Observatoire des media

ACRIMED

Accueil > Critiques > (...) > Bilans de campagne

Un débat d’Acrimed de février 2002

Alain Lipietz, candidat recalé à la Présidentielle (1)

Les médias et les organisations politiques : transparence ou ingérence ?

Le jeudi 14 février 2002, Acrimed recevait Alain Lipietz - candidat des Verts à l’élection présidentielle de 2002, évincé après de nombreux articles de presse très défavorables. Voici son intervention liminaire. (Les liens vers le site du Monde étant périmés, ils ont été supprimés. Acrimed, 13 avril 2009)

Lire la présentation du débat.

Comme tous ici, je suis particulièrement attristé du décès de Pierre Bourdieu. Je n’avais pas suivi tous ses travaux de sociologie, mais j’avais suivi un chemin parallèle, en tant qu’économiste de la théorie de la régulation. J’ai montré jadis à quel point l’approche de la régulation en économie recoupait très largement la pensée sociologique de Bourdieu ("La trame, la chaîne et la régulation : outils pour les sciences sociales").

Je connaissais quand même très vaguement les travaux de Bourdieu sur la question des médias, et ça m’a un peu servi de guide dans mon aventure de candidat présidentiel. J’ai vécu cette expérience d’abord en chercheur. On m’a souvent demandé comment je restais zen dans cette aventure un peu brutale. D’abord, c’était fantastiquement intéressant, et en tant que chercheur j’ai énormément appris. J’ai d’autant plus appris que j’ai abordé de façon incroyablement naïve l’usage des médias.
Mon rapport antérieur aux médias était pratiquement limité à France Culture (en tant qu’intellectuel) ou à France 3 Île-de-France (quand j’étais conseiller régional). Sur France Culture on a le temps de s’expliquer. C’est un des points fondamentaux qu’avait souligné Bourdieu : la question du temps de s’expliquer. Et j’ai été particulièrement victime de cette question, j’y reviendrai. Toutefois, je ne suis pas totalement d’accord avec tout ce que dit Pierre Bourdieu sur cette question du temps de s’expliquer.

Une chose que je voudrais dire en préalable, avant de traiter le sujet, c’est que les médias ne sont qu’un des éléments, parmi d’autres, de la chaîne des événements qui ont amené les Verts, après m’avoir élu, à me récuser. Il y a des forces autrement importantes, comme les lobbies industriels, qui se sentaient menacés par un éventuel bon succès des Verts ; des concurrents politiques, évidemment le parti socialiste ; et il y a eu, ce qui aura été déterminant quand même, une bataille à l’intérieur des Verts. Pour reprendre l’énoncé de la question tel qu’il figure sur le site Acrimed et sur l’invitation : "l’intervention des médias à l’intérieur des partis" n’existe qu’à condition que ces partis soient susceptibles de subir cette influence ! Dans le cas qui nous intéresse, les Verts étaient non seulement "susceptibles", mais une partie d’entre eux ont ouvertement choisi l’alliance avec certains médias pour une bagarre interne, au sein des Verts. Je suis peut-être resté maoïste sur ce point : je crois que les causes externes n’interviennent que par l’intermédiaire des causes internes et c’est uniquement parce qu’il y avait un "logiciel" interne aux Verts (pour reprendre une expression de Noël Mamère) qui permettait d’être influencé par les médias qu’une telle chose a pu arriver.

Je vais quand même ici me centrer sur les médias. Je commencerai par énoncer cinq points qui me sont apparus plus clairement à la suite de mon aventure, puis le je les illustrerai en reprenant cette aventure chronologiquement.

Les différentes presses

Comme je l’ai dit tout à l’heure, je ne partage pas tout à fait l’opinion de Bourdieu sur la supériorité de la presse écrite qui prendrait le temps de réfléchir, par rapport à la télévision qui cultiverait l’immédiat (en fait je n’ai pas assez lu Bourdieu sur cette question pour dire si ce fut chez lui une opinion bien arrêtée). Ce n’est pas ce que j’ai vérifié dans la campagne, ni d’ailleurs auparavant dans ma vie politique. Toute la presse écrite bombardait ses lecteurs, sans avoir vérifié auprès de moi, de fausses informations sur moi, alors que les télévisions, face aux rumeurs lancées par la presse écrite, me téléphonaient, et quand je démentais, n’en faisaient pas état.

