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Tirs à balles réelles à la caserne de Carcassonne… et un « direct » à blanc pour ne rien dire

par Ludovic Finez,

On ne compte plus les « directs » qui n’apportent aucune information, si ce n’est sur la présence d’un reporter ou d’un correspondant sur les lieux du moindre fait divers : des simulacres d’information.

Le « Soir 3 » du 29 juin 2008 en a donné une nouvelle illustration. Un exemple parmi d’autres de journalisme de non-information. Une pratique dont les journalistes, sommés de parler même quand ils n’ont rien à dire, ne sont pas toujours directement responsables.

Dimanche 29 juin 2008, sur le coup de 22 h 35, la présentatrice du « Soir 3 » (France 3), annonce les titres de l’édition. Premier d’entre eux : « A Carcassonne, une démonstration d’opération d’assaut dans une caserne tourne au drame. Un militaire a tiré avec des balles réelles ; 17 personnes sont blessées, dont quatre grièvement. Une enquête est ouverte pour déterminer s’il s’agit d’un geste criminel ou d’un accident. »

Dans le déroulé du journal, le développement de l’information vient en fait en quatrième position, après des sujets plus ou moins longs sur un accord entre Israël et le Hezbollah, l’élection présidentielle au Zimbabwe et des émeutes en Chine. Concernant Carcassonne, après un lancement en plateau d’une vingtaine de secondes, suivra un dialogue – assez surréaliste – de 1 min et 40 s, entre la présentatrice et l’envoyé spécial de France 3 Sud. En voici la transcription intégrale :

- « Je vous le disais en titre : le drame s’est produit lors d’une démonstration dans une caserne, à Carcassonne, cet après-midi. Un soldat du 3e Régiment parachutiste d’infanterie de marine a fait usage de balles réelles. Dix-sept personnes sont blessées, dont quatre grièvement. Le Plan rouge a été déclenché. Hervé Morin, le ministre de la Défense, est arrivé sur place ; demain matin, Nicolas Sarkozy ira au chevet des victimes. Philippe G…, bonsoir, vous êtes sur place à Carcassonne, est-ce que vous en savez plus sur les circonstances de ce drame ? »

- « Alors, on ne connaît pas encore les circonstances de ce drame. On sait que 16 personnes ont été blessées, cinq graves, deux pronostics sont réservés, dont un enfant, … après qu’un militaire, donc, du 3e Régiment de parachutistes a tiré à balles réelles, …, lors d’une démonstration de libération d’otages, ceci dans le cadre d’une journée portes ouvertes à Carcassonne, … Pour le moment, on en est là. »

- « Justement, les blessés ont été dispatchés dans toute la région ? »

- « Oui, ils ont été amenés à Toulouse, Perpignan, bien sûr à Carcassonne, pour être soignés et … voilà. »

- « Il s’agit surtout de visiteurs ou au contraire de familles de militaires qui étaient venues assister à cette démonstration ? »

- « Oui, il s’agit surtout de familles de militaires, mais…, qui effectivement étaient là lors de… de ces démonstrations, …, également de simples visiteurs qui étaient venus à l’occasion de ces journées portes ouvertes à Carcassonne. »

- « A Carcassonne, dans la caserne, ce genre de démonstration a lieu fréquemment, c’est quelque chose d’habituel ? »

- « Ça… Ça, je ne sais pas si c’est habituel, ce genre de journées portes ouvertes, mais … effectivement, c’est lors de ces journées-là que ça a eu lieu, mais je ne sais pas si c’est habituel... »

- « Philippe G…, merci pour ces précisions. »

On n’aurait pas trouvé meilleure formule…

Ludovic Finez

 

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