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Le Monde n’est pas palestinien

Pour Jean-Marie Colombani, si « nous sommes tous amĂ©ricains », il est impossible que nous soyons « tous palestiniens ». Notamment parce qu’ Ariel Sharon serait la crĂ©ature de Yasser Arafat (et les Palestiniens les principaux responsables de leur sort …). Une telle agression contre la vĂ©ritĂ© valut Ă  Jean-Marie Colombani de devenir Ă  son tour la victime d’une agression (implicite …) : une sorte de lĂ©gitime dĂ©fense de certains journalistes du Monde. Telle est du moins la leçon (tendancieuse …) que l’on peut retenir de deux articles que nous avons extraits de notre sĂ©rie « Le Monde en Brèves » [1].

Jean-Marie Colombani agresse la vérité

Dans le numĂ©ro du Monde, oĂą sous le titre « Une sĂ©lection du "New York Times" », Le Monde annonce Ă  ses lecteurs l’excellente nouvelle de la publication d’un supplĂ©ment en anglais du quotidien de rĂ©fĂ©rence amĂ©ricain, (Le Monde datĂ© du 3 avril 2002), Jean-Marie Colombani, dĂ©cidĂ©ment très en verve, rĂ©dige un long Ă©ditorial, dont le titre mĂŞme minimise la gravitĂ© de la situation en Palestine : "Incendie".

Et c’est pour nous apprendre d’abord, engageant ainsi le journal qu’il dirige, que :
« (...) toute sortie de cette lutte suicidaire de l’un contre l’autre devra obĂ©ir Ă  des principes pour nous fondamentaux : il faut deux États, IsraĂ«l et Palestine, dont la coexistence et les frontières doivent ĂŞtre garanties ; tout processus de paix devra repartir des acquis d’Oslo et de Camp David ; le droit international, sans cesse proclamĂ©, devra ĂŞtre enfin appliquĂ©. »
Autrement dit, une fois le conflit rĂ©solu, « "e droit international (...) devra ĂŞtre enfin appliquĂ© ». Inversion des principes, indubitablement « fondamentale »

Pourtant la suite est encore plus brillante :
« Mais avant d’Ă©mettre le jugement que tout le monde, en Europe, a sur les lèvres, et que beaucoup de responsables mondiaux, en demandant Ă  l’ONU le retrait d’IsraĂ«l de Ramallah, ont dĂ©jĂ  prononcĂ©, gardons-nous d’oublier que Sharon est, et reste, le choix d’Arafat. »

Soutenir que l’existence du gouvernement Sharon et la politique qu’il mène soient une pure consĂ©quence de la politique d’Arafat serait dĂ©jĂ  une thèse inacceptable. Mais que dire de celle qui affirme qu’Arafat a « choisi" » Sharon ?

On ne se souvient pas que Jean-Marie Colombani aie poussĂ© l’outrecuidance Ă©ditoriale jusqu’Ă  Ă©crire que les attentats de l’UCK, en 1998-1999, Ă©taient la preuve que cette organisation avait « choisi » Slobodan Milosevic ...

Quoi qu’il en soit, on pourrait attendre d’un journaliste qu’il Ă©taye son interprĂ©tation sur des faits, comme la direction du Monde ne cesse de l’enseigner Ă  la terre entière. Qu’on en juge :
« Yasser Arafat en effet, en septembre 2000, a choisi de refuser la paix qui lui Ă©tait proposĂ©e par la gauche israĂ©lienne et garantie par le prĂ©sident Clinton ; il a alors refusĂ© de s’engager sur une voie qui dessinait deux États, deux et non une confĂ©dĂ©ration ou tout autre forme susceptible d’absorber IsraĂ«l. »

De telles assertions reposent sur des dissimulations et des mensonges : ces deux plaies du journalisme.

- Jean-Marie Colombani dissimule les tĂ©moignages, pourtant publiĂ©s par Le Monde, de membres de l’administration Clinton qui contestent que l’Ă©chec des ultimes nĂ©gociations entre Barak et Arafat soit dĂ» Ă  un refus palestinien.

- Jean-Marie Colombani ment : Arafat n’a pas refusĂ© l’existence de deux États

A ne pas distinguer les faits et les commentaires, Colombani administre Ă  toute la rĂ©daction du Monde la leçon de dĂ©ontologie que sans doute elle attendait [2].