En revanche, avec ma naïveté, il y a quelque chose que je n’avais pas bien perçu au départ : il y a deux types d’articles. Ceux où un journaliste, quel qu’il soit, vous interviewe longuement et passe deux ou trois phrases de vous... Là, le résultat peut être terrifiant. Et ceux où on maîtrise son expression de A à Z. D’où ma relative sympathie pour la télévision : quand on est en direct, on peut au moins vérifier qu’on a bien dit ce qu’on a dit. Même si le cadre que pose la télévision est contraignant, ce qu’on a dit, on l’a dit. Et si on l’a mal dit, on ne peut s’en prendre qu’à soi.

Le troisième point, là je suis d’accord avec Bourdieu, c’est qu’il apparaît très nettement une différence entre la presse "légitime", qui diffuse le point de vue de l’establishment (enfin, d’un certain establishment, celui qui nous intéresse par le champ du public visé, en l’occurrence Le Monde, Libération et Le Nouvel Observateur, pour prendre ce qui est discuté par les Verts et les socialistes) et une presse non légitime, qui se fout de l’establishment, ou qui ne s’en fout peut-être pas mais enfin, où tout peut arriver. Je me suis heurté à une hostilité systématique et extrêmement bien conduite, de façon conséquente, de la part des trois journaux qui viennent d’être cités, alors que j’ai bénéficié de la bienveillance amusée des journaux plus populaires, comme Le Journal du dimanche, Le Parisien, VSD, Paris Match... Je n’ai pas eu à me plaindre du traitement de ces journaux, qui ne sont pas des journaux "légitimes" dans le monde médiatico-politique, en revanche les trois premiers ont suivi une ligne éditoriale ayant pour conséquence (peut-être pas pour but) de dégommer ma campagne.

Car, quatrième point, quand je dis "ils ont suivi une ligne éditoriale", il faut bien comprendre que eux ne sont pas des "sujets" non plus. Je prendrai l’exemple du Monde, qui a été la référence dans toute cette affaire. Ce ne sont pas des sujets, ce sont eux-mêmes des champs de bataille. En ce qui concerne le journal Le Monde, j’ai été victime probablement de gens hostiles à ma candidature parce qu’ils craignaient que "ça pourrait faire du mal au PS" (pour simplifier), mais en même temps j’ai été la victime collatérale d’une guerre interne au journal, à propos du processus de Matignon. Ça se voit très nettement dans une différence de traitement à trois niveaux : le corps des articles, les titres des articles, et les éditoriaux. Le corps des articles étaient plus ou moins bons selon qui faisait l’article, les titres étaient systématiquement plus mauvais que l’article, les éditoriaux, globalement favorables. Ces éditoriaux intervenaient pour essayer d’éviter que mon sabordage aboutisse à un sabordage du processus de Matignon.

Donc c’est un phénomène assez complexe. On ne peut pas traiter un journal comme ayant une seule ligne qu’il applique de A à Z, surtout un journal aussi important que Le Monde. Il a par exemple deux éditorialistes-dessinateurs, l’un Sergueï, l’autre Plantu, Sergueï me soutenant discrètement et Plantu m’attaquant assez systématiquement. On voit bien que la différence porte sur leur jugement relatif à la question des minorités nationales ou ethniques. Sergueï, étant Argentin, a une certaine sympathie pour les mouvements indigénistes en Argentine, qu’il reportait sur le processus corse. Et Plantu, haïssant profondément les Corses, pas seulement le mouvement nationaliste corse mais les spécificités communautaires des Corses (comme d’ailleurs celles des Musulmans), m’utilisait d’une certaine façon pour attaquer le processus de Matignon, comme il l’avait fait bien avant le début la campagne.

Voici le résumé excellent donné par Le Monde du mardi 1er janvier 2002 : "Alain Lipietz, candidat éphémère à la candidature présidentielle. Les Verts ont finalement choisi Noël Mamère pour être leur candidat à l’élection présidentielle. En juin, ils lui avaient préféré de quelques voix l’économiste Alain Lipietz, député européen. Mais, à peine celui-ci désigné, ses déclarations sur les inévitables amnisties des prisonniers nationalistes corses déclenchèrent une véritable crise au sein du parti écologiste, affaiblissant sa candidature. Les prises de position du député européen et la révélation de sa contribution, en 1989, au projet économique du mouvement nationaliste corse, réveillèrent les clivages au sein du parti entre les écologistes historiques et des défenseurs de la culture gouvernementale. "

C’est assez bien résumé : le rôle joué par la " révélation " de ma contribution en 1989 au projet du mouvement nationaliste corse est correctement évalué, c’est cela qui a été la flèche finale - en fait pas tout à fait, il y en eut une autre après, encore - et le but politique sous-jacent, c’est-à-dire : clivage entre tenants de l’écologie historique et défenseurs de la culture gouvernementale, une façon de dire qui était plus ou moins méchant avec le PS.

