– Lefigaro.fr, après avoir titrĂ©, comme en tĂ©moigne l’URL restĂ©e inchangĂ©e, « Afghanistan : L’Otan tue 21 civils dans un bombardement », a finalement prĂ©fĂ©rĂ© prĂ©senter l’organisation militaire sous un meilleur jour :

C’est dans le corps de l’article que l’on apprend qu’il s’agissait d’une… « bavure », et mĂŞme mieux, d’une simple « erreur » :
Nouvelle bavure de l’Otan en Afghanistan. La force internationale de l’Alliance atlantique (Isaf) a tuĂ© au moins 27 civils dimanche [21 fĂ©vrier], dans un bombardement aĂ©rien (…).
Ces décès constituent une nouvelle erreur des forces internationales qui sont accusées régulièrement par Hamid Karzaï de ne pas prendre assez de précautions dans leurs bombardements et de tuer trop de civils.
– Libération a choisi un titre qui, avec un raffinement cultivé fort à propos, fait écho à celui du film Mortelle randonnée :

Le 16 avril 1999, LibĂ©ration faisait dĂ©jĂ preuve d’une cinĂ©philie toujours utile en temps de guerre et titrait « Autopsie d’une bavure », pour Ă©voquer le bombardement par l’Otan d’un convoi civil, faisant 75 victimes. Dix ans plus tard, rien n’a changĂ© – Ă part le titre du film.
Le responsable des euros de LibĂ©ration doit ĂŞtre tellement fier de cet article – oĂą l’on Ă©voque trois fois une « bavure », et toujours sans guillemets – que celui-ci Ă©tait dĂ©jĂ payant Ă l’heure de la capture d’écran.
– Pendant ce temps, Lemonde.fr, lui, s’est bornĂ© Ă recycler des dĂ©pĂŞches d’agence :

Une « bavure », donc, de l’avis gĂ©nĂ©ral, et sans guillemets. Mais au fait, qu’est-ce qu’une bavure ? Ă€ l’origine, nous dit Le Petit Robert [1], le mot dĂ©signe une « trace laissĂ©e par les joints du moule sur l’objet moulĂ© ». D’oĂą, par analogie, la « trace d’encre empâtant une Ă©criture, un dessin ». Et par extension, il signifie « erreur pratique, abus, consĂ©quence fâcheuse ». Avec, pour ce dernier sens, cet exemple, tirĂ© d’un Monde plus « pudique », Le Monde du 27 mars 1970 : « La police a de la peine Ă Ă©viter ce qu’on nomme pudiquement des bavures ».
Le Robert Historique nous donne cette ultime prĂ©cision : depuis les annĂ©es 50, le mot peut dĂ©signer « une erreur grave, voire tragique ». L’usage de ce terme est-il pour autant anodin ? Simple question : si, Ă l’occasion d’un conflit armĂ© dans un pays Ă©tranger, des dizaines de civils français Ă©taient tuĂ©s, parlerait-on aussitĂ´t, sans prise de distance et sans plus de prĂ©cautions, de « bavure » ? Rien n’est moins sĂ»r.