Observatoire des media

ACRIMED

Accueil > Critiques > (...) > Mouvements de 2004 à 2006

L’AFP informe sur la grève à la SNCF, mais oublie les cheminots

21 janvier : grève à la SNCF. Dès le matin, France Info donne la parole aux usagers exaspérés qui pestent contre ces fonctionnaires qui défendent leurs privilèges ! Alors, tournons-nous vers cet autre pilier du service public de l’information qu’est l’Agence France-Presse (AFP) [1], le principal « grossiste » en infos, qui sert l’ensemble des médias français. Comment a-t-elle couvert cet événement ?

Mardi 20 janvier : l’AFP diffuse vers midi son « avant-papier général » : « La première grève nationale de l’année à la SNCF (...) démarre à 20h00, alors que le ministre des Transports a affirmé que le service minimum sera sa "priorité des priorités" (...) », constate l’AFP. Suivent des infos sur le préavis de grève CGT-FGAAC-SUD-FO et les perturbations annoncées. Les paragraphes 4 à 8 expliquent de façon très factuelle les raisons de ce mouvement : salaires, suppressions d’emplois, dégradation du service public, remise en cause du droit de grève. Sources citées : « les syndicats » et Pascal Tabanou de FO-Cheminots. La dépêche enchaîne sur le « service minimum », citant Gilles de Robien et le baron Seillière. Enfin, l’AFP rappelle que d’autres salariés des secteurs publics sont appelés à des actions dans la même semaine, avant de terminer par une déclaration du leader de FO, Marc Blondel. Bref, du factuel, rien que du factuel, dans le ton « neutre » auquel l’AFP nous a habitués.

Même professionnalisme agencier dans les « Prévisions-France » du mercredi 21, qui annoncent vers 13h00 les papiers prévus sur cette dominante du jour. Rien à redire, aucun dérapage. Principal papier annoncé : la synthèse générale qui est actualisée régulièrement (et dont la structure générale variera très peu). Ce papier de 6/700 mots est construit autour de deux axes majeurs : les perturbations provoquées par la grève, listées sans parti pris, et le débat politique autour du « service minimum ». Sources citées dans la version finale de 19h45 : la SNCF, un sondage publié par l’Huma, le ministre des Transports, le président du Medef (encore lui !) et Didier Le Reste (CGT-Cheminots). Les raisons de la grève, résumées en à peine 50 mots, sont reléguées au 9e paragraphe (sur 16) !

Des cheminots inaudibles
Si les voyageurs sont absents de cette « synthèse générale », les acteurs de la grève le sont également. Comme s’ils n’existaient pas. L’événement social est relaté du point de vue des perturbations et du débat politique. La dépêche mentionne simplement le nom des quatre organisations syndicales qui ont appelé à la grève, mais omet de signaler celles qui, comme la CFDT, n’y ont pas appelé. Rien sur les sentiments des cheminots, rien sur la recomposition syndicale à la SNCF ou le débat provoqué par la défaite du mouvement pour les retraites en 2003.

Ces informations ne se retrouvent pas non plus dans les autres textes qui accompagnent la synthèse générale : l’intégrale du communiqué de la SNCF sur les perturbations prévues, et tout une flopée de papiers sur le « service minimum » : un encadré qui explique que « la loi peut l’imposer sans porter atteinte à la Constitution » (unique source : le constitutionnaliste Guy Carcassonne) ; « papier d’éclairage » sur « ce qui existe, ce qui est envisagé » ; « trois questions » à William La Rocca, leader du syndicat autonome des conducteurs FGAAC ; un encadré sans odeur ni saveur sur le « service minimum en Europe » ; un long papier sur le débat politique, citant sept hommes de droite et trois de gauche ; une interview du député UDF Christian Blanc.

Enfin, trois reportages sont consacrés aux problèmes des voyageurs.. Deux de ces trois papiers sont d’une exemplaire neutralité. Le troisième, en revanche, promet une excellente carrière à son jeune auteur, qui met en exergue ces « usagers résignés ou irascibles, qui disent en avoir "marre" et ne pas comprendre pourquoi ils subissent une nouvelle grève de cheminots de la SNCF ».

Curieusement, ce publi-reportage pour l’association « la France qui bosse » est l’unique texte de l’AFP en cette journée de grève à la SNCF à évoquer les cheminots de base : « Derrière un guichet, une employée de la SNCF tamponne à la chaîne des "avis de perturbation". » L’auteur ne semble pas avoir voulu déranger cette non gréviste pour l’interroger.

Ainsi, à part deux ou trois leaders syndicaux, les cheminots auront été les grands absents de la copie de l’AFP ce 21 janvier. On retiendra également la faiblesse de la couverture « sociale », l’absence d’éclairage sur les débats syndicaux, sur la perte de pouvoir d’achat et les restructurations à la SNCF. Mais on notera également le ton globalement neutre que l’on aimerait voir répercuté dans les médias, et surtout dans l’audiovisuel public.

Epilogue
A peine avions-nous terminé la rédaction de ce petit commentaire qu’un correspondant anonyme nous envoyait une note interne de l’AFP, dans laquelle la rédaction en chef tire son propre bilan de la couverture de la grève à la SNCF. Citation :

« Bonne couverture globale de la grève dans les transports en France mercredi avec chapeau, papiers généraux, d’angle et reportages mais la dernière synthèse générale actualisée, très fournie en chiffres, omettait de signaler l’exaspération des usagers » !

 

Notes

[1C’était évidemment pire sur les chaînes de télévision et autres radios.

A la une

Nous, journalistes pigistes, exigeons le respect de nos droits

Une tribune de collectifs de journalistes pigistes

Petits reportages entre amis (macronistes) au JT de TF1

L’information selon TF1 : faire la pub d’un copain de Macron (et de sa start-up) au JT de 20h

Réapproprions-nous les médias !

Une déclaration commune, à signer et à partager