Je reprendrai plus en détail l’exemple du Monde, en donnant de temps en temps quelques coups de projecteur sur le reste, pour vous montrer comment Le Monde ne se comporte pas comme un sujet, mais comme un processus complexe dans lequel il y a des intérêts contradictoires. Mais une ligne émerge quand même, elle est traduite par ceux qui mettent les titres, en gros.

Cinquième point. Il y a eu aussi une petite lutte entre professionnels. D’une certaine façon, ma nomination était bien vue des ingénieurs et chercheurs, mais très mal vue par les journalistes. Les journalistes ont considéré le fait que Noël Mamère, qui est un des leurs, n’ait pas été choisi, comme une insulte directe à leur honorable profession...

Chronologie de " l’affaire "

Reprenons maintenant les choses dans un ordre chronologique.

Du point de vue politique, pendant la campagne des primaires, j’étais considéré comme l’ami de Dominique Voynet, c’est-à-dire quelqu’un qui avait soutenu la participation des Verts au gouvernement pendant les quatre ans écoulés de la législature. Noël Mamère, au contraire, était l’homme des coups de gueule contre Jospin, "le trublion".

Le premier choc, au lendemain de l’élection, a été de voir comment les "journaux légitimes à gauche", mais aussi le journal légitime à droite, Le Figaro, changeaient immédiatement et complètement leur fusil d’épaule, commençant à dire que ma nomination représentait une radicalisation à l’intérieur des Verts, qui allait déstabiliser la majorité plurielle. Voir le titre du Monde du 22 juin " L’investiture d’Alain Lipietz pour 2002 bouscule les Verts et la majorité ", voir aussi celui du Figaro du 21 juin : " Les socialistes en spectateurs inquiets ". Ce dernier journal n’est pas légitime à l’intérieur des Verts mais il va jouer un rôle de basse continue, en représentant le point de vue des lobbies hostiles aux Verts en général. Dans le cas présent : "Lipietz, candidat d’une écologie de la contrainte", face à des candidats dont vous avez sans doute perdu la trace : Lepage, Waechter et quelques autres, dont Le Figaro va dire qu’ils sont beaucoup plus légitimes parce qu’ils représentent une écologie du compromis, du consensus avec les industriels. Si vous lisez Le Figaro et en même temps Les Échos, vous vous apercevez que c’est la même campagne. Les Échos publient, à la même époque, des pétitions d’industriels pour dire " il ne faut pas une écologie coercitive, il faut des accords d’autolimitation ", ..." Les industriels sont les plus opérationnels pour sauvegarder l’avenir de la planète "...

Je ne veux pas trop insister sur Le Figaro, Le Figaro fait à la fois campagne pour dire " les Verts sont dangereux " et " Lipietz est le plus dangereux des Verts parce qu’il est le plus Vert ". Et dedans, les Verts qui veulent démolir la campagne ont pratiquement table ouverte. C’est là que s’expriment régulièrement tous les Verts qui essaient de renverser le résultat du vote des militants.

Le Monde est beaucoup plus complexe, donc plus intéressant, dès le début, il consacre à ma désignation (le 22 juin) un volume de quatre pages dont quatre colonnes à la Une : "Présidentielles, les Verts encore plus Verts", avec un joli dessin de Sergueï, en insistant sur cet aspect "c’est une poussée d’autonomie des Verts". Ce n’était pas du tout le discours avant. Avant, Mamère représentait l’autonomie et moi j’étais voynetiste... Brusquement, ça change, la première flèche du Parthe est décochée, brutalement. Il y a la Une, il y a le très favorable Pierre Georges en dernière page, il y a un éditorial sur le thème " Cela va être une campagne intéressante, Lipietz va poser des vraies questions, il va croiser le fer avec Chevènement, etc. ". Et il y a deux pages à l’intérieur, qui sont mi-figue mi-raisin, exemple ce titre d’un article de Béatrice Gurrey " L’investiture d’Alain Lipietz pour 2002 bouscule Les Verts et la Majorité ". C’est la première fois qu’il est dit que cela va commencer à poser des problèmes dans la majorité plurielle. À l’intérieur de ces deux pages, il y a ce qu’on appelle une " fenêtre ", c’est-à-dire un article encadré mais non signé : " Le soutien de René Dumont contesté ". En gros, j’aurais extorqué à un mourant, dans les derniers jours avant sa mort, le soutien de René Dumont. Or, il suffit de regarder les dates, c’était nettement avant. J’en ai longuement discuté avec Charlotte, la veuve de René, qui, elle, soupçonne deux personnes que je ne désignerai pas. Politis reprendra exactement le même discours, dans son numéro du 28 juin, avec deux pages de son éditorialiste, Bernard Langlois, martelant : " un salaud pareil, on ne peut pas le soutenir " Il n’y a qu’un seul journaliste qui a travaillé pour Politis et pour Le Monde, je vous invite à rechercher lequel... Mais le problème n’est pas là, le problème est que Le Monde choisit tout de suite de commencer par une petite pique (en fait, gravissime) contre l’individu.

