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Lu, vu, entendu : « Pour en finir avec 2005 »

Liaisons dangereuses - L’humour d’Alexandre Adler - On recherche « service public » - LibĂ©rer LibĂ©ration.

I. Liaisons dangereuses

– « La prĂ©fecture pige Ă  Ouest-France  », titre - fort justement - LibĂ©ration le 20 dĂ©cembre 2005. Et voici ce que nous apprend l’article signĂ© Pierre-Henri Allain : Une sĂ©rie d’articles publiĂ©s entre le 15 octobre et le 19 novembre portant sur « la Bretagne face Ă  ses dĂ©mons » - l’alcool (15 octobre), le tabac (22 octobre), le cannabis (5 novembre) et enfin « la fĂŞte et ses dĂ©rives » (19 novembre) - Ă©tait « une commande de la prĂ©fecture de rĂ©gion qui a dĂ»ment rĂ©tribuĂ© la rĂ©gie publicitaire de Ouest-France, PrĂ©com, pour cette curieuse prestation.  ». Aucune mention - « publicitĂ© » ou « publireportage » - ne signale l’origine des cette enquĂŞte très particulière...

« Ouest-France droit dans ses bottes » titre - tout aussi justement - LibĂ©ration le 28 dĂ©cembre qui commente (sous la signature de Pierre-Henri Allain) un article de Didier Pillet, directeur de l’information de Ouest France, qui tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de noyer le poisson : « Le directeur de l’information souligne que la campagne de la prĂ©fecture avait Ă©tĂ© annoncĂ©e la veille de la publication du premier volet de l’enquĂŞte. Ouest-France avait alors effectivement fait Ă©tat de son « concours » Ă  une initiative dont il saluait la pertinence. Mais Didier Pillet ne dit pas un mot sur les conditions dans lesquelles ces articles ont Ă©tĂ© commandĂ©s et publiĂ©s. Le quotidien ne se montre pas davantage troublĂ© de recevoir, via sa rĂ©gie publicitaire PrĂ©com, l’argent du contribuable pour ce type d’opĂ©ration, Ă  mi-chemin entre journalisme de commande et publireportage qui ne dit pas son nom. »

– FrĂ©dĂ©ric Beigbeder a des principes. Chroniqueur littĂ©raire du magazine people Voici (Prisma Presse) il ne s’inquiĂ©tait pas jusqu’alors des multiples atteintes Ă  la vie privĂ©e qui font la gloire de ce journal. Jusqu’au jour oĂą le magazine qui l’emploie...rĂ©vèle sa liaison avec une jeune comĂ©dienne. Beigbeder porte plainte contre son employeur. Quelques mois plus tard, Voici publie des photos du couple sur une plage de Biarritz. FrĂ©dĂ©ric Beigbeder, au comble du courage et de l’indignation, dĂ©cide alors de mettre fin Ă  sa collaboration après neuf annĂ©es et l’annonce jeudi, dans un entretien au Parisien/ Aujourd’hui : « Cela devient trop bizarre d’Ă©crire dans un journal dans lequel on se retrouve Ă  la une en caleçon avec son enfant et sa compagne ». Et de nuancer : « A la limite, ça pourrait m’amuser mais on ne se rend pas compte des dommages collatĂ©raux. Ces photos ont fait du mal Ă  beaucoup de mes proches. » A la limite...

– Jean-Pierre Coffe fait son marchĂ©. SpĂ©cialiste des recettes qui marient harmonieusement service public et intĂ©rĂŞt privĂ© (Lire : « Andouillette, Coffe et carrefour-jardins.com : la grande arnaque ! »), Jean-Pierre Coffe, samedi 10 dĂ©cembre, rĂ©alisait son Ă©mission de France Inter : « Ă‡a se bouffe pas, ça se mange » en direct du MarchĂ© de NoĂ«l d’Asnières : une opĂ©ration commerciale qu’il a lui-mĂŞme organisĂ©e et dans laquelle il y avait un espace rĂ©servĂ© aux produits Ă  la marque « Jean Pierre Coffe » : terrines, foie gras... [D’après la « dĂ©pĂŞche » d’un correspondant]

