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France 2 et Michel Drucker donnent leurs ordres : nous sommes tous des policiers et des gendarmes !

Le 12 juillet 2015, France 2 diffusait une Ă©mission, enregistrĂ©e le 30 juin et intitulĂ©e « Une nuit avec la police et la gendarmerie », prĂ©sentant diffĂ©rents aspects du travail des policiers et des gendarmes, avec Ă  la manĹ“uvre, Michel Drucker. Une complaisante opĂ©ration de mĂ©lange des genres virant Ă  la propagande qui n’est pas la première de la part de la chaĂ®ne et de son animateur emblĂ©matique.

Après les assassinats perpĂ©trĂ©s d’abord Ă  Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, puis le lendemain Ă  Montrouge et enfin le 9 janvier dans le magasin Hyper Casher de la Porte de Vincennes, les mĂ©dias dominants sont unanimes : les Français aiment leur police et leur gendarmerie. De nombreuses images reprises en boucle montrent alors des manifestants leur dĂ©clarer leur « flamme », notamment lors de la manifestation parisienne du 11 janvier [1].

C’est ce qu’entend « rappeler » le colonel de rĂ©serve de l’armĂ©e de l’air Michel Drucker [2] le 12 juillet [3] Ă  l’antenne : « Depuis le mois de janvier, on ne verra jamais des Français qui ont jamais Ă©tĂ© aussi proches de leurs policiers et de leurs gendarmes, de leur gendarmerie » [4]. Comment s’étonner alors qu’en plateau, le directeur gĂ©nĂ©ral de la police nationale, Jean-Marc Falcone reprenne la mĂŞme polyphonie : « Les Français ont montrĂ© qu’ils aimaient leur police nationale et leur gendarmerie nationale. »


France 2 et le ministre de l’Intérieur à l’unisson

Le contraire aurait été étonnant puisque la chaîne et la Place Beauvau ont travaillé de concert.

Si, comme le relève Michel Drucker dans le supplĂ©ment tĂ©lĂ©vision de diffĂ©rents mĂ©dias, TV Magazine du 12 au 18 juillet, le sujet - dont il Ă©tait Ă  l’origine - ne devait porter que sur la seule gendarmerie (« En janvier dernier, nous avions proposĂ© un sujet sur la gendarmerie Ă  Thierry Thuillier, alors directeur des programmes de France 2. Il avait acceptĂ© le projet. »), un Ă©vènement est venu perturber la situation : « Cinq jours plus tard avait lieu le massacre Ă  Charlie Hebdo... »

Et « comme Bernard Cazeneuve souhaitait lier police et gendarmerie [5], nous avons donc respectĂ© la paritĂ© avec cinq reportages chacun. » Lors du dĂ©marrage de l’émission en prĂ©sence du ministre, Michel Drucker confirme implicitement : « Ce soir, la police et la gendarmerie ne vont faire qu’un, c’est important de le signaler » [6].

Ă€ vos ordres Monsieur le ministre !




Un tournage sous l’étroit contrĂ´le du « premier flic de France », ce qu’il confirme sans le moindre scrupule au micro de Jean-Marc Morandini le 8 juillet sur Europe 1 : « On a tournĂ© pendant six mois, on a tournĂ© ça depuis le ministère de l’IntĂ©rieur, sous le patronage, sous le parrainage de Monsieur Cazeneuve. » Le ministère confirme de son cĂ´tĂ© qu’il « a collaborĂ© Ă  la rĂ©alisation d’une Ă©mission exceptionnelle sur la Police et la Gendarmerie en partenariat avec France 2, TV5 Monde et la sociĂ©tĂ© Froggies Media ». Histoire que tout le monde se rappelle bien cet apport « inestimable », Ă  la fin de l’émission, Michel Drucker en profite pour saluer, entre « Cyril Guichard [porte-parole de direction gĂ©nĂ©rale de la gendarmerie nationale] et le Sicop [service d’information et de communication de la police] et son chef JĂ©rĂ´me Bonet, toutes les Ă©quipes du ministère de l’IntĂ©rieur et tout spĂ©cialement Didier Gurnot et Dominique Octavie ».

