Le 28 octobre, Susan George, cofondatrice et vice-prĂ©sidente d’Attac, Ă©tait Ă Montpellier pour animer une rĂ©union publique en soirĂ©e. Une confĂ©rence de presse avait Ă©tĂ© fixĂ©e le matin pour permettre aux journalistes de s’entretenir avec l’une des spĂ©cialistes français de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Et, le cas Ă©chĂ©ant, d’informer le public de son discours.
Un quart d’heure avant le rendez-vous fixĂ© Ă 11h, Susan George appelle l’agence montpelliĂ©raine de Midi Libre (groupe Le Monde) qui lui confirme la venue d’un journaliste. Mais personne ne viendra finalement, le quotidien expliquant Ă 11h30 qu’un autre sujet a Ă©tĂ© choisi en rĂ©union de rĂ©daction. Dans l’Ă©dition du lendemain, on pourra donc en savoir plus sur le slowfood, le salon du mariage ou le bouddhisme, mais l’analyse altermondialiste de Susan George sur les nĂ©gociations de l’OMC sera passĂ©e par pertes et profits. Jean-Claude Favier, membre du comitĂ© d’animation d’Attac Montpellier, ne peut que regretter cette hiĂ©rarchisation de l’information dont la rencontre organisĂ©e avec le politologue belge Raoul-Marc Jennar, le 25 janvier dernier, avait dĂ©jĂ fait les frais. Rappelons, par ailleurs, qu’Attac est Ă l’origine d’une pĂ©tition contre le traitement, par Midi Libre, de la dernière campagne rĂ©fĂ©rendaire.
« Droit de rĂ©ponse »
Nouvelle source d’agacement pour le militant, avec la parution le 6 novembre (soit 9 jours après la venue de Susan George), d’une brève polĂ©mique, Ă©crite en caractère gras, bien visible et titrĂ©e : « Attac menacĂ© », « une mystĂ©rieuse dissidence interne menace-t-elle Attac ? ». Dans cet entrefilet, le quotidien, se faisait l’Ă©cho de la rĂ©union publique de Susan George « troublĂ©e par quelques perturbateurs - anonymes - qui affirment vouloir rĂ©cidiver lors des prochaines rĂ©unions des "leaders mĂ©diatiques autoproclamĂ©s" ».
Egalement absent Ă cette confĂ©rence-dĂ©bat, Midi Libre a Ă©tĂ© informĂ©, on ne se sait comment, de l’intrusion de ces manifestants Ă©quipĂ©s de fumigènes et dĂ©cide d’en avertir ses lecteurs (qui ne savent toujours pas ce que Susan George a pu dire ce jour-lĂ ). Renseignements pris auprès des « perturbateurs » locaux, surpris par cette brève dont ils ignoraient l’existence, la critique Ă©tait rĂ©solument externe : « Nous ne sommes pas membre d’Attac. Nous Ă©tions une demi-douzaine Ă manifester pour dĂ©noncer les effets pervers de la personnalisation des luttes. »
Au lendemain de la parution de la brève, le collectif montpelliĂ©rain envoie un courriel Ă la rĂ©daction de Montpellier demandant « un droit de rĂ©ponse » ainsi formulĂ© : « [...] Attac tient Ă faire savoir qu’il n’y a jamais eu et n’y a actuellement aucune dissidence ni au sein du C.A. ni chez les 300 adhĂ©rents d’Attac Montpellier. Les personnes qui sont intervenues lors de la confĂ©rence de Susan George n’Ă©tant pas adhĂ©rents Ă Attac, la rumeur de "mystĂ©rieuse dissidence interne" s’Ă©croule de ce fait. »
Le 13 novembre, le quotidien publie, en petits caractères, le texte suivant : « La section locale d’Attac dĂ©ment faire l’objet de dissidences internes », puis rappelle le contenu de la brève du 6 novembre. Mais aujourd’hui, Jean-Marie Gavalda, directeur des Ă©ditions montpelliĂ©raines, nous dĂ©clare, le plus sĂ©rieusement du monde : « Il y a eu une perturbation interne, il y a eu le fumigène, donc il n’y avait mĂŞme pas besoin d’un rectificatif ». Quant aux lecteurs de Midi Libre, ils n’auront qu’Ă se dĂ©brouiller entre la version initiale et le dĂ©menti d’Attac pour savoir oĂą se situe la vĂ©ritĂ©.
Nicolas Éthève