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Laurent Joffrin et la « race » juive : un mot « mal choisi », dit-il

Dans une tribune publiĂ©e dans LibĂ©ration du vendredi 25 juillet 2008, Laurent Joffrin prend rĂ©solument position aux cĂ´tĂ©s de Philippe Val contre SinĂ©. Il le fait avec son honnĂŞtetĂ© habituelle, doublĂ©e d’un dĂ©rapage qu’il ne parvient mĂŞme pas Ă  corriger correctement.

Amalgames et mensonges

Sans l’ombre d’une hésitation, Joffrin compare une phrase de Siné aux œuvres complètes de Drumont, Maurras ou Brasillach. Amalgame qui ne déshonore que son auteur, pâle imitateur de Val et de BHL.

Après avoir prononcĂ© la sentence, le juge Joffrin donne la parole au procureur Joffrin qui reproche alors au dessinateur de ne pas avoir levĂ© le « malentendu ». Ce qui est bien la preuve qu’il n’y en avait pas...

Joffrin Ă©crit : « S’agit-il d’un malentendu ? Dans ce cas, SinĂ© pouvait le lever dès l’origine en corrigeant ses propos. S’il ne l’a pas fait, c’est qu’il n’y a pas de malentendu. SinĂ© pense ce qu’il Ă©crit, il le maintient. C’est son refus de tout correctif qui a créé l’affaire. »

Joffrin ment... Joffrin ment effrontĂ©ment. Car il sait que le procès en antisĂ©mitisme a Ă©tĂ© instruit publiquement par Claude Askolovitch (qui fut son subordonnĂ© au Nouvel Observateur...) et ne peut ignorer que SinĂ© Ă©tait prĂŞt Ă  signer un texte Ă©laborĂ© par un fauxconfrère Ă  la demande de Val et qui disait ceci, d’après Marianne, qui a eu accès au document :

«  Ma « Zone » d’il y a deux semaines sur Jean Sarkozy a suscitĂ© beaucoup de rĂ©actions. Je me suis fait traiter d’antisĂ©mite sur RTL, et on m’a mĂŞme rapprochĂ© de ce salaud de Konk. Mes amis de Charlie se sont Ă©mus. J’ai relu… Bon, c’est vrai que ça pouvait ĂŞtre mal interprĂ©té… Je voulais dĂ©noncer l’imbĂ©cillitĂ© de se convertir Ă  une religion quelle qu’elle soit et, par ailleurs, la fascination de la famille Sarkozy pour le fric. J’ai synthĂ©tisĂ© mon propos, et, au final, il en est restĂ© ce qui peut ĂŞtre analysĂ© comme un raccourci ambigu et condamnable. Je prĂ©sente mes excuses auprès de ceux qui l’ont compris comme tel ».

S’il ne l’a finalement pas signĂ©e, c’est parce que Val, dans le mĂŞme temps, faisait le tour de la rĂ©daction pour recueillir des signatures dĂ©savouant SinĂ©. Cette pĂ©tition devant ĂŞtre publiĂ©e dans Charlie, on peut comprendre que le vieil anar, en s’apercevant de cette traĂ®trise, se soit exclamĂ© : « plutĂ´t me couper les couilles que de faire des excuses ». Dans sa dernière chronique, que Val a censurĂ©e (alors que SinĂ© n’a pas Ă©tĂ© licenciĂ© officiellement) et qui a Ă©tĂ© publiĂ©e par le nouvelobs.com, SinĂ© revient sur cet Ă©pisode en dĂ©savouant l’attitude de « son neveu » Charb.

Joffrin ment... Joffrin ment effrontĂ©ment..., lorsqu’il accuse SinĂ© de ne pas avoir dissipĂ© le malentendu « dès l’origine ». Pour le vĂ©rifier, il n’y a pas Ă  aller loin. Dans son propre journal, le 17 juillet, dès le dĂ©but de l’affaire donc, la journaliste de LibĂ©ration Catherine Coroller remarque que :
« SinĂ© se dĂ©fend de tout antisĂ©mitisme, affirmant que si la fiancĂ©e de Jean Sarkozy "avait Ă©tĂ© la fille d’un Ă©mir", le jeune homme "se serait converti Ă  la religion musulmane" ».

