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Droit de réponse d’Attac à Philippe Val

... suite à son article dans Charlie Hebdo sur l’Observatoire français des Médias

Après l’article de Philippe Val, dans Charlie Hebdo (24 déc. 2003) " La presse a besoin de flics ", et la demande de droit de réponse de Serge Halimi (" Droit de réponse à Philippe Val, psychiatre, historien et patron de presse "), voici celle du Président d’Attac France, publiée sur le site d’Attac (lien périmé). [1].

Paris, le 2 janvier 2004.

M. le Directeur de la publication Charlie Hebdo 44, rue de Turbigo 75003 Paris

DEMANDE DE DROIT DE RÉPONSE PAR LETTRE RECOMMANDÉE AR

Monsieur le Directeur de la publication,

L’association Attac, que je préside, ayant été gravement mise en cause dans un article de Philippe Val titré " La presse a besoin de flics " dans le numéro de Charlie Hebdo daté du 24 décembre 2003, je vous prie de bien vouloir publier le droit de réponse ci-après, conformément à l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse :

Dans son éditorial " La presse a besoin de flics " publié dans le numéro de Charlie Hebdo du 24 décembre 2003, Philippe Val se livre à une critique virulente de l’Observatoire français des médias (OFM) et d’Attac qui en est un des quelques cinquante membres fondateurs. Utilisant la première personne du pluriel de majesté pour se référer à " nos amis d’Attac " qui, selon lui, s’inspireraient de la démarche du ministre de l’intérieur, Philippe Val ne craint pas d’utiliser des méthodes d’intimidation et d’attaques ad hominem - réellement policières, elles - pour stigmatiser une association dont les activités n’avaient pourtant pas encore commencé à la date de la publication de son article. Une frappe préventive en quelque sorte...

Contrairement à ce que prétend Philippe Val, Attac n’est pas à l’origine du projet de création de l’Observatoire français des médias. Si Attac a décidé d’en être un des membres fondateurs, c’est parce que l’objet de l’OFM correspond à nos propres réflexions : " produire et communiquer de l’information, ainsi que mener des actions de tous ordres en vue de promouvoir et garantir le droit à l’information... ". Sans les surestimer, et une nouvelle fois contrairement à ce qu’affirme Philippe Val, nous ne méconnaissons pas les tensions qui peuvent parfois exister dans les grands organes de presse entre les rédactions et les représentants de leurs actionnaires.

Philippe Val se prévaut de sa qualité de membre fondateur d’Attac pour s’étonner de ne pas avoir été informé de la création de l’OFM. Il est effectivement grand temps qu’il se souvienne de l’existence de notre association : c’est en effet l’un des seuls membre fondateur à ne jamais avoir acquitté sa cotisation annuelle depuis la création d’Attac en 1998. Au point qu’il ne dispose même pas de numéro d’adhérent ! Bien que, dans toute association, le non-paiement de la cotisation constitue un motif automatique de suspension d’appartenance, nous avons conservé le nom de Philippe Val sur nos listes : nous n’avons pas, nous, une culture de l’exclusion...

Quant à l’information qu’il se plaint de ne pas avoir reçue, elle est pourtant publique : les relevés de décisions du Conseil d’administration et du Bureau d’Attac sont en permanence disponibles sur le site de l’association. Si Philippe Val l’avait consulté à l’adresse suivante : hxxp ://vvv.france.attac.org/a2203 (lien périmé. Acrimed, juin 2010), il aurait pu apprendre que le Bureau du 16 septembre 2003, dans son point 8 de l’ordre du jour, avait pris la délibération suivante : " Sur proposition de Bernard Cassen, le Bureau décide de faire adhérer Attac, en tant que membre fondateur, à l’Observatoire français des médias et le mandate pour le représenter au sein de cet organisme ".

Dans la conclusion de son éditorial, Philippe Val somme l’OFM de dénoncer publiquement, voire d’exclure certains de ses membres, faute de quoi lui, Philippe Val, demandera que son nom ne figure plus sur la liste des fondateurs d’Attac. En d’autres termes, il exige que, au sein de l’OFM, notre association joue le rôle de procureur, voire, pour reprendre sa terminologie, de " flic ", si elle entend conserver le privilège de compter le rédacteur en chef de Charlie dans ses rangs. Imaginer un tel scénario déconsidère son auteur et fait injure à Attac.

À l’OFM, comme dans les autres structures et collectifs dont Attac fait partie, notre représentant ne se déterminera pas à partir de fatwas lancées de l’extérieur, mais en fonction du travail effectué, dont il rendra régulièrement compte aux instances élues de l’association. Nous regrettons que Philippe Val n’ait pas adopté la même démarche, celle, semble-t-il, de tout journaliste respectueux de ses lecteurs : juger, mais sur pièces ; critiquer, mais à partir de faits avérés et non de procès d’intention.

Je vous prie, Monsieur le Directeur de la publication, de croire à l’assurance de mes sentiments distingués.

Jacques Nikonoff Président d’Attac

 

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Notes

[1Titre et chapô : Acrimed.

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