Mais comment refuser l’aide d’un ministre, qui avec Manuel Valls et François Hollande a su « tenir la barre » après les terribles Ă©vènements de janvier 2015, comme le très dĂ©fĂ©rent Michel Drucker le proclame en dĂ©but d’émission : « Vous formez avec lui [le premier ministre] et le prĂ©sident de la RĂ©publique un trio de choc qui a fait preuve de beaucoup de sang-froid » ?

Le ton est ainsi donné pour…


… une intense sĂ©ance de « calinothĂ©rapie »

Les presque 2 heures 50 d’émission se rĂ©sument en effet Ă  cet exercice, le journalisme Ă©tant rangĂ© aux vestiaires, aucune fausse note ne devant ternir ce grand moment de communion nationale derrière « nos » forces de l’ordre.

Dès le lancement, Michel Drucker, devant les grilles de l’hĂ´tel de Beauvau [7] qui s’ouvrent au mĂŞme moment en prĂ©sence de Bernard Cazeneuve, donne le ton obsĂ©quieux dont l’émission ne se dĂ©partit jamais : « Bonsoir, dĂ©cor exceptionnel pour une Ă©mission exceptionnelle », avec un public tout aussi « exceptionnel » et « triĂ© sur le volet » – des policiers et des gendarmes habillĂ©s sur leur « 31 » par « le groupe Marck qui a fabriquĂ© une partie des uniformes des forces de l’ordre ».

Plus tard, l’animateur Ă©voque mĂŞme « cette cour magique du ministère de l’IntĂ©rieur ».

Dans un cadre évoquant un conte de fées, il se livre à une ritournelle de flagorneries à l’endroit des forces de l’ordre.

Il fait tout d’abord « applaudir […] le ministre de l’IntĂ©rieur, M. Bernard Cazeneuve, qui nous accueille chez lui ». Avant de le remercier... chaleureusement : « Alors merci de nous avoir reçu chez vous, c’est une grande première […] Le ministère de l’IntĂ©rieur n’est pas un ministère comme les autres […] Manuel Valls en a gardĂ© un souvenir Ă©mu » ; puis les chefs administratifs de services que sont le prĂ©fet de police Bernard Boucault [8], les directeurs gĂ©nĂ©raux de la police et de la gendarmerie nationales, Jean-Marc Falcone et le gĂ©nĂ©ral d’armĂ©e, Denis Favier, la directrice centrale de la police judiciaire aussi prĂ©sidente d’Interpol, Mireille, Balestrazzi ; sans oublier naturellement, les diffĂ©rents « hĂ©ros » [9] des services objets des [publi]reportages, dont certains viennent « discuter le bout du gras » avec lui en prĂ©sence des artistes ayant partagĂ© un peu de leur expĂ©rience.

Pour qu’aucune « ligne jaune » ne puisse ĂŞtre franchie, Michel Drucker rassure : la plupart des artistes « ont Ă©tĂ© choisis par les policiers et les gendarmes ».

Leur allĂ©geance est totale, deux s’illustrant particulièrement : la chanteuse Shy’m, qui après avoir poussĂ© la « chansonnette », exĂ©cute le salut militaro-policier en direction du colonel de rĂ©serve de l’armĂ©e de l’air Michel Drucker ; puis le gardien de la paix GĂ©rard « Pinot simple flic » Jugnot, qui menace d’arrestation les tĂ©lĂ©spectateurs qui refuseraient de communier : « Ă€ l’époque  [10], on n’aimait pas la police, aujourd’hui, il faut l’aimer ».

Gar[d]e Ă  vous !

