Accueil > Critiques > (...) > Après le scrutin du 29 mai 2005

Laurent Joffrin s’adresse à des abonnés du Nouvel Observateur « déconcertés »

Le courrier ci-dessous a été adressé à un abonné mécontent de la position du journal au moment du référendum européen et qui avait annoncé qu’il ne renouvellerait pas son abonnement. Il était introduit par la phrase suivante, rédigée par le « service des relations abonnés » :

« [...] Toutefois, avant de considérer votre demande comme définitive, nous tenions à vous faire part de la réponse de Monsieur Laurent JOFFRIN que nous joignons à ce courrier. [...] »

Paris, le 10 juin 2005

« Cher Ami,

Les Français ont tranché. Votre position l’a emporté et la nôtre a été battue. Nous ne regrettons en rien d’avoir soutenu ce traité dont nous pensons toujours que, même imparfait, il préservait la possibilité de mener une politique de gauche en France et surtout qu’il ménageait un avenir pour une Union européenne désormais en grave difficulté. Nous avons choisi la clarté quitte à déconcerter une partie de nos lecteurs. C’est un risque que nous avons pris en connaissance de cause, pour rester fidèles à nos convictions. Mais nous sommes respectueux du suffrage et nous nous efforçons d’être beaux joueurs : vos arguments ont été les plus forts, c’est un fait que nous reconnaissons volontiers.

Il s’agit maintenant d’imaginer la suite. À notre sens, les partisans du oui doivent réfléchir sur les erreurs qu’ils ont pu commettre et surtout sur celles qui ont terni la cause européenne aux yeux des Français. Il est clair que le dogmatisme libéral qu’on a pu lire dans les décisions prises à Bruxelles a rendu la tâche des défenseurs du compromis constitutionnel quasi impossible. C’est une première leçon, qui doit nous conduire à réorienter notre stratégie européenne.

La deuxième, c’est qu’une grave division de la gauche assurerait à la droite en France une permanence au pouvoir que ses performances de gouvernement, c’est le moins que l’on puisse dire, ne justifient pas. Il s’agit maintenant de retrouver l’unité. Il faut le faire autour d’un projet clair et réaliste, critique avec l’économie de marché, non-libéral et fondé sur la lutte contre l’injustice sociale. Mais un projet qui ne soit pas seulement fait d’incantations. Pour mener à bien cette entreprise, les efforts des partisans du oui et du non de gauche doivent se conjuguer. C’est la tâche que l’Obs a décidé de se fixer dans les mois qui viennent. Nous serions évidemment heureux si vous décidiez de nous accompagner dans cette aventure. Nous sommes persuadés que les valeurs qui ont motivé votre vote, au-delà de nos désaccords ponctuels, ne sont pas différentes des nôtres.

Bien amicalement,
Laurent Joffrin »

Ainsi, des abonnés ont été « déconcertés » ... par la campagne outrancière de l’hebdomadaire contre une partie de ses lecteurs, avec lesquelles ses éditorialistes n’avaient pourtant que des désaccords « ponctuels ». On avait donc mal lu.

 

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