– Sport et politique. Le 22 novembre 2005, sur LCI, au cours de l’Ă©mission « On refait le match » (consacrĂ©e au football), les journalistes prĂ©sents reviennent sur les incidents qui ont marquĂ© le match Turquie-Suisse au cours de la semaine prĂ©cĂ©dente. Gilles Verdez, journaliste au Parisien : « On a l’impression que cela Ă©tait prĂ©parĂ©, c’Ă©tait un piège...Pour moi, c’est du hooliganisme d’Etat... Je demande que ...Je ne veux pas de ces gens-lĂ  dans l’Europe. ». Quelques instants plus tard, Eugène Saccomano : « Ce rude accueil Ă©tait quand mĂŞme prĂ©vu ». L’explication vient peu après : « Les turcs n’apprĂ©cient pas les suisses parce que les suisses ont demandĂ© que les livres scolaires parlent du gĂ©nocide armĂ©nien, ce qu’ils ont refusĂ© ». Bernard Tapie interrompt alors l’animateur en lui disant que « Ă§a n’a rien Ă  voir ». Mais Eugène Saccomano renchĂ©rit : « Attendez, vous pouvez moduler votre accueil si c’est un ennemi ». Quand on vous disait que le sport est pacifique et apolitique. [D’après la « dĂ©pĂŞche » d’un correspondant]

–  Paris Match censure Yannick Noah - Selon Le Canard enchaĂ®nĂ©, Yannick Noah, dans un entretien accordĂ© Ă  Paris Match, aurait dĂ©clarĂ© qu’il avait Ă©tĂ© victime de contrĂ´les Ă  plusieurs reprises et prĂ©cisĂ© : «  Une chose est sĂ»re : si jamais Sarkozy passe, je me casse ! ». Le 15 dĂ©cembre, Paris Match publie l’interview, avec en « Une » : « Noah. Mes quatre vĂ©ritĂ©s Ă  la France ». Mais la « vĂ©ritĂ© » sur l’effet Sarkozy a disparu. Selon Le Canard, le directeur de la rĂ©daction de Paris Match, Alain Genestar, au moment du bouclage du journal, « a pris l’initiative de couper le paragraphe, un tantinet polĂ©mique  », « pour ne pas risquer un nouveau clash avec le ministre de l’IntĂ©rieur  ». La dĂ©pĂŞche de l’AFP (20 dĂ©cembre 2005, 18h38) qui livre cette information, prĂ©cise que M. Genestar n’a souhaitĂ© faire aucune dĂ©claration et que Yannick Noah, selon son entourage, est en vacances jusque dĂ©but janvier et injoignable. La mĂŞme dĂ©pĂŞche rend compte d’une dĂ©claration d’indĂ©pendance dont on apprĂ©ciera la finesse : «  InterrogĂ©e par l’AFP, Catherine Schwaab, prĂ©sidente de la SociĂ©tĂ© des Journalistes de Paris Match, affirme : “On approuve l’interview telle qu’elle est sortie. On ne considère pas cela comme une censure, mais comme un comportement responsable. On est dĂ©sireux de maintenir un climat apaisĂ© et ne pas jouer la provocation”. ».

Chacun apprĂ©ciera la distinction entre « censure » et « comportement responsable ». Rappelons que la « Une » de Paris Match du 25 aoĂ»t exhibait une photo de CĂ©cilia Sarkozy avec un homme prĂ©sentĂ© comme son compagnon. Nicolas Sarkozy, ami d’Arnaud Lagardère (propriĂ©taire de l’hebdomadaire « responsable »), n’aurait pas Ă©tĂ© satisfait. Une mĂ©chante rumeur avait Ă©voquĂ© l’hypothèse d’un dĂ©part de M. Genestar.