On est à deux pas des vacances, il y a encore le CNIR des Verts qui doit désigner un nouveau Secrétaire national, Dominique Voynet essaie de se faire nommer etc. Ma candidature est un peu reléguée au second plan, on passe aux problèmes internes des Verts, les difficultés de Dominique...

Le mois de juillet se passe sans histoire. Et, pour mon malheur, je me trouve à Paris la première semaine du mois d’août. Il ne faut jamais être là à ce moment-là, parce qu’il n’y a personne d’autre pour dire quoi que ce soit... Là je commence à comprendre le premier point important que je vous ai dit : la vraie différence entre un article ou une réaction en différé, où l’on reprend des petits bouts de ce que vous avez dit, et une intervention en direct. J’étais en train de conduire ma voiture, le lundi 6 août, lendemain des Journées nationalistes de Corte. Je ne savais même pas ce qui s’était passé à Corte. Je reçois un appel sur mon portable de France Inter ou France infos, je ne sais plus (mais je crois qu’ils ont fonctionné ensemble pendant cette semaine épouvantable), qui me demandent " qu’est-ce que vous pensez des déclarations, aux Journées de Corte, de Jean-Luc Bennahmias [ancien secrétaire national des Verts, que venait de remplacer Dominique Voynet] ". Je dis " il a certainement raison, mais laissez-moi me garer ". Je me gare, je téléphone pour savoir ce qu’a dit Jean-Luc Bennahmias. Jean-Guy Talamoni, leader de la vitrine légale du FLNC avait déclaré qu’il faisait de l’amnistie, non seulement des condamnés, mais des " poursuivis " corses, un préalable au processus de Matignon, et Jean-Luc Bennahmias avait répondu : " Non ce n’est pas possible. Mais, bien sûr qu’il y aura amnistie après, si le processus de paix arrive à bon port."

L’éditorial du Monde du mardi 7 août (rédigé donc avant dix heures du matin le lundi), dit exactement la même chose : il est bien évident qu’une fois un processus de paix abouti, l’État doit relâcher les prisonniers, donc la question de l’amnistie doit être posée dès maintenant. Moi, je trouve que l’amnistie posée dès maintenant, c’est un peu exagéré, mais je prépare un discours en trois points :
1. on ne peut pas faire de l’amnistie un préalable au processus de Matignon.
2. Bien sûr, après, il y aura amnistie.
3. Mais il ne faut pas faire les amnisties comme on en fait en France. J’ai en tête le fameux bouquin de Russo Un passé qui ne passe pas : après la Deuxième Guerre mondiale, il y a eu une amnistie en 1952 ; il y en a eu une en 68 pour l’Algérie, une pour la Nouvelle-Calédonie dès 1988. Ces "amnisties à la française" impliquent qu’on n’a pas le droit d’évoquer ce qui s’est passé. Moi, je pense qu’il faut au contraire en parler, la société doit débattre, juger, puis amnistier et pardonner sur la base d’une repentance.

Le lendemain, en boucle, France Info et France Inter ne passent que : " Alain Lipietz prend parti pour l’amnistie ". C’est une simplification abusive. Le deuxième point n’était pas le point important, c’était ma réponse à la question : " qu’est-ce que vous pensez qu’il va se passer ? ". Moi j’ai dit avant " Qu’est-ce que je veux faire maintenant " et j’ai dit après : " Qu’est-ce que je ferai alors (dans cinq ou six ans)". Mais la presse n’insiste que sur : "je pense qu’il y aura amnistie" !

