💰 Dégageons les capitalistes des médias : signez notre pétition !
‹ Retour à l'accueil

Les barbouillages du Parisien sur les absences des enseignants

De l’art de tout mélanger. Comment et avec quels effets.

Le Parisien-Aujourd’hui en France Ă©dite deux mĂ©dias : un journal imprimĂ© et un site Web. Deux mĂ©dias bien diffĂ©rents, qui hiĂ©rarchisent l’information Ă  leur manière.

Par exemple, sur le site – un site d’information en continu – le mercredi 20 janvier Ă  10 h. du matin, on trouvait ceci Ă  la « Une » :

Tandis que la version papier du jour nous proposait cela :

Un titre chic et choc qui évoque l’inusable antienne sur l’absentéisme massif des enseignants, ces paresseux qui sont toujours en vacances ou en congés maladie.

Le sous-titre (en caractères proportionnellement si petits qu’il est Ă  peine lisible sur notre image), Ă©voque lui un sujet lĂ©gèrement diffĂ©rent : « De plus en plus de parents d’élèves sont exaspĂ©rĂ©s par les absences non remplacĂ©es d’enseignants. Aujourd’hui, certains d’entre eux vont manifester leur mĂ©contentement devant le ministère de l’Éducation ».

Le titre annonce un dossier sur les absences de profs et le sous-titre un dossier sur leur non-remplacement. Du moins approximativement. MĂŞme le « concepteur » de cette « Une » pourrait comprendre que ces deux questions sont diffĂ©rentes :
- Pourquoi les profs sont-ils absents ?
- Pourquoi les profs absents ne sont-ils pas remplacĂ©s ?

Intentionnel ou pas, la confusion entretenue par l’énorme titre de « Une » a pour effet de flatter les prĂ©jugĂ©s banalement hostiles aux enseignants.

Or, il suffit de lire la double page intĂ©rieure (p.2 et 3) pour dĂ©couvrir qu’il ne s’agit nullement d’expliquer « Pourquoi autant de profs sont absents ». Sur les sept articles du « dossier » (très inĂ©gaux, souvent anecdotiques, mais rarement scandaleux…), un seul – intitulĂ© « Pourquoi ça coince » - aborde cette question dans le paragraphe suivant, qui occupe un quart de l’article (lui-mĂŞme parfaitement acceptable) :

«  Davantage d’absences ? Oui et non. Les profs n’ont pas un taux d’absentĂ©isme supĂ©rieur aux autres salariĂ©s, quoi qu’en dit le rapport commandĂ© Ă  un cabinet extĂ©rieur en 2008 par Xavier Darcos. “Une absence de prof est Ă©videmment plus apparente que celle d’un salariĂ© dans un bureau planquĂ©”, explique un proche du recteur. Le rapport comptabilisait en outre les congĂ©s maternitĂ©. Et lĂ , oui, tout le monde le reconnaĂ®t, ils sont nombreux. » Et la suite de prĂ©ciser que le rajeunissement et la fĂ©minisation du corps enseignant expliquent l’importance de ces congĂ©s.

Il reste que cette double page, si elle aborde les raisons de l’absence de remplacements, est essentiellement consacrĂ©e Ă  ce qu’annonce son titre : « Enseignants absents : le ras-le-bol des parents ». Encore un titre qui entretient la confusion sur la cible de ce prĂ©tendu « ras-le-bol » : les absences des enseignants ou l’absence de remplacements – autrement dit… « l’absentĂ©isme » du ministère ?

Ce « ras-le-bol » est illustrĂ© par la moitiĂ© des articles qui accumulent de simples exemples (qui continuent souvent Ă  entretenir la confusion). Mais pourquoi en parler maintenant ? C’est ce que nous apprend le « chapeau » de la double page. « Des parents d’élèves vont protester cet après-midi au ministère de l’Éducation nationale contre le nombre de profs absents non remplacĂ©s. Une situation qui s’aggrave partout ».

Qui sont ces parents qui s’apprĂŞtent Ă  manifester ? A l’appel de qui ? Le « dossier » ne le dit pas. On apprend seulement au dĂ©tour d’un encadrĂ© que « des parents d’élèves de la FCPE » [en vĂ©ritĂ© la FCPE elle-mĂŞme], ont lancĂ© un site Internet : « Ouyapascours » (dont nous donnons l’adresse qui ne figure pas dans le « dossier » du Parisien). Et rien ne nous dit que la manifestation est Ă©galement appelĂ©e par des… enseignants, notamment de la Seine-Saint Denis. Fâcheuse omission…

Finalement quel est l’objet de ce « dossier » ? Expliquer un mouvement de parents d’élèves contre les carences de l’Éducation Nationale ? Ou entretenir, non sans dĂ©magogie, un mĂ©contentement qui viserait indistinctement, le ministère et les enseignants eux-mĂŞmes ? On ne sait. Mais les titres le savent pour nous et mieux que les articles eux-mĂŞmes. Il doit ĂŞtre difficile d’être une « simple » journaliste au Parisien quand les titres et la mise en perspective ne dĂ©pendent pas de vous…

Alors que même le ministère annonce (de façon dissuasive) 20% d’enseignants en grève pour la journée d’action de la fonction publique du 21 janvier, Le Parisien, la veille, s’est emparé d’une autre actualité. Nul doute qu’il consacrera le lendemain une double page aux motifs et aux revendications des enseignants et des autres salariés mobilisés.

Henri Maler

Notre association

Acrimed, observatoire des médias

Acrimed (Action-Critique-Médias) est une association d'intérêt général à but non lucratif, fondée en 1996. Observatoire des médias né du mouvement social de 1995, Acrimed cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d'une critique indépendante, radicale et intransigeante.

Qui sommes-nous ?

Pour qu'un autre monde soit possible, d'autres mĂ©dias sont nĂ©cessaires !

Acrimed est une association qui tient à son indépendance. Nous ne recourons ni à la publicité ni aux subventions. Vous pouvez nous soutenir en faisant un don ou en adhérant à l'association.