II. L’humour d’Alexandre Adler

– Adler Ă©crit au Nouvel Obs ... Pour rien. Dans un rĂ©cent dossier du Nouvel Observateur consacrĂ© aux nĂ©o-rĂ©acs, Alexandre Adler se fait lĂ©gèrement Ă©pingler. L’Omniscient n’a pas apprĂ©ciĂ©, au point d’Ă©crire au Nouvel Obs (15 dĂ©cembre 2005) : « Dans votre dossier « Les nĂ©orĂ©acs », vous me mettez en cause directement sur la base d’une citation que je dois rectifier et Ă©claircir. J’aurais selon vous exprimĂ© sans aucune vergogne, dans une Ă©mission de tĂ©lĂ©vision, “ ĂŞtre passĂ© de Georges Marchais Ă  George Bush ”. » Et l’Ă©ditorialiste multicarte s’explique : « En fait, interpellĂ© par Olivier Todd, lequel avait inventĂ©, sans tendresse excessive, cette repartie assez polĂ©mique qu’il me rĂ©servait sans doute depuis le commencement du dĂ©bat, j’ai rĂ©pondu par une boutade. Je me suis par consĂ©quent rĂ©clamĂ©... d’une double fidĂ©litĂ© Ă  Marchais et Ă  Bush. Mais hĂ©las, au risque de vous dĂ©cevoir, j’ai aussi Ă©crit des phrases fort critiques sur le stalinisme impĂ©nitent du dernier Marchais, de mĂŞme que j’ai dĂ©plorĂ©, dans mes rĂ©centes chroniques du « Figaro », l’Ă©troitesse conservatrice et l’Ă©goĂŻsme fiscal du prĂ©sident Bush, auxquels je n’ai cessĂ© de prĂ©fĂ©rer la politique d’un John Kerry.  »

Cette « mise au point » destinĂ©e au microcosme fait rĂ©fĂ©rence Ă  l’Ă©mission « Culture et DĂ©pendances » du 19 octobre 2005, diffusĂ©e sur France 3, Ă©tape du marathon promotionnel d’Adler pour son livre « Rendez-vous avec l’Islam ». Retour en arrière et retour dans les archives d’Acrimed.

Au cours de cette Ă©mission, Adler s’Ă©nerve et lâche : « Ă§a c’est du Georges Marchais. C’est du Georges Marchais ! » InterloquĂ©, Olivier Todd lui tape sur l’Ă©paule et rĂ©plique : « Du ? » Adler insiste : « Ă§a, c’est du Georges Marchais ! » Olivier Todd : « Ne prononcez pas ce mot lĂ  ! Vous, vous ĂŞtes passĂ© de Georges Marchais Ă  Georges Bush !  » Et Adler d’affirmer : « Mais je suis toujours pour les deux... » Et quelques minutes plus tard, il revient sur le fait qu’on l’ait traitĂ© « d’ami du sectateur Georges Marchais », et affirme : « ce qui n’est pas faux  ». Difficile de bien percevoir le cynisme du sĂ©rieux chez l’omniscient chroniqueur. D’autant qu’il revendique aussi avoir eu des amis Ă  l’UMP dans une (gentille) altercation verbale avec Nicolas Dupont-Aignan :

- Alexandre Adler : « Qui sont les gens qui sont allĂ©s acheter leurs bidons d’essence en Irak, sinon vos amis ?
- Nicolas Dupont-Aignan : Oh, je vous en prie, ne m’insultez pas...
- Alexandre Adler : je ne vous insulte pas, ce sont vos amis, certains d’ailleurs Ă©taient les miens . »

Et en fin d’Ă©mission, après avoir encore soutenu la bonne foi des AmĂ©ricains et des Anglais, eu Ă©gard aux armes de destruction massive, et après avoir vantĂ© l’honnĂŞtetĂ© des hommes politiques amĂ©ricains, Alexandre Adler certifie que « la dĂ©mocratie amĂ©ricaine peut donner des leçons Ă  la terre entière !  » Finalement, rien de nouveau et beaucoup de bruit pour pas grand chose... [Mathias Reymond]

– Alexandre Adler Ă©crit dans Le Figaro . Pour rire ? - Pendant le mois de mars 2005, les intermittents du spectacle s’Ă©lèvent contre la refonte et la limitation de leurs allocations dans le cadre de la rĂ©forme du ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres. Cette mobilisation d’une partie des artistes et de l’industrie du spectacle Ă©tait Ă  ce point illĂ©gitime et insupportable Ă  Eric Zemmour et Alexandre Adler, tous deux chroniqueurs au Figaro, qu’ils ne pouvaient s’empĂŞcher de les comparer Ă  des groupuscules intĂ©gristes ou terroristes. Rien de moins.

