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Procès : La Croix-Rouge « soigne » CQFD

par Jacques-Olivier Teyssier,

Avec le printemps vient la saison des procès. Après Le Courrier Picard contre Fakir [1], la Croix-Rouge française poursuit CQFD pour « diffamation » suite à un article paru dans le numéro 6 du mensuel alternatif. Une nouvelle forme d’action humanitaire ?

Elle n’a pas plu à la Croix-Rouge la double page parue dans le numéro 6 de CQFD, mensuel alternatif et néanmoins national, basé à Marseille. Bilan : un droit de réponse et une assignation en justice.

Olivier Cyran, un des principaux collaborateurs de CQFD, prend les choses du bon côté : « C’est quelque part bon signe, s’il [Marc Gentilini, président de la Croix-Rouge] considère que ça lui porte préjudice. » [2] Un « bon signe » un peu cher puisque la Croix-Rouge réclame 30 000 euros pour préjudice, dont 15 000 pour son président, et 5 000 pour les frais de justice. « L’institution diversifie ses sources de financement » résume, avec humour, le mensuel en Une de son numéro 9. Il était rappelé dans son numéro 8 que CQFD est un « journal associatif réalisé en grande partie par des chômeurs », que ces 35 000 euros pourraient « couler le canard ». Avant de se rassurer : « Mais soyons confiants : par sa plainte, la Croix-Rouge cherche sans doute à convaincre les pouvoirs publics d’augmenter considérablement les minima sociaux. Avec un RMI multiplié par cent, pas de problème, on s’en sortira. Merci la Croix-Rouge ! »

C’est justement des rapports de la Croix-Rouge avec les pouvoirs publics - avec le ministère de l’intérieur précisément - dont il était question dans l’article titré « Une Croix-Rouge sous un képi bleu », objet de l’assignation. Quant au droit de réponse signé M. Gentilini, il a été publié dans le numéro 9, conformément à la législation. Il se rapportait à l’encadré d’une double page du numéro 6, qui concernait la fermeture du centre de santé de la Croix-Rouge à Bagnolet (Seine-Saint-Denis).

Un droit de réponse sur l’encadré et une assignation en justice sur le texte principal, donc. Déjà on se demande pourquoi la Croix-Rouge ne s’est pas contentée d’un droit de réponse sur l’ensemble de la double page. Mais il y a plus étonnant, comme le note Olivier Cyran : « C’est rigolo, dans l’assignation ils poursuivent absolument chaque passage de l’article, et à un moment on cite un article du Canard qui raconte la réaction de Gentilini à un rapport sur les finances de la Croix-Rouge où ils avaient un peu camouflés les trucs. Et Marc Gentilini à l’époque n’avait pas poursuivi le Canard. En revanche il nous poursuit pour avoir cité cet article. » Peut-être la Croix-Rouge accorde-t-elle un plus grand respect au Canard Enchaîné qu’à CQFD ? Pas sûr si l’on en croit les propos de M. Gentilini cité par CQFD : « Le Canard Enchaîné est animé par une certaine voyoucratie. » [3] Pas moins.

Fidèle à ses objectifs, l’organisation caritative préfère peut-être tout simplement continuer à « soigner » les faibles car pour la Croix-Rouge, « il n’y a pas de guerre juste et de guerre injuste, il n’y a que des victimes qui ont besoin d’aide. » [4]


Audience : mardi 30 mars 2004, 13h30
Tribunal de Grande Instance de Paris, 17e chambre

Les articles concernés, le droit de réponse de Marc Gentilini et la réponse au droit de réponse sont sur le site de CQFD : www.cequilfautdetruire.org


 

Notes

[2Les propos d’Olivier Cyran ont été recueillis par Jacques-Olivier Teyssier le 17 février 2004

[3Marc Gentilini, à propos de la révélation par le Canard Enchaîné d’un trou de 200 millions de francs dans les caisses de la Croix-Rouge, RTL, 1er octobre 1997, cité dans CQFD, numéro 6.

[4Jean Pictet, ancien vice-président du Comité International de la Croix-Rouge, 1979, cité sur le site de la Croix-Rouge

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