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Un débat d’Acrimed de mai 1997

Faits divers et diversions : les dessous médiatiques de l’"affaire Villemin"

avec Laurence Lacour
par Dominique Marchetti,

En mai 1997, Acrimed recevait pour évoquer le traitement médiatique des faits divers Laurence Lacour, ancienne journaliste d’Europe 1. Auteur d’un ouvrage (Le bûcher des innocents, Paris, Plon, 1993) consacré à l’ "affaire Villemin", elle a montré que si celle-ci avait été une "affaire" pour la justice, qui a été très critiquée en raison de ses dysfoncitonnements, elle a aussi été une "affaire" de et pour les médias. Cet exemple a permis de faire apparaître quelques transformations majeures du champ journalistique dans les années 80.

Dans sont intervention, Laurence Lacour a notamment mis en évidence - ce qui était relativement nouveau à l’époque, au moins à ce degré-là, - combien les protagonistes des affaires avaient et devaient intégrer la nécessité de communiquer avec les journalistes. Les médias constituent en effet aujourd’hui un des principaux lieux d’affrontement pour les différents acteurs de cette affaire : entre les avocats opposés politiquement, entre les policiers et les gendarmes, etc.

Cette entrée de la communication se traduit notamment par des échanges croisés d’ordre économique quand, par exemple, de grands hebdomadaires monnayent photos et interviews exclusives destinées à payer en retour les avocats. Laurence Lacour a insisté en second lieu sur l’accroissement, notamment à la radio qu’elle connaît bien. Ainsi, la multiplication des flashes d’information oblige les journalistes à produire en permanence même s’il n’y a rien de nouveau dans l’instruction judiciaire. L’accélération de l’activité journalistique et l’intensification de la concurrence entre médias, qui sont d’autant plus visibles sur un événement aussi important d’un point de vue journalistique, tendant à pousser les journalistes à la faute puisqu’ils vérifient de moins en moins les informations.

L’ "Affaire Villemin", au moins au début, montre par ailleurs qu’à cette époque la télévision, c’est-à-dire les trois chaînes publiques, n’avait pas le poids qu’elle a aujourd’hui dans la production de l’information des grands médias. Ce sont surtout les radios et la presse écrite qui faisaient figure de ’leaders" dans cette affaire même quand sont arrivées dans la seconde moitié des années 80 les chaînes privées. L’exemple de l’"affaire Villemin" permet enfin, par comparaison, de voir l’évolution du traitement du fait divers dans les grands médias puisque ce sont aujourd’hui les affaires politico-financières qui semblent passionner davantage les journalistes.

Selon Laurence Lacour, les "petites gens" les intéressent aujourd’hui de moins en moins. Cette évolution est propablement liée au moins en partie à des transformations dans le recrutement. Les journalistes, qui traitaient des faits divers, étaient très souvent des "baroudeurs" qui ont été très présents d’ailleurs sur l’ "affaire Villemin". Ils ont été remplacés par une nouvelle génération de journalistes plus diplômés qui trouvent probablement plus valorisant d’être confrontés à des hommes politiques ou des chefs d’entreprise. Enfin, on peut se demander, si d’une certaine manière, l’affaire Villemin ne représente pas la fin d’une époque pour la presse, qui était alors plus politisée (donc plus diversifiée) mais moins tenue par des impératifs économiques et également moins soumise à l’actualité télévisée.

Dominique Marchetti

 

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