Dans une chronique du 16 mars 2005 intitulĂ©e Et si le dollar entrait en crise ?, Adler trouve le moyen de placer quelques lignes sur les intermittents : « Les revenus des hydrocarbures ont pratiquement doublĂ© en un an et demi pour l’Iran, qui redistribue massivement ces profits inespĂ©rĂ©s pour acheter la paix sociale d’une main et solder de l’autre des nuĂ©es de pasdarans, ces miliciens vrai-faux chĂ´meurs subventionnĂ©s qui, comme nos intermittents du spectacle, animent la scène de TĂ©hĂ©ran en combinant menace et antimondialisme.  » Pour un Ă©ditorialiste et conseiller tout terrain qui avoue un total brut mensuel d’environ 18 300 euros (dont une carotte de presque 10 000 euros pour sa seule activitĂ© de conseiller Ă©ditorial au Figaro [1]), la tentative d’une catĂ©gorie gĂ©nĂ©ralement prĂ©caire de conserver les trois cacahuètes qui lui permettent de tenir en pĂ©riode d’activitĂ© creuse (certes, l’on peut discuter de la lĂ©gitimitĂ© d’un certain nombre de rĂ©cipiendaires...) passe donc pour une entreprise de chantage comminatoire du mĂŞme acabit que ceux qui, Ă  des milliers de kilomètres, brandissent la menace du djihad contre les infidèles. [D’après CĂ©dric Lapierre]

III. On recherche « service public »

– Arlette Chabot en quĂŞte de « bons clients ». L’HumanitĂ©, le 1er octobre 2005, sous le titre « La politique est une affaire de citoyens » [2] avait chaleureusement saluĂ© la nouvelle Ă©mission d’Arlette Chabot : « Arlette Chabot aime la politique. Elle aime le dĂ©bat, lorsque les idĂ©es fusent, que les invectives volent. Elle aime aussi que la politique ne soit pas une affaire de spĂ©cialistes et que chacun puisse s’en emparer. Elle aime, enfin, que le service public puisse se permettre de diffuser en première partie de soirĂ©e, une fois par mois, une Ă©mission politique. Avec sa nouvelle Ă©mission, Ă€ vous de juger, la directrice de l’information de France 2 espère renouveler les codes du genre. Et intĂ©resser le tĂ©lĂ©spectateur. [...] Arlette Chabot, en fin d’entretien, martèle encore son credo : « L’Ă©mission est faite pour les tĂ©lĂ©spectateurs, pour qu’ils puissent avoir une idĂ©e d’un sujet donnĂ©. » D’ailleurs, la dame parle de « tĂ©lĂ©spectateur citoyen ». C’est plutĂ´t de bon augure. »

Seulement, voilĂ  : Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2, a fait savoir Ă  plusieurs reprises qu’elle apprĂ©ciait Olivier Besancenot. Elle lui avait mĂŞme attribuĂ© le prix de la rĂ©vĂ©lation politique de l’annĂ©e. RĂ©sultat : pour l’inviter une fois de plus dans son Ă©mission de dĂ©bat politique - « A vous de juger », le 8 dĂ©cembre 2005 - oĂą le « bon client » est roi, elle a choisi d’Ă©carter le PCF. DĂ©sormais, il est possible que le souci de passer Ă  la tĂ©lĂ© en Ă©cartant son petit « camarade » provoque une nouvelle guerre Ă  gauche. « La non-invitation du PCF tĂ©moigne d’un ostracisme et d’une volontĂ© de le faire disparaĂ®tre du dĂ©bat public sur France 2. C’est inadmissible ! », a affirmĂ© le PCF dans un communiquĂ©, avant de se rendre au siège de France 2, oĂą une dĂ©lĂ©gation a Ă©tĂ© reçue par Arlette Chabot, directrice de l’information, et Patrick de Carolis, prĂ©sident de FrancetĂ©lĂ©visions. A Rodolphe Geisler (Le Figaro, 10 dĂ©cembre 2005) Arlette Chabot a assurĂ© qu’il n’y avait de la part de France 2 « aucune volontĂ© de boycott du PCF ». « Le PCF proteste parce qu’il pense qu’il avait sa place sur le plateau et qu’il serait le seul Ă  porter un message antilibĂ©ral, tandis que nous, notre boulot, c’est de construire des Ă©missions oĂą nous invitons qui nous voulons [...] ». Sur quels critères ?