Se succèdent des reportages, dans lesquels prennent place les « accompagnateurs » :

- Michel Drucker à quatre reprises (quai des Orfèvres, escadron motocycliste départemental de gendarmerie de sécurité routière dans les Yvelines, crash du Germanwings et peloton de gendarmerie de haute-montagne de Briançon)
- Dany Boon (RAID)
- Richard Berry (groupement d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN)
- Shy’m (Ecole de police de Sens)
- Patrick Pelloux (pĂ´le judiciaire de la gendarmerie nationale)
- Antoine Duléry (commissariat de police de Villeurbanne)
- Daniel Auteuil (au quai des Orfèvres, également interrogé par… Michel Drucker)
- Laetitia Milot (garde républicaine)
- Laury Thilleman (brigade fluviale de Conflans Saint-Honorine)
- Philippe Lellouche (brigade motocycliste de la préfecture de police de Paris)

Ou parfois sans eux :
- sur « la sĂ©curitĂ© lors d’une grande compĂ©tition sportive […] le soir d’un match de ligue des champions, le PSG […] rencontrait le Barça [Le FC Barcelone] »
- sur une intervention policière dans le quartier de la Castellane contre « les trafiquants de drogue »
- sur police secours (« le 17 ») avec la brigade territoriale autonome de gendarmerie de Carry-le-Rouet

Le point commun entre tous ces sujets ? Ils sont, Ă©videmment, tous aussi louangeurs.




En outre, les artistes Ă©tant aussi en promotion, les numĂ©ros de VRP effectuĂ©s en plateau par les comĂ©diens Dany Boon pour Raid dingue [11], Alban Lenoir, Caterina Murino, Thierry Neuvic et Jean Reno Rocher pour L’antigang [12] rappellent une nouvelle fois que le cinĂ©ma demeure lui aussi un puissant vecteur de façonnage d’une bonne image de la police et de la gendarmerie auprès du grand public.

Pris par son Ă©lan, Michel Drucker n’hĂ©sitera pas Ă  réécrire l’histoire lors du lancement du « chant des partisans » que s’apprĂŞtent Ă  entonner « Les Stentors » : l’animateur dĂ©guise ainsi rĂ©troactivement les policiers de la prĂ©fecture de police de Paris en avant-garde de l’insurrection contre l’occupant allemand (reprenant ainsi la version dĂ©veloppĂ©e sur le site de la… prĂ©fecture de police de Paris : « Une chanson de colère, c’est la chanson du film de RenĂ© ClĂ©ment, "Paris brĂ»le-t-il ?" […] Ce film relate ce qui s’est passĂ© en aoĂ»t 44, c’était la libĂ©ration de Paris, les policiers de la prĂ©fecture se sont insurgĂ©s, cette chanson mĂ©ritait d’être chantĂ©e ce soir. » Ou comment passer aux oubliettes de l’histoire le rĂ´le central de l’institution policière comme rouage essentiel de la collaboration de l’État français avec le rĂ©gime nazi, parfaitement mise en lumière dans l’ouvrage de rĂ©fĂ©rence de l’historien amĂ©ricain Robert Paxton, La France de Vichy [13].

Devant une telle dĂ©bauche d’énergie militante, Bernard Cazeneuve ne peut faire grand-chose d’autre que de remercier France 2 et son animateur : « Les forces de l’ordre sont très sensibles Ă  cet hommage » [14].

C’est bien le moins…


Critique interdite

Aucune fausse note n’étant admise, aucune allusion n’intervient sur des sujets susceptibles de briser l’idylle entre les Français, leur police et leur gendarmerie : par exemple le viol prĂ©sumĂ© d’une touriste canadienne dans les locaux de « l’antigang » qui vaut Ă  deux de ses membres une mise en examen pour « viol en rĂ©union », les violences policières pourtant rĂ©gulièrement dĂ©noncĂ©es, y compris par des organisations comme Amnesty international, le comitĂ© des droits de l’homme de l’ONU ou le dĂ©fenseur des droits, qu’on ne peut soupçonner de phobie envers les forces de l’ordre, les nouveaux pouvoirs exorbitants donnĂ©s aux policiers et gendarmes par la loi sur le renseignement mettant en danger la protection des sources des journalistes [15], mais aussi la dĂ©gradation des conditions de travail des policiers et gendarmes dĂ©noncĂ©e par toutes les organisations syndicales, avec, comme face la plus dramatique, un nombre très important de suicides [16].

