L’Express, dans son Ă©dition marocaine, fait la part belle aux femmes d’influence du Royaume, tout en oubliant de citer "la princesse enchantĂ©e". Un sacrilège payĂ© cash ....
Le Maroc en mouvement sĂ©vit dans L’Express. Après le Nouvel Observateur, Jeune Afrique et bien d’autres, c’est au tour de L’Express de cĂ©der aux sirènes du « Maroc en mouvement ». KĂ©sako ? Un concept marketing dĂ©lirant qui succède Ă celui de la « transition dĂ©mocratique ».
Au menu : depuis l’avènement de Mohammed VI, dit M6, le pays va de l’avant, qu’il s’agisse de droits de l’homme, de lutte contre la pauvretĂ©, de modernisation de l’Ă©conomie, de rĂ©volution dĂ©mographique... En partie vrai mĂŞme si, globalement, le Royaume fonce dans le mur en klaxonnant : chĂ´mage urbain en hausse, des pauvres toujours aussi pauvres, des barbus forts de la base Ă©lectorale la plus solide, concentration de tous les pouvoirs entre les mains du roi, justice arbitraire, corruption Ă tous les niveaux de l’Etat, règne de l’impunitĂ©, tiraillements identitaires...
Ainsi donc, la version marocaine de L’Express de la semaine dernière, gratifiait ses braves lecteurs d’un dossier consacrĂ© aux femmes d’influence du Royaume. Au menu : des princesses de choc, des femmes politiques qui n’ont pas leur langue dans leur poche, des businesswomen hors pair, des militantes associatives dĂ©vouĂ©es, des femmes de culture sans tabous et mĂŞme des sportives aguerries. La classe ! IntitulĂ© « ItinĂ©raires de femmes dans un pays en mouvement », ce dossier gagne surtout Ă ĂŞtre lu entre les lignes.
D’abord, l’hebdomadaire n’a pas jugĂ© bon d’infliger Ă ses lecteurs français pareille littĂ©rature puisque ce magnifique dossier ne figure point au sommaire de la version distribuĂ©e dans l’Hexagone. Et puis, c’est sĂ»r, il a surmontĂ© haut la main la censure des ministères de l’IntĂ©rieur et de la Communication qui passent au peigne fin les magazines Ă©trangers entrant au Royaume.
Gommage en séries
Certains sont parfois bloquĂ©s (c’est devenu rare) tandis que d’autres sont tout bonnement obligĂ©s de renoncer Ă de juteuses opĂ©rations commerciales. C’est ce qui Ă©tait arrivĂ© au Nouvel Observateur en mars dernier. Un portrait de M6 dans un dossier intitulĂ© « Le Maroc en mouvement » (tiens donc...) avait provoquĂ© l’ire des censeurs de Rabat, surpris que l’hebdo n’ait pas mobilisĂ© toute sa rĂ©daction Ă la gloire du royaume. RĂ©sultat : au lieu d’inonder les kiosques locaux, le Nouvel Obs a Ă©tĂ© sommĂ© de se contenter de son tirage marocain habituel. Misère !
Avec L’Express, rien de cela. Tout ce qui est susceptible de froisser est consciencieusement gommĂ©. Et le portrait consacrĂ© Ă la leader islamiste Nadia Yassine s’assimile Ă du flagrant dĂ©lit. C’est certes courageux de l’intĂ©grer au panthĂ©on, quoique vu son poids politique, difficile de l’ignorer. Mais, oh surprise, le texte ne prĂ©cise pas que la passionaria prĂ©fère Ă titre personnel une RĂ©publique Ă la monarchie, attend un procès sans cesse reportĂ© pour ses prises de position, est chouchoutĂ©e par les Etats-Unis. Par contre, on apprend qu’elle donne ses rendez-vous aux journalistes devant la prison de SalĂ© et que son mari sert le thĂ©. Waouh, ça c’est du journalisme objectif !
Vendredi 26 mai 2006 par La princesse enchantée