(1) Matraquages et dédoublements (2) Quand Libération regarde la télévision (3) Quand Le Monde regarde la télévision (4) Quand Daniel Schneidermann invite au "débat"
Première version : 27 et 28 avril 2002. Compléments et mises à jour du 05-05-2002
Le Monde-Télévision, samedi 27 avril. Daniel Schneidermann - sous le titre "Débats" - répond à tous ceux qui refusent de transformer la télé en bouc émissaire
« Ne pas faire de la tĂ©lĂ© le bouc Ă©missaire ». Et Daniel Schneidermann de commencer - nous rĂ©sumons - par concĂ©der Ă ceux qui brandissent cette dĂ©fense que les Ă©lecteurs du Front National sont responsables de leur vote et que la campagne de Jospin et de Chirac a pesĂ© lourd sur les rĂ©sultats.
« Ne pas faire de la tĂ©lĂ© le bouc Ă©missaire […] Mais tout de mĂŞme, comment ne pas entendre ce que ces Ă©lecteurs de vilages tranquilles qui, poussĂ©s dans leur retranchement au lendemain du premier tour, admettent devant les camĂ©ras que "c’est ce qu’ils voient Ă la tĂ©lĂ©" qui les a incitĂ©s Ă voter Le Pen ?
Ne pas faire de la tĂ©lĂ© un bouc Ă©missaire. Mais tout de mĂŞme […] Est-il sain que les deux principales chaĂ®nes, chaque jour Ă 13 heures, par les bouches jumelles de Pernaut et Bilalian, rĂ©pètent sur tous les tons que « la France a peur » ? Faut-il quand on est prĂ©sentateur, dans ses mots, dans ses mimiques, choisir d’Ă©pouser l’exaspĂ©ration populaire telle qu’on se l’imagine ?
Chaque jour, depuis le commencement des temps, surviennent des faits divers parfois dramatiques. Faut-il en faire le centre de gravitĂ© du monde, les relier entre eux Ă coups de haussements de sourcils et de soupirs entendus, donnant l’impression d’un enchaĂ®nement implacable ? Il n’est Ă©videmmment pas question de demander Ă quiconque de se bander les yeux. Bien sĂ»r, que les journaux, Ă©crits et tĂ©lĂ©visĂ©s, doivent Ă©voquer la hausse de la dĂ©linquance, et se pencher sur les peurs de la sociĂ©tĂ©. Mais sur quel ton, Ă quelle dose ? Les mĂ©dias audiovisuels ne pourront pas longtemps esquiver ce dĂ©bat-lĂ . »
Ainsi nous est promis le rituel des discussions sans effet et des actes de contritions sans conséquence qui scandent désormais tous les "dérapages" des médias. ..
Avant que l’amnĂ©sie n’ait complètement recouvert "ce dĂ©bat-lĂ ", deux rappels.
– Daniel Schneidermann est l’auteur d’un ouvrage - Le journalisme après Bourdieu - oĂą il faisait l’Ă©loge du fait divers.
– Daniel Schneidermann est journaliste au Monde. Pour mĂ©moire, rappelons (avec l’aide de Pour lire pas lu n°6) les quelques faits suivants.
En aoĂ»t dernier, des milliers de vendeurs de journaux se virent offrir par les services du Monde des affichettes publicitaires : « InsĂ©curitĂ© : Alerte ! »
Le 2 aoĂ»t, Le Monde faisait sa " une " sur : « DĂ©linquance : les chiffres qui inquiètent ». Un des articles, titrĂ© « Week-end de violences ordinaires dans la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne » n’avait rien Ă envier aux journaux tĂ©lĂ©visĂ©s de TF1 et de France 2 :
« Le samedi, Ă 7 heures, un homme a Ă©tĂ© agressĂ© Ă son domicile, Ă Vaujours. Après l’avoir ligotĂ©, ses trois agresseurs lui ont dĂ©robĂ© son tĂ©lĂ©phone mobile et une somme de 13 000 francs. Quatre heures plus tard, un chauffeur qui rentrait chez lui a Ă©tĂ© attaquĂ© Ă Saint-Ouen. Sous la menace d’une arme, il a dĂ» vider son portefeuille, qui ne contenait que 350 francs. A 14 h 30, des violences avec arme ont Ă©tĂ© signalĂ©es Ă Bagnolet. »
L’Ă©ditorial du mĂŞme jour - « La gauche et la sĂ©curitĂ© » - entonnait dĂ©jĂ le refrain qui devait donner le "ton" de la campagne Ă©lectorale :
« On doit constater que l’insĂ©curitĂ© des citoyens s’accroĂ®t et que les craintes, voire les angoisses, dont beaucoup d’entre eux se font l’Ă©cho, sont en grande partie justifiĂ©es. C’est sans doute le principal Ă©chec de la gauche, qui a tardĂ© Ă prendre conscience de cette situation et qui ne s’est pas donnĂ©, en temps voulu, les moyens d’y faire face. »
Une analyse du Monde-TĂ©lĂ©vision (et des articles parus après le 5 mai : Quand le dĂ©bat mĂ©diatique s’enflamme)