Il est temps alors de conclure ces 2 heures 50 de communion nationale derrière « nos » forces de l’ordre. Ă€ l’approche du dĂ©filĂ© du 14 juillet oĂą l’omniprĂ©sent Michel Drucker est encore une fois Ă  la manĹ“uvre en 2015 avec « une camĂ©ra sur [lui] Ă  bord du Tigre, qui est l’hĂ©licoptère franco-allemand de combat » [17], l’animateur invite alors Vincent Niclo Ă  entonner l’hymne national, accompagnĂ©, cela va de soi, par... des policiers et des gendarmes.

Rompez !

Sans se dĂ©monter, dans l’entretien accordĂ© Ă  Jean-Marc Morandini le 8 juillet sur Europe 1, Michel Drucker pĂ©rore : « C’est pas une Ă©mission de divertissement[C’est pourtant sous ce qualificatif qu’elle est prĂ©sentĂ©e sur le lien dĂ©diĂ©], c’est une Ă©mission profonde, avec du fond ».

Pourtant, et ce sans ambiguïté, le visionnage de l’émission le contredit.

Cette absence de vĂ©ritable travail journalistique est un Ă©chec pour Michel Drucker qui s’était pourtant promis de « transformer [les] artistes [prĂŞtant leur notoriĂ©tĂ© Ă  l’opĂ©ration] en journalistes » [18].


France 2 et Michel Drucker : les multi-rĂ©cidivistes

Nous n’avons trouvĂ© aucune trace d’une campagne mĂ©diatique exigeant des sanctions exemplaires pour la violation par la chaĂ®ne publique et son animateur vedette des dispositions de la « Charte des antennes de France TĂ©lĂ©visions » [19], qui prĂ©cise notamment ceci :

Les professionnels de France TĂ©lĂ©visions Ă©vitent toute situation qui pourrait jeter un doute sur l’impartialitĂ© de l’entreprise et sur son indĂ©pendance par rapport aux groupes de pression, idĂ©ologiques, politiques, Ă©conomiques, sociaux ou culturels […] Les professionnels liĂ©s aux antennes doivent veiller Ă  Ă©viter toute publicitĂ© clandestine. Les critères de la publicitĂ© clandestine sont : la complaisance affichĂ©e envers un produit, un service ou une marque ; l’absence de pluralitĂ© dans la prĂ©sentation des biens, services ou marques ; […] l’absence de regard critique. Ces critères ne sont pas cumulatifs. Il n’est pas nĂ©cessaire que tous soient rĂ©unis pour emporter la qualification de « publicitĂ© clandestine », un seul d’entre eux pouvant suffire […] L’indĂ©pendance du journaliste est une condition essentielle d’une information honnĂŞte et pluraliste. La crĂ©dibilitĂ© de France TĂ©lĂ©visions, et celle des professionnels qui travaillent pour elles, sont indissociables et tributaires l’une de l’autre. Elles dĂ©pendent non seulement de la rigueur et de l’équilibre des Ă©missions mais Ă©galement du refus, par l’entreprise et son personnel, de ce qui pourrait donner prise Ă  des soupçons de partialitĂ©.

Notons au passage que le sĂ©millant animateur n’assure pas que la promotion du ministère, mais aussi celle d’entreprises travaillant avec lui : « Je voudrais remercier tous ceux sans qui cette Ă©mission n’aurait pas pu voir le jour : le groupe Marck qui a fabriquĂ© une partie des uniformes des forces de l’ordre, le groupe Gruau […] qui transforme une partie des vĂ©hicules de la police et de la gendarmerie, le groupe Thalès, qui assure le système de commandement et d’information de la gendarmerie nationale » [20].