Peut-on ĂŞtre plus clair pour dire qu’il s’agissait bien, dans l’esprit de SinĂ©, de pointer l’opportunisme (rĂ©el ou supposĂ©, c’est un autre dĂ©bat...) du fils Sarkozy ?

Race et racisme

Ce n’est pas tout... Le fougueux Laurent Joffrin - qui ne rate jamais une occasion de ridiculiser ceux qu’il est supposĂ© soutenir - s’est laissĂ© emporter par son Ă©lan et s’est sĂ©rieusement emmĂŞlĂ© les crayons dans sa traque du Brasillach des temps modernes en Ă©voquant la « race » juive :
« RĂ©prouver l’intĂ©grisme musulman et dĂ©noncer le pouvoir supposĂ© des juifs ce n’est pas la mĂŞme chose. On est anti-intĂ©griste dans le premier cas, raciste dans le second. On choisit sa religion, on ne choisit pas sa race. »

Devant le tollĂ© de nombreux lecteurs, Laurent Joffrin a alors entrepris de modifier son texte en ligne (pour la version papier, c’est trop tard). La version corrigĂ©e sur le net devient donc : « (...) attaquer une religion n’est pas attaquer une communautĂ©. RĂ©prouver l’intĂ©grisme musulman et dĂ©noncer le pouvoir supposĂ© des juifs ce n’est pas la mĂŞme chose. On est anti-intĂ©griste dans le premier cas, raciste dans le second. ».

Avec cette explication de Laurent Joffrin :
« Note de la rĂ©daction :
Plusieurs lecteurs ont Ă©tĂ© choquĂ©s par l’emploi du mot « race » dans le texte. Ce mot est mal choisi. CommunautĂ© ou origine sont plus justes. Ces termes sont utilisĂ©s dans la version du texte en ligne sur notre site. LJ »

« Race » serait donc « moins » juste ?

Ainsi donc, Joffrin peut se permettre de tenter d’effacer les traces de son dĂ©rapage par une « note » qu’il rĂ©dige lui-mĂŞme au nom de la rĂ©daction et dont on apprĂ©ciera les dĂ©licats euphĂ©mismes, mais dĂ©nie le droit Ă  SinĂ© de prĂ©ciser ce qu’il a voulu Ă©crire. Il refuse mĂŞme de voir que les explications de SinĂ© ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© donnĂ©es et rapportĂ©es dans son propre journal.

Mais il y a plus grave. Laurent Joffrin, dont l’ignorance est Ă©tincelante, ne sait mĂŞme pas que le racisme commence avec la croyance dans l’existence mĂŞme de races, au sens oĂą ce mot est communĂ©ment employĂ©. Ce n’est donc pas un mot « mal choisi », mais le vocabulaire mĂŞme des racistes.

Sur la question scientifique, on lira par exemple avec profit, sur le site Futura-sciences ce qu’en dit le gĂ©nĂ©ticien molĂ©culaire Bertrand Jordan, pour qui, mĂŞme si les groupes de populations humains ont une certaine rĂ©alitĂ©, il n’y a qu’une seule espèce humaine. Pour lui, « l’ancienne notion de « races » fondamentalement distinctes n’a pas de sens biologique »  [1].

Quant au vocabulaire courant, force est de constater ceci : si elle est encore utilisĂ©e dans les pays anglo-saxons « la notion (de race) a pratiquement disparu du discours politique en France, Ă  l’exception de ceux professant des thĂ©ories racistes » peut-on lire dans un article de WikipĂ©dia très documentĂ© sur la question.

Nous n’en conclurons pas pour autant que Joffrin est raciste ou tient des propos racistes dignes de ceux de Gobineau [2]...

... Et qu’il faut d’urgence le virer de LibĂ©ration.

Michel Davesnes


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