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Irak : Le Monde réécrit (déjà) l’Histoire

par Patrick Lemaire,

" Le rôle et le fonctionnement de l’ONU ont montré leurs limites lors de la crise irakienne. Alors que Washington voulait marginaliser les Nations unies et est entré en guerre sans mandat, la France, l’Allemagne et la Russie, notamment, ont bataillé pour défendre le principe d’une légitimité internationale dans toute opération militaire contre Saddam Hussein. Les Etats-Unis ont finalement eu gain de cause et infligé un revers sérieux au système de sécurité international "...

Consacrant sa Une à l’ " impuissance militaire " de l’ONU, Le Monde (2 août 2003) propose une curieuse relecture du volet diplomatique de la guerre d’Irak.

La presse, même la plus farouchement pro-guerre, fait actuellement écho aux mensonges et manipulations alors mis en œuvre par Bush et Blair pour donner un semblant de légitimité à leur meurtrière et illégale expédition. Dans leurs pays, la popularité des deux dirigeants en est sérieusement affectée.

C’est à ce moment que Le Monde réécrit une fois de plus l’Histoire pour pouvoir affirmer que " les Etats-Unis ont eu gain de cause "...

Sans craindre l’invraisemblance.

Si " Washington voulait marginaliser les Nations unies " (et non les associer aux hostilités), pourquoi l’administration étatsunienne a-t-elle " bataillé " des mois durant devant le Conseil de sécurité de l’ONU, allant jusqu’à produire de fausses " preuves " à l’encontre de l’Irak ?

Ce que Le Monde lui-même rappelle à demi-mot quatre jours plus tard : " Il y a un an, début septembre 2002, l’hebdomadaire Time avait affirmé que M. Powell refuserait d’être le secrétaire d’Etat d’un éventuel second mandat de M. Bush. Le gouvernement était alors divisé sur la question d’un recours à l’ONU contre l’Irak. M. Bush avait donné raison, finalement, à M. Powell. " [1].
L’ampleur des manipulations aurait en effet suscité des réserves jusqu’au sein du " premier cercle " de Bush [2].

Le Monde, décidément plus américain que les Américains...

 
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Souscription 2018Souscription 2018

Notes

[1" M. Powell dément vouloir quitter son poste en 2005, même en cas de réélection de M. Bush ", 6 août 2003.

[2" Pour des raisons bureaucratiques, nous nous sommes entendus sur une question, les armes de destruction massive, parce que c’était la seule raison sur laquelle tout le monde pouvait tomber d’accord ", affirmait le Secrétaire-adjoint à la défense, Paul Wolfowitz, dans Vanity Fair du 4 juin 2003.
" Le 5 février 2003, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, à New York, [le Secrétaire d’Etat] Colin Powell brandit un tube de poudre blanche semblable au terrible anthrax. Un frisson d’effroi parcourt les travées. C’est pourtant à reculons que le secrétaire d’Etat américain, chargé de plaider l’option militaire, endosse la robe du procureur. Quatre jours et quatre nuits durant, les pontes de la CIA, réunis à Langley (Virginie), siège de l’Agence, ont tenté d’alimenter son réquisitoire. A la lecture de la partition concoctée par le Pentagone, le soliste commis d’office explose. Les feuilles volent et le verdict tombe. "Pas question de lire ces conneries (bullshit) !" Powell élague à la hache. Des 45 pages du document initial, il ne gardera qu’une vingtaine de feuillets. Soucieux de se couvrir, l’ancien général exigera la présence à ses côtés, dans le prétoire onusien, de George Tenet, patron de la CIA. Plus tard, Colin Powell aurait confié à son homologue britannique, Jack Straw, ce vœu teinté d’inquiétude : "Pourvu que tout ça ne nous pète pas à la figure !" (L’Express, 17 juillet 2003).

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