Bref, de la plus belle « publicitĂ© clandestine » contraire aux prescriptions de la charte.

Mais l’animateur et la chaĂ®ne n’en ont cure, cet exercice faisant partie du « cahier des charges ». Ainsi, le 1er janvier 2015, Drucker Michel Ă©tale, Ă  la fin de l’émission/cĂ©lĂ©bration des 15 ans du Charles de Gaulle, une longue liste « d’industriels [dont nombre de l’armement] sans qui l’émission n’aurait pas pu se faire : La Dcns […], ArĂ©va TA […], ce sont toutes des sociĂ©tĂ©s française de pointe ; Airbus […], Mbda […] Thalès bien sĂ»r[…], Safran, Sagem […] et puis Dassault aviation Ă©videmment, le Rafale marine est une des gloires du groupe [21] ; et puis la SNCF et le groupe TGV qui Ă©taient très prĂ©sents Ă©galement » [22].

Cette promotion des industriels, Michel Drucker la revendique. Ă€ l’occasion de son Ă©mission « A 380. L’envol d’un gĂ©ant » diffusĂ©e sur la chaĂ®ne publique le 12 juin 2005, on apprenait ainsi que « l’animateur Ă©tait manifestement très Ă©mu, en arrivant devant les camĂ©ras, en pensant Ă  Jean-Luc Lagardère, aujourd’hui disparu. Il s’Ă©tait engagĂ© auprès de l’industriel, grand artisan de la construction de cet avion, de consacrer toute une Ă©mission Ă  l’A-380 » [23].

La liste des Ă©missions de Michel Drucker faisant la promotion des forces de l’ordre est longue (voir annexe). Le 5 mai 2010, dans un document titrĂ© « Drucker – Gendarmerie : Encore une coproduction » le site ArrĂŞts sur images pointait dĂ©jĂ , en renvoyant Ă  la consultation d’articles publiĂ©s par LibĂ©ration, l’Obs MĂ©dia ou Marianne, les liaisons dangereuses entre l’animateur et les diffĂ©rentes autoritĂ©s publiques pour la confection de diffĂ©rentes Ă©missions.


Promotion militaro – policière : le choc des titans

Il est vrai que France 2 n’est pas la seule à faire une promotion appuyée de la police, de la gendarmerie, ou de l’armée.

Lors de chaque défilé du 14 juillet, TF1, mais aussi BFM TV et I télé notamment livrent une lutte sans merci à la chaîne financée par la redevance pour savoir qui décrochera la médaille d’or du plus militairement servile.

Ce combat est tout aussi acharnĂ© depuis plus de vingt ans Ă  travers des reportages et autres sĂ©ries Ă  la gloire de la police comme nous l’avions dĂ©jĂ  montrĂ© dans un article publiĂ© le 4 novembre 2014 par JĂ©rĂ´me Thorel sur notre site [24].

Sa conclusion conserve toute son acuitĂ© : « Reportages et sĂ©ries participent Ă  une mĂŞme entreprise, la fabrique du consentement Ă  l’ordre policier. Les sĂ©ries se vendent comme des reportages, et vice versa. La question n’est plus de savoir si la fiction dĂ©passe la rĂ©alitĂ©, mais si le cinĂ©ma remplace l’information ».

Dans son livre Les 500 Ă©missions mythiques de la tĂ©lĂ©vision française, co-Ă©crit avec Gilles Verlant [25], Michel Drucker se souvient de la pĂ©riode, avant mĂŞme la crĂ©ation de l’ORTF [26] en 1964, oĂą « l’information de l’époque, et ce, mĂŞme après les Ă©vènements de mai 68, [Ă©tait] contrĂ´lĂ©e et censurĂ©e directement par le ministre de l’information Peyrefitte ».

