scientist de Londres (repris par Courrier International) et de La Croix, et n’appelle pas de remarque particulière.

Et Bruno Duvic de conclure sur ce point et d’enchaĂ®ner ainsi sur la suite : « DĂ©cidĂ©ment, elle ne fait pas rĂŞver, cette mondialisation, et pourtant ça n’est pas une catastrophe, c’est bien une aventure passionnante. » Ouf ! « Il faut rĂ©enchanter la mondialisation. » C’est en fait le sociologue Jean Viard qui dit cela dans l’hebdomadaire La Vie. Adoptons la « positive attitude », car, selon Jean Viard citĂ© par Bruno Duvic, la mondialisation c’est le bonheur : « Il faut recharger le futur en dĂ©sir, ressusciter la notion de progrès. La mondialisation, c’est la rĂ©union des hommes et des civilisations, c’est une source de paix et d’opportunitĂ©s multiples ». Et on en passe sur d’autres manifestations d’extase que doit par exemple susciter le fait de pouvoir manger chinois Ă  Paris ou que les Chinois nous achètent (parfois) des Airbus ...

L’Ă©loge de la mondialisation a dĂ©sormais complètement dĂ©vorĂ© la promesse (non tenue) d’une prĂ©sentation Ă©quilibrĂ©e.

Suit alors une sorte d’intermède : notre journaliste s’attarde sur les intentions, Ă©voquĂ©es et critiquĂ©es par certains organes de presse, de la SNCF de fermer certaines lignes transversales jugĂ©es non rentables. La mondialisation est temporairement laissĂ©e de cĂ´tĂ© ...

Mais elle n’est pas loin ... puisque le moment est enfin venu de parler de Zidane, qui avait servi initialement Ă  justifier l’angle de prĂ©sentation choisi. Son retour annoncĂ© en Ă©quipe de France de football aurait fait de nombreux heureux, y compris (et surtout ?) parmi quelques grandes entreprises, dont les intĂ©rĂŞts sont plus ou moins liĂ©s Ă  ceux de « Zizou » [1]. Quand finalement on se rappelle que Zidane « est tout de mĂŞme l’homme qui a marquĂ© deux buts lors de la finale de la Coupe du Monde » on se dit «  qu’elle est pas si mal que ça, la mondialisation !  » [2]

A dire vrai, tout conduisait Ă  cette conclusion puisque, Ă  l’exception de l’Ă©vocation des effets du nuclĂ©aire militaire, rien ne laissait penser le contraire [3].

Stanislas.

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