– 1. Jean-Pierre Elkabbash interroge Gérard Aschiéri, secrétaire général de la FSU, sur Europe 1. Voici la transcription de quelques-unes des questions posées, effectuée par Daniel Schneidermann [1].
" Qu’est-ce que vous voulez de Jean-Pierre Raffarin et de ses ministres qui vont tous s’occuper de vous " ? - " Est-ce que lĂ , devant nous vous demandez Ă tout les enseignants de faire passer le bac ? " - Et comme GĂ©rard AschiĂ©ri s’y refuse : " Pourquoi vous ne dites pas, " Non il ne faut pas bloquer les examens ? Les parents attendent, les enfants attendent " - Pourquoi vous n’Ă©teignez pas le feu ? " - " Est ce que vous comprenez que les politiques, qui ont Ă©tĂ© Ă©lus, jouent bien tout leur rĂ´le ? " - " La dĂ©centralisation, c’est un peu moins de pouvoir pour vous, c’est pour ça que vous n’aimez pas. " - " Ca s’appelle chantage ", etc.
Quelques jours plus tard l’avocat du gouvernement plaide Ă nouveau, en faveur de la mondialisation libĂ©rale, cette fois.
– 2. " Un peu de couleur et d’aĂ©ration " annonce Jean-Pierre Elkabbach avant de dĂ©chaĂ®ner la première " page de pub " au milieu des propos de Jacques Nikonoff, interrogĂ© par Europe 1, le dimanche 1er juin 2003.
A croire que l’entretien avec Jacques Nikonoff est incolore et Ă©touffant. Mais le style mercantile et mĂ©prisant de l’inusable Elkabbach n’a pas fini d’ensoleiller l’entretien.
Elkabbach Ă Nikonoff : " Vous n’existez qu’en vous opposant un peu comme des parasites crĂ©atifs. [...] Vous vous nourrissez d’eux [du G-8]. ".
Qui oserait rĂ©pondre Ă Elkabbash, publicitaire "crĂ©atif " du patronat et de tous les pouvoirs, qu’il est, non leur parasite, mais leur auxiliaire ? A moins qu’il ne soit qu’un parasite auxiliaire… En tout cas, on ne se souvient pas, et pour cause, que Jean-Pierre Elkabbach ait reprochĂ© aux patrons d’ĂŞtre des parasites qui vivent aux dĂ©pens de ceux qu’ils emploient et Ă Jacques Chirac, chargĂ© de communication en direction des altermondialistes, de tenter de se nourrir de ceux qui le contestent.
Et comme preuve don son indĂ©pendance, le dit Elkabbach, relance la pub au moment prĂ©cis oĂą Nikonoff vient de dĂ©noncer la marchandisation : " Une page de pub. On ne fait pas de la marchandisation du produit qu’est l’actualitĂ©. Mais il en faut. Une page de pub, puis les titres.".
Après la deuxième "plage de publicitĂ©", Nikonoff Ă©voque la " dĂ©construction de l’idĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale.". La "dĂ©construction " des propos d’Elkabbash aurait pu en fournir un assez bel exemple de " dĂ©construction ", d’autant que notre bon inquisiteur n’en a pas fini avec le " dĂ©bat " sur les "parasites" :
Elkabbach interroge : Quel est le montant de la subvention du gouvernement Ă Attac ? [...] Ce qui est extraordinaire c’est que les gouvernements, mĂŞme de droite, financent qui les contestent.
Il a tout compris, Elkabbach : Ă ses yeux, l’agent public appartient aux gouvernements ! Et il n’est pas extraordinaire qu’ils en disposent comme d’un bien privĂ© ! Personne ne se souvient, et pour cause, d’avoir entendu Elkabbach s’Ă©tonner de innombrables cadeaux que l’Etat a faits Ă Lagardère, en commençant par la vente Ă bas prix d’AĂ©rospatiale.
On est donc obligĂ© de rappeler ici que Elkabbach est PDG de la chaĂ®ne parlementaire du SĂ©nat. Il touche de son propre aveu près de 140 000 euros par an, « payĂ©s par les contribuables », comme disent les adeptes des baisses d’impĂ´ts … sur les hauts revenus. Ajoutons que le mĂŞme Elkabbach, hier conseiller mĂ©dia d’Arnaud Lagardère, l’est sans doute encore de son fils [2].
Mais revenons Ă « l’entretien » avec Jacques Nikonoff, pour relever une dernière trouvaille. Jean-Louis Gombeaud (quand Nikonoff dĂ©nonce la dĂ©molition de l’Etat social) : " Tout ce que vous dites, on a l’impression qu’il y a un immense complot. ". Mais non, M. Gombeaud : l’ordinaire des politiques libĂ©rale ne relève pas plus d’un complot que l’ordinaire de la domination mĂ©diatique dont vous ĂŞtes un rouage.
Dommage que Jacques Nikonoff qui a su reprocher aux mĂ©dias de trop insister sur les violences lors du contre sommet d’Evian n’ait pas eu la prĂ©sence d’esprit de rappeler Ă ses interlocuteurs ce qu’est l’ordre mĂ©diatique dont ils sont les servants.
– 3. Et puisqu’il est question de Jean-Louis Gombeaud, voici ce que Serge Halimi, provoquant ainsi la sortie outragĂ©e du susdit, rappelait au cours d’un dĂ©bat Ă la Sorbonne en avril 2003 :
« Jean-Louis Gombeaud a Ă©tĂ© membre du PCF, responsable important de sa section Ă©conomique. Après avoir pensĂ© qu’il fallait nationaliser Hachette pour " mettre un terme au poids des monopoles de la presse ", vous avez changĂ© d’avis. Et confiĂ©, je vous cite, qu’au PCF " ma vision de l’Ă©conomie Ă©tait pour le moins orientĂ©e. J’ai tout arrĂŞtĂ© en 1979. J’Ă©tais enfin en paix avec moi-mĂŞme. J’ai compris que le marchĂ© a ses propres lois contre lesquelles on ne peut rien. " (Le Nouvel Observateur, 13.12.01.) Vous ĂŞtes dĂ©sormais Ă Europe 1 et au Figaro.
Lois contre lesquelles on ne peut rien. Ou contre lesquelles on ne veut rien faire. Ou encore contre lesquelles on ne peut plus rien faire depuis qu’on nous a convaincus qu’il fallait que les Etats cessent d’agir en se dĂ©parant de la politique monĂ©taire, de la politique budgĂ©taire, d’un secteur public puissant etc.
Justement, parlons du secteur public, des entreprises publiques. Le 11 fĂ©vrier 1999, Jospin et Gayssot annoncent qu’ils vont brader AĂ©rospatiale Ă Lagardère. Vous semblez ĂŞtre content. Vous dites, je vous cite : " Pour ce qui est d’AĂ©rospatiale, il Ă©tait temps. Car on n’imaginait pas la France faire tapisserie dans le bal des restructurations des industries europĂ©ennes d’armement. Maintenant, le numĂ©ro deux europĂ©en, cinquième mondial est ici, pas ailleurs. "
Entendu sur Europe 1, ce commentaire vous l’avez, je crois enregistrĂ©, dans un studio nommĂ© … " Lagardère. ". " Ici et pas ailleurs " … On ne pouvait pas mieux dire. Moi, je ne trouve pas que votre discours soit moins orientĂ© qu’Ă l’Ă©poque oĂą vous Ă©tiez l’un des cadres du PCF. Mais, simplement, il emprunte Ă prĂ©sent les chemins de la " politique de dĂ©politisation " dont parlait Bourdieu. C’est comme ça. C’est comme ça que le monde tourne. On n’y peut rien. »