Et ça déclenche immédiatement, côté interne aux Verts, une pétition, pour demander ma destitution, venue du bureau de mon ancien concurrent, Noël Mamère, et commence alors le tir de barrage. Je vous dis que j’aime mieux les médias audiovisuels parce qu’on peut s’expliquer en direct. Dès le 8 août au matin, sur RMC-Info, j’ai droit à une heure d’explications. Ça se passe très bien. RMC appelle Jean-Guy Talamoni, qui dit : " oui, il a raison, d’ailleurs je ne pensais pas que Les Verts allaient demander l’amnistie, et nous, nous ne demandons pas évidemment l’amnistie comme préalable au processus de Matignon ".

Je pense alors que l’affaire s’est conclue au mieux et je pars en vacances. Quand je reviens fin août, alors là, c’est l’énorme tohu-bohu. Et je m’aperçois qu’il y a une campagne conjointe, de l’intérieur des Verts et de l’extérieur, pour dire : " Après ses déclarations sur l’amnistie, il faut s’en débarrasser !"

Petit détail quand même : je ne voudrais pas trop discuter du mois d’août, car la plupart des journalistes étaient des stagiaires, n’étaient pas les journalistes habituels, en charge de la rubrique politique dans leur journal. La seule qui était présente, était Josseline Abonneau, du Figaro, qui ne me traite pas particulièrement bien.

Le mardi, lendemain de ma déplorable intervention du lundi, il y avait un jeûne à Taverny comme tous les ans, contre le Q.G. de la force de frappe française, et j’y participais à un débat sur la non-violence. J’y reprends mon discours en 3 points (contre l’amnistie tout de suite, je suis sûr qu’il y aura amnistie totale, mais je refuse l’amnésie). Une journaliste du Figaro, Pascale Sauvage, et une autre, Agnès Briançon-Marjollet, du Parisien, étaient là, et elles n’ont, dans leurs articles du 8 août, pas infidèlement (mais pas entièrement) repris mes propos, alors que Didier Micoine, dans Le Parisien du même jour dit que j’ « enfonce le clou ». De son côté, Josseline Abonneau, qui etait egalement à Taverny, reprend, le 9 août, uniquement le troisième point, déconnecté du reste.

Donc à l’époque je n’avais pas l’impression que ce serait l’axe général de l’attaque contre moi.

Mais pour les trois journaux dont je parle, des journaux " légitimes " de gauche : Le Nouvel Observateur, Le Monde et Libération, ça va devenir l’axe général de l’attaque. Ils se sont inquiétés au début qu’en tant que "trop radical", j’allais déstabiliser la majorité plurielle, puis ils vont se saisir de ce point pour faire de moi progressivement un terroriste !

Un gros débat a lieu chez les Verts aux Journées d’Été de Lamoura, fin août 2001, où ils mettent au point une position commune, très largement adoptée, tout à fait compatible avec mes déclarations. Noël Mamère et ses partisans ne sont pas contents, ils se retrouvent minoritaires, Noël annonce qu’il quitte le comité de campagne. L’affaire devient ce qu’elle est : une bagarre interne aux Verts sur la place publique, avec le rôle de la presse (surtout de ces trois journaux) comme, en quelque sorte, les coryphées. Ce rôle de coryphée est très important. Ces coryphées entretiennent ou montent en épingle systématiquement les petites phrases émises par une des tendances des Verts. Puis, changement d’échelle, un des trois coryphées, Le Monde, va passer une nouvelle couche, le 8 septembre, décisive aux yeux de certains : si j’éprouve de la mansuétude pour le FLNC, c’est qu’en fait, j’en suis complice, je suis l’auteur de son programme économique.

C’est là qu’il faut bien voir à quel point Le Monde est un journal complexe. J’ai dit tout à l’heure que, au moment de l’affaire amnistie, l’éditorial rédigé le lundi matin était plus pro-amnistie que toutes mes déclarations réunies, même coupées, même en isolant une petite phrase, puisque Le Monde daté du 8 août disait qu’il fallait l’amnistie, et la négocier tout de suite. Cet éditorialiste - les éditoriaux ne sont pas signés - va se taire pendant le début de l’affaire. En revanche d’autres vont commencer à opérer.

Lire la deuxième partie de l’intervention d’Alain Lipietz.

 

A la une

La liberté d’informer selon LREM : chronique d’un quinquennat autoritaire (2017 - …)

La macronie en marche pour mettre les médias au pas.

Gilles Bornstein (France Info) : chien de garde face à Jean-Pierre Mercier, tendre avec Alain Minc

Le deux poids deux mesures des interviews de Gilles Bornstein.

La subordination du journalisme au pouvoir économique

Dépolarisation et verticalisation du champ journalistique