La Cour de cassation vient d’annuler, ce mardi 28 février 2012, la relaxe, par la cour d’appel de Paris, de Philippe Karsenty, qui avait gravement diffamé notre confrère Charles Enderlin, correspondant de France Télévisions à Jérusalem.
Ce dernier avait simplement fait son travail de journaliste et montré au monde entier ce que l’on sait sans vouloir le voir : les conflits armés n’épargnent pas les enfants.
Le 30 septembre 2000, le jeune Mohammed Al Durah (12 ans) était tué à Gaza. Charles Enderlin en rendait compte dans le JT de 20 heures de France 2, et le soir même les images de la mort de cet enfant faisaient le tour du monde.
Une campagne odieuse démarrait alors contre le journaliste et contre France 2.
Pendant plus de dix ans, Charles Enderlin a été poursuivi, harcelé, injurié, sali dans son honneur professionnel et menacé dans son intégrité physique, ainsi que ses proches. On a rarement vu contre un journaliste tant de haine orchestrée par quelques extrémistes, véritables agents d’influence dans certains cercles politiques et médiatiques.
M. Karsenty, directeur d’une agence de notation des mĂ©dias, avait demandĂ© sa destitution en dĂ©nonçant la diffusion d’« un faux reportage, une pure fiction comportant, en première partie, une sĂ©rie de scènes jouĂ©es ».
CondamnĂ© pour diffamation en première instance, il avait Ă©tĂ© relaxĂ© par la cour d’appel, qui avait jugĂ© que les propos litigieux portaient « incontestablement atteinte Ă l’honneur et Ă la rĂ©putation des professionnels de l’information ».
Mais elle avait reconnu au prĂ©venu le bĂ©nĂ©fice de la « bonne foi » et estimĂ© qu’il n’avait « pas dĂ©passĂ© les limites de la libertĂ© d’expression ». Elle ne s’était pas prononcĂ©e explicitement sur le reportage, dont les rushes avaient Ă©tĂ© visionnĂ©s Ă l’audience. En octobre 2008, de nombreux journalistes avaient signĂ© une pĂ©tition mise en ligne par Le Nouvel Observateur, oĂą on pouvait lire, notamment : « [Cet arrĂŞt de la cour d’appel] nous inquiète, car il laisse entendre qu’il existerait dĂ©sormais Ă l’encontre des journalistes une “permission de diffamer” qui permettrait Ă chacun, au nom de la “bonne foi”, du “droit de libre critique” et de la “libertĂ© d’expression” de porter atteinte impunĂ©ment Ă l’honneur et Ă la rĂ©putation des professionnels de l’information. »
Il devra donc ĂŞtre rejugĂ©, dit la Cour de cassation, par une autre cour « autrement composĂ©e ».
Le Syndicat national des journalistes (SNJ), première organisation de la profession, aux côtés de son confrère depuis le début ainsi qu’une très grande partie de la profession, salue la décision des hauts magistrats qui rendent son honneur professionnel à Charles Enderlin et à tous les journalistes du service public, solidaires.
SNJ, le 28 février 2012