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Sud-Ouest informe : C’est arrivé, c’est dans le journal !

Une correspondante de Bordeaux a envoyé a Acrimed le courrier suivant...

Finies les corvées d’organisation des manifestations, le militant nouveau est arrivé, c’est l’entrepreneur en communication

Un cas - caricatural, on l’espère - à verser au dossier des "manifestations de papier".

Supposions que vous habitiez l’Aquitaine, que vous ouvriez votre journal local le lundi matin et que vous trouviez en page 3 (page nationale), occupant le sixième du texte de cette page, à côté de deux informations importantes du week-end : "les avions cloués au sol" et "Chirac en Allemagne, le poids des symboles", un article évoquant la première réunion décentralisée d’une association de lutte contre le cumul des mandats à Bordeaux, ne pensez-vous pas qu’un tel débat a eu lieu ? Et que la chose était particulièrement importante pour mériter un tel emplacement dans le quotidien ?

Ne dites pas aux défenseurs du cumul des mandats qu’ils peuvent dormir sur leurs deux oreilles et qu’à part le responsable aquitain de l’association, sa présidente, cinq de ses responsables régionaux -venus parfois de fort loin - et deux professeurs de l’IEP, aucun participant extérieur ne s’était déplacé un samedi matin sur le lointain campus pour assister à cette rencontre et pour cause : l’affichage n’avait pas été fait !

Et pourtant, la réunion a bel et bien eu lieu puisqu’on en parle en bonne place dans le journal.

Il suffit d’en lire le compte-rendu avec attention pour deviner entre les lignes, mais ce texte a été réalisé avec suffisamment de soin pour qu’on ne puisse y relever aucune falsification des faits.

Voici l’article en question :

"Sud -Ouest", 26 juin 2000

POUR UN MANDAT UNIQUE

UNE UTOPIE RAISONNABLE

L’association PMU milite pour la suppression du cumul des mandats. Un combat pour la démocratie qui se heurte à l’intérêt des représentants du peuple

HELÈNE ROUQUETTE- VALEINS

L e sigle est facile à retenir :PMU. Mais Pour un Mandat Unique est une association qui s’adresse à un type de parieurs particuliers : les hommes politiques et, en particulier, les cumulards. Née en 1997, avec la signature de soixante-sept personnalités du monde politique, dont Elisabeth Badinter, Evelyne Pisier, Olivier Duhamel, Marie-Christine Blandin, l’association s’organise depuis en réseaux dans l’ensemble du pays. Des réseaux qui regroupent surtout des sensibilités de gauche, " mais il y a aussi des gens de droite qui viennent ", note la présidente, Isabelle Bettati.

La POLITIQUE EST-ELLE UN METIER ?

Elle était là, samedi, pour la première réunion décentralisée, dans les locaux de l’Institut d’études politiques de Bordeaux. L’occasion d’y tenir son assemblée générale et surtout de confronter avec des professionnels, en particulier des juristes, les opinions sur la question que PMU pose partout en France :" La politique est-elle un métier ? ". Une question à laquelle Mme B. [1] répond par la négative, précisant : " C’est un service qui doit ne rien perdre de sa pureté. Le pouvoir, ça se partage." T.D., correspondant régional de l’association pour le Grand Sud- Ouest (1), précise le propos : " C’est un métier, mais en CDD (contrat à durée déterminée) qui doit permettre des allers-retours. "
Dénonçant la mainmise d’un petit nombre d’élus sur la plupart des fonctions, PMU milite pour un renouveau de la vie politique et s’interroge sur cette incapacité proprement hexagonale à ne pouvoir y mettre fin. " En fait, c’est le problèmes des partis, constate T.D., puisque dans la plupart des autres pays européens il n’y a pas de loi anti-cumul, mais il n’y a pas de cumul parce que les partis font leur travail. " Et de dénoncer " la force des grands élus qui ont beaucoup de difficultés à mettre en accord principes et réalité ". Et qui, selon lui, ont trouvé un moyen de détourner la loi : " Le cumul en grappe ". Autrement dit, la tentation de présenter sa femme, son fils ou sa fille pour le mandat que l’on est contraint d’abandonner.

Face à ces dénonciations et à ces interrogations, les spécialistes bordelais sont plus nuancés. H.H., professeur de droit public à l’IEP, qualifie la loi de "catastrophe nationale", dont certains aspects très injustes finissent par légitimer les cumuls. P.S., directeur de l’école doctorale de Sciences Po, trouve la démarche en faveur du mandat unique utopiste dans la mesure où les institutions françaises ne sont pas prêtes, et y voit un risque pour la décentralisation.

MOTION
Reste que PMU pose un problème : comment moderniser la vie politique, faciliter l’accès des fonctions électives aux jeunes, aux femmes, à d’autres professions que les fonctionnaires si on ne réduit pas de façon drastique le cumul des mandats ? Dans cette optique, l’association compte faire voter au prochain congrès du PS une motion qu’elle a présentée ce week-end, motion qui dénonce les professionnels de la politique. Et qui sera soumise aux professionnels de la politique.

(1) adresse .

 

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Notes

[1Les noms qui, dans le cas présent, importent peu, ont été remplacés par les inititales. (Acrimed, juin 2009)

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