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Lire : Les Empoisonneurs, de Sébastien Fontenelle

par Maxime Friot,

Sébastien Fontenelle publie Les Empoisonneurs. Antisémitisme, islamophobie, xénophobie. Un court essai, chez Lux, dans lequel il revient sur vingt ans d’indulgences médiatiques face aux propos racistes de quelques « imprécateurs ».


« Il y a presque cent ans, les pires horreurs pouvaient […] être dites ou écrites sous le couvert protecteur de la prétendue grande culture française », écrit Sébastien Fontenelle en faisant référence à la réception critique du livre antisémite de Céline Bagatelles pour un massacre (1937). Puis de peindre, par petites touches (une trentaine de très courts chapitres rangés chronologiquement), un tableau édifiant des années 2000-2020 :

Des propagandistes réactionnaires excitent ou entretiennent dans l’opinion publique des colères identitaires et des passions altérophobes. Les principales victimes de leur brutalité verbale sont « les migrants » […] et, plus encore, « les musulmans ». Ce dénigrement n’est pas inédit : il rappelle évidemment les campagnes nationalistes qui, dans les premières décennies du siècle précédent, vilipendaient « les étrangers » et « les Juifs ».

Parce que c’est dans ses rangs que se trouvent encore quelques foyers de résistance à leur férocité, ces idéologues s’en prennent aussi à la gauche antiraciste : de la même façon que les droites d’antan vitupéraient contre le « judéo-bolchevisme », eux fustigent ce qu’ils appellent l’« islamo-gauchisme ».

Ces imprécateurs au vrai peu nombreux, mais très présents dans la presse et les médias dominants, sont connus. Leurs opinions le sont aussi, et font régulièrement l’objet de réfutations – qui ne bénéficient pas de la même promotion médiatique. Les procédés auxquels ils ont recours pour mieux verrouiller leur emprise sur le débat public sont notoires : on sait, par exemple, qu’ils aiment à se présenter comme des anticonformistes alors qu’ils sont au service de la pensée dominante, et à se poser en victimes d’une prétendue « tyrannie de la bien-pensance » alors qu’ils passent leur temps à invectiver quiconque défend d’autres avis que les leurs.


Sébastien Fontenelle pointe les doubles discours de ces « empoisonneurs », qui « passent leur temps à suggérer que les migrants et les musulmans seraient antisémites », et qui, en même temps, « font parfois preuve d’étonnantes complaisances » :

Lorsqu’ils se trouvent confrontés, dans leurs alentours culturels et idéologiques, à des considérations équivoques – ou plus nettement problématiques – sur les Juifs ou sur « l’histoire de la Seconde Guerre mondiale », il arrive ainsi qu’ils fassent preuve de beaucoup d’indulgence. Voire : qu’ils cherchent (et trouvent) à leurs auteurs des circonstances atténuantes.


Ainsi du Point qui célèbre un pamphlet islamophobe d’Oriana Fallaci, et qui ne publiera pas une ligne sur un livre ultérieur dans lequel elle « prend la défense de deux négationnistes notoires » ;

Ainsi d’Alain Finkielkraut, qui invite sur France Culture – où il anime une émission hebdomadaire – son ami Renaud Camus, théoricien du concept raciste de « grand remplacement », et qui le défend contre les accusations d’antisémitisme ;

Ainsi des journaux et des chaînes de télé qui continuent d’inviter et de relayer la parole d’Éric Zemmour, qui peint le maréchal Pétain « en sauveur des Juifs français » (par exemple) ;

Ainsi d’Ivan Rioufol, de Franz-Olivier Giesbert, etc.

Sébastien Fontenelle revient, en passant, sur l’hypocrisie du Monde, qui déclare Éric Zemmour non fréquentable, mais reçoit avec les honneurs Alain Finkielkraut [1] :

Il faut le répéter : l’essayiste dont Le Monde, institué en arbitre des élégances intellectuelles et médiatiques, loue la délicatesse pour mieux minimiser ses cruautés altérophobes et le journaliste dont le même quotidien fustige la grossièreté parlent en réalité d’une seule et même voix lorsqu’ils dénoncent, l’un le « grand remplacement », l’autre le « remplacisme global ».


Les relais médiatiques ne manquent pas : les chaînes d’info bien sûr, les « journaux et magazines qui continuent d’employer des rhéteurs xénophobes ou de leur ouvrir grand leurs pages », aussi. Autant de caisses de résonance pour « ces imprécateurs [qui] lancent régulièrement des imputations d’antisémitisme contre les migrants, contre les musulmans, et contre la gauche antiraciste » ; mais qui regardent ailleurs quand les mêmes font preuve de complaisance à l’égard d’antisémites notoires [2].

Des tartuffes, en somme, dont les contorsions prêteraient à rire… si les racismes dont ils se font les garants sinon les promoteurs, n’avaient pas, comme le rappelle Sébastien Fontenelle, de sinistres conséquences.


Maxime Friot

 

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Notes

[2De « l’antisémitisme qui vient d’en haut », pour reprendre le titre de la recension réalisée par Les mots sont importants.

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