Le Monde agresse Jean-Marie Colombani

Dans un dossier « Ă©quilibrĂ© » (ce qui ne veut pas dire « indiscutable »), Le Monde du 16 avril 2002, sous la signature de Mouna NaĂŻm, rappelle le dĂ©veloppement des ultimes nĂ©gociations entre Palestiniens et IsraĂ©liens sous le règne de Clinton :

« M. Barak avait une idĂ©e en tĂŞte, conclure le plus rapidement possible et parvenir Ă  un accord sur la fin du conflit, alors que les engagements pris en vertu des accords intĂ©rimaires n’avaient pas encore Ă©tĂ© remplis. Bill Clinton Ă©tait sur la mĂŞme longueur d’onde, qui voulait terminer en apothĂ©ose son second mandat, venant Ă  Ă©chĂ©ance quelques mois plus tard. Les mises en garde palestiniennes avertissant que les choses n’Ă©taient pas mĂ»res pour une rencontre conclusive n’ont pas Ă©tĂ© prises en considĂ©ration. Le sommet a Ă©tĂ© convoquĂ© par M. Clinton pour le 11 juillet. Alors mĂŞme que les deux parties n’avaient encore jamais sĂ©rieusement dĂ©battu des questions les plus difficiles inscrites Ă  l’ordre du jour des pourparlers sur le statut dĂ©finitif des territoires, qu’il s’agisse de JĂ©rusalem-Est, des rĂ©fugiĂ©s, de la colonisation, MM. Clinton et Barak pensent pouvoir boucler le dossier lors d’une nĂ©gociation-marathon Ă  huis clos de quelques jours. Les " paramètres " proposĂ©s par M. Clinton aux deux parties Ă©taient un tout Ă  prendre ou Ă  laisser.
Le sommet n’a donnĂ© aucun rĂ©sultat. IsraĂ«l affirme qu’il a " offert " aux Palestiniens un pont d’or qu’ils ont rejetĂ©. Cette version a Ă©tĂ© aussitĂ´t contestĂ©e par les Palestiniens dont l’un des nĂ©gociateurs, Akram HaniyĂ©, a publiĂ© un procès-verbal de la rencontre.
Une enquĂŞte menĂ©e par Le Monde auprès des diffĂ©rentes parties montre une rĂ©alitĂ© nuancĂ©e (Le Monde du 29 dĂ©cembre 2000). En juillet 2001, Robert Malley, conseiller du prĂ©sident Clinton, qui participait aux pourparlers, a dĂ©montĂ© quelques " mythes " Ă  propos de Camp David (lire page 8). M. Barak a fait Ă  Camp David des propositions qu’aucun premier ministre israĂ©lien avant lui n’avait faites et a brisĂ© des tabous. Les Palestiniens ont fait des concessions mais les propositions qui leur ont Ă©tĂ© faites par IsraĂ«l Ă©taient en deçà de leurs aspirations.
En dĂ©cembre, lors de nĂ©gociations qui ont eu lieu Ă  Taba, en Egypte, les deux parties ont pu rĂ©duire le fossĂ© qui les sĂ©parait. Ces nĂ©gociations ont Ă©tĂ© interrompues en janvier 2001, Ă  la demande de la partie israĂ©lienne en raison de l’imminence d’Ă©lections lĂ©gislatives anticipĂ©es. Entre-temps, la visite d’Ariel Sharon, alors chef de l’opposition de droite, sur l’Esplanade des MosquĂ©es Ă  JĂ©rusalem le 28 septembre 2000 avait encore accentuĂ© la colère palestinienne - qui prit la forme de l’Intifada Al-Aqsa. »

Et pour aggraver le tout, Le Monde publie Ă  nouveau, le point de vue de Robert Maley " Camp David-2000 : le dĂ©bat sur un sommet ratĂ© " , paru dans Le Monde du 17 juillet 2001.

De tout cela, il ressort sans la moindre ambiguĂŻtĂ© que Jean-Marie Colombani, en clone d’Alexandre Adler, Ă©crit n’importe quoi quand dans son mĂ©morable Ă©ditorial du 6 avril il affirme avec hauteur :
« (...) Gardons-nous d’oublier que Sharon est, et reste, le choix d’Arafat. Yasser Arafat en effet, en septembre 2000, a choisi de refuser la paix qui lui Ă©tait proposĂ©e par la gauche israĂ©lienne et garantie par le prĂ©sident Clinton ; il a alors refusĂ© de s’engager sur une voie qui dessinait deux Etats, deux et non une confĂ©dĂ©ration ou tout autre forme susceptible d’absorber IsraĂ«l. »

Le dossier du Monde, en dĂ©pit de ses pudeurs, constitue une agression intolĂ©rable contre Jean-Marie Colombani, adepte de la complexitĂ© ... quand elle n’est pas trop complexe pour lui[Première publication : 20 avril 2002.]]

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