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Lire : Almanach critique des médias, d’Olivier Cyran et Mehdi Ba

Cet almanach de 360 pages, publié sous la responsabilité éditoriale d’Olivier Cyran et Mehdi Ba [1] aux Editions des Arènes est diffusé dans toutes les bonnes librairies au prix de 29,80 euros. Des articles de fond, des brèves, des illustrations, des quiz... Plus de 50 collaborateurs. En guise de présentation, lire, ci-dessous, l’introduction rédigée par les auteurs. Nous y reviendrons (Acrimed).

Introduction

Un almanach contre l’info transgénique

On n’avait que l’embarras du choix  : informations déformées ou carrément bidon, charlataneries, amalgames, stéréotypes, téléachat, brouhaha idéologique, bourrages de crânes, soliloques prétentieux, effets de mode, renvois d’ascenseurs et nuages de fumée, le florilège que vous trouverez dans ces pages n’est pas exhaustif, loin s’en faut (plusieurs almanachs seraient nécessaires pour faire le tour de la question). Mais il est assez large pour donner au lecteur une spectaculaire vue d’ensemble sur la panouille médiatique. En décloisonnant les genres et les thèmes, en regroupant contributions inédites et articles déjà publiés, en alternant les matraquages les plus récents avec les vieux classiques de la désinformation à la française, nous avons tâché de réunir dans un même volume les objets dispersés de la critique des médias.

De ce panorama se dégage un constat : dans le dispositif médiatique, le “ journalisme de terrain ” est au mieux un alibi, au pire un obstacle. Les barons de la presse ne s’en cachent même plus : “ Mieux vaut rester au bureau, lire un bon rapport, connaître un dossier, mener des investigations sur Internet que courir micro en main à La Courneuve ”, expliquait en juin 2005 Jean-Paul Cluzel, le président de Radio France, devant la Société des journalistes. Comment s’en étonner ? Même si la noble figure du “ grand reporter ” est bien ébréchée elle aussi par les impostures - on en trouvera quelques exemples édifiants dans les pages qui suivent -, il lui arrive encore ici ou là de répondre à la définition que l’on voudrait se faire du journalisme : une activité foncièrement indisciplinée qui consiste à jeter un regard curieux sous le jupon des apparences, porter témoignage du monde qui nous entoure et des forces qui le gouvernent. Or les médias ont besoin de discipline. Le journalisme, ils ne le conçoivent que sous forme de biens de consommation standard, plus ou moins bâclés, plus ou moins nocifs, mais toujours bien ordonnés. En ce sens, la critique des médias constitue bel et bien une défense du journalisme, une contribution pour sauver ce qui peut l’être et l’encourager à ne pas se confondre avec ses avatars dominants.

D’ailleurs, la plupart des collaborateurs de L’almanach sont eux-mêmes des journalistes, même s’ils n’émargent pas chez Lagardère, Dassault, Rothschild, ni chez ces faux indépendants qui rabâchent les gros titres du hit-parade avec l’ardeur du converti. Ces journalistes entrés en résistance, on les trouve par exemple dans l’équipe de PLPL, “ le journal qui mord et fuit ”, engagé depuis cinq ans dans une dissection minutieuse et sardonique du “ Parti de la presse et de l’argent (PPA) ” : ses archives ont livré à L’almanach un grand nombre de morceaux de choix. On en trouve aussi à l’Acrimed, association qui depuis dix ans recense inlassablement les perles du verbiage médiatique : une bonne partie des “ brèves ”, des encadrés ou des articles publiés ici n’auraient pas pu voir le jour sans le précieux travail de ses bénévoles.

À ces précurseurs de la critique des médias vient s’ajouter la bande des journaux réellement indépendants, fauchés comme les blés mais bien déterminés à fournir une information non transgénique, y compris sur cette “ grande presse ” qui les dédaigne : CQFD, Fakir, La Lettre à Lulu, Satiricon, Cuverville... Nos remerciements aussi aux flibustiers des télévisions libres, au premier rang desquels Zaléa TV, d’autant plus “ libres ” que le CSA leur refuse le droit d’émettre. Citons encore les francs-tireurs de l’Internet - Indymédia, Peripheries.net, Les mots sont importants, Tocsin, etc. - qui s’emploient régulièrement à décortiquer la manière dont tel ou tel “ grand sujet de société ” arrive pré-cuisiné pré-mâché entre les mains du consommateur. Sans compter enfin les individus réfractaires qui travaillent parfois dans la grande presse sans pour autant abdiquer leur lucidité sur ce qui s’y passe et ce qu’elle raconte.

Bien entendu, les auteurs de L’Almanach critique des médias ne forment pas un bloc homogène. À chacun ses idées, son histoire, son savoir-faire. À chacun sa propre conception des méthodes à inventer ou mettre en œuvre pour contrecarrer le bulldozer du “ traitement de l’actualité ”. Mais chacun sait aussi que ce n’est pas un croche-patte isolé qui le ramènera au garage, et qu’il vaut mieux s’y mettre à plusieurs. C’est plus efficace et, surtout, beaucoup plus drôle.

Olivier Cyran et Mehdi Ba

 

Notes

[1Auxquels nous avons ouvert nos archives pour qu’ils en fassent l’usage de leur choix

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