Aujourd’hui, nul besoin d’un tel arsenal, l’autocensure et la complaisance se révélant largement aussi efficaces…



Denis Perais




Annexes

1) 2002 – 2015 : la liste des dĂ©lits, toujours sur France 2 [27]

- 26 dĂ©cembre 2002 : « Une nuit sur le Charles de Gaulle »
- 17 mai 2003 : « Les 50 ans de la Patrouille de France »
- 23 dĂ©cembre 2004 : « Une nuit sous les mers », Ă  l’occasion du 45ème anniversaire de la force ocĂ©anique stratĂ©gique, la composante sous-marine des forces nuclĂ©aires
- 14 juillet 2009 : « Au cĹ“ur de l’armĂ©e de terre »
- 23 mars 2010 : « En vol avec l’armĂ©e de l’air »
- 4 mai 2010 : « Au cĹ“ur de la gendarmerie »
- 1er janvier 2015 : « Les stars fĂŞtent les 15 ans du Charles de Gaulle » [28].

Sans oublier la commĂ©moration annuelle du dĂ©filĂ© militaire du 14 juillet Ă  la gloire de « nos » forces armĂ©es.



2) Les quartiers populaires, c’est la guerre

Non content de faire partager aux tĂ©lĂ©spectateurs son amour immodĂ©rĂ© de la police et de la gendarmerie, Michel Drucker en profite pour vĂ©hiculer cette image d’Épinal mĂ©diatique que nous mettons entre autres en Ă©vidence depuis plusieurs annĂ©es dans plusieurs articles rĂ©unis dans un dossier intitulĂ© « Les mĂ©dias et les quartiers populaires » ; d’abord en annonçant « Calogero [qui] va chanter une chanson qui a un rapport avec la guerre dans nos quartiers, les quartiers sensibles » ; puis ensuite en lançant le reportage - relayant au passage la communication ministĂ©rielle visant Ă  montrer l’efficacitĂ© des services dans la lutte contre le trafic de drogue dans ces zones de « non droit » sur « les quartiers Nord de Marseille, quartier de la Castellane » […] oĂą une Ă©quipe de France 2, le 15 juin 2015, suit l’opĂ©ration dont les images et le commentaire valident son diagnostic : « Bilan de l’opĂ©ration : 33 personnes interpellĂ©es, des armes de guerre, plusieurs kilos de cannabis, de fortes sommes d’argent et des vĂ©hicules de grosse cylindrĂ©e saisis, une opĂ©ration de grande ampleur, aucun rĂ©pit pour les trafiquants de drogue ».



3) Michel Drucker servile toujours

Lors de son entretien accordé à Jean-Marc Morandini le 8 juillet sur Europe 1, l’animateur ne tarit pas d’éloges sur ses ancien et nouveau patrons, Rémi Pflimlin et Delphine Ernotte-Cunci.

Sur le premier : « Je voudrai lui rendre hommage […] Jamais les feux n’ont autant Ă©tĂ© au vert dans le service public […] Il part sur un très très bon bilan ».

Sur la seconde : « Elle a un vrai charisme […], jeune, brillante, rapide […] On a beaucoup de points communs, c’est une fille de mĂ©decin, sĹ“ur de brillants diplĂ´mĂ©s, il y a beaucoup de choses que nous avons en commun ».

Une attitude caressante que Pierre Lazuly relève dĂ©jĂ  le 24 dĂ©cembre 2002 dans un extrait de ses « chroniques du menteur » dans un billet intitulĂ© « TĂ©lĂ©gĂ©niques (chronique des semelles mĂ©diatiques) ».

Vous savez maintenant pourquoi Michel Drucker affiche 45 ans dans le service public de la télévision (période en cours).

La servilitĂ©, c’est sa lĂ©gion d’honneur Ă  lui ; celle que lui ont Ă©pinglĂ©e les ministres de la Culture Jacques Toubon et Jean-Jacques AiIlagon comme chevalier en 1994 puis officier en 2004, respectivement 10 et 20 après l’agrafage par le plus connu d’entre eux, Jack Lang, de sa première breloque de chevalier des arts et des lettres.



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