On attend avec intĂ©rĂŞt la suite et, en particulier, la critique des Ă©missions d’Arlette Chabot dans Rouge et L’HumanitĂ©.

– Une annĂ©e noire pour le pluralisme - Dans l’Ă©dition nationale du 12/14 de France 3 du 28 dĂ©cembre 2005 Ă  12 heures 42, Le prĂ©sentateur Jean - SĂ©bastien Fernandes introduit un reportage de la rĂ©trospective 2005 (sur l’Europe), avec toute la distance nĂ©cessaire : «  2005 s’achève et avec elle une annĂ©e noire pour l’Europe  ; une annĂ©e qui aura Ă©tĂ© marquĂ©e par le double rejet franco - nĂ©erlandais au rĂ©fĂ©rendum sur la Constitution europĂ©enne . Heureusement, in extremis, un accord sur le budget a sauvĂ© l’Union . » Du vrai journalisme de service public !

IV. Libérer Libération

–  LibĂ©, la dĂ©mocratie et la libertĂ© - Dans un court article paru sur Liberation.fr (lien pĂ©rimĂ©), datĂ© du 20 dĂ©cembre Ă  15h37, N.I-A. reprend une dĂ©pĂŞche de l’AFP. Le sous-titre de l’article est explicite « 122 pays sont considĂ©rĂ©s comme "libres", selon les critères de l’ONG Freedom House. » Et le corps de l’article confirme : « L’Ă©tude de FH [Freedom House] est construite pour classer tous les pays de la planète en trois catĂ©gories : "libres", "partiellement libres" et "pas libres", en fonction d’une note en "libertĂ©s civiles" et "droits politiques" On apprend ainsi que 64 % des Etats du monde sont "libres" c’est-Ă -dire 122 pays. La prĂ©cĂ©dente enquĂŞte n’en comptait que 119. » L’article se termine par un lien Ă©lectronique vers un rĂ©sumĂ© du rapport de l’ONG [3]. Or que lit-on sur le premier graphique de la première page de ce rĂ©sumĂ© ? « Free : 89 countries (46%) ».

Il n’est pas nĂ©cessaire d’ĂŞtre bilingue français-anglais ni expert en statistiques pour voir qu’entre 122 pays « libres » et 89 pays « free », il existe une petite diffĂ©rence. On pourrait penser que le [4] journaliste a ajoutĂ© aux 89 pays libres les 58 pays partiellement libres ? Mais rien n’y fait : 89+58 = 147. On n’arrive pas Ă  122. Alors d’oĂą vient ce chiffre de 122 ? Il faut arriver Ă  la quatrième page du rĂ©sumĂ© pour trouver une explication probable : il y a dans le monde, selon l’ONG, 122 « dĂ©mocraties Ă©lectorales » (contre 119 l’an dernier) soit 64% des Etats, exactement les chiffres repris par LibĂ©ration.

MalgrĂ© tous les efforts de l’ONG pour distinguer clairement « pays libre » et « dĂ©mocratie Ă©lectorale » [5], rien n’y fait : dans l’inconscient journalistique les deux termes sont Ă©quivalents. Comme sont Ă©quivalents « libertĂ© de la presse » et « dĂ©mocratie » [6]. La simple lecture des tableaux prĂ©sents dans ce rapport permet pourtant de voir que l’Albanie, le Bangladesh, la Bolivie, le Burundi,... et 29 autres pays sont considĂ©rĂ©s comme des dĂ©mocraties Ă©lectorales seulement « partiellement libres ». Mais cette vision du monde n’est pas assez binaire pour les journalistes, pourtant si enclins Ă  dĂ©fendre la complexitĂ© sur les dossiers sociaux ou Ă©conomiques [7]. [Pablo Achard]

– Le regard critique d’un chef - « Avoir un regard critique sur ce qu’on lit, entend et voit » (lien pĂ©rimĂ©) : sous ce titre LibĂ©ration.fr, le 23 aoĂ»t 2004 annonce : « Lundi, Olivier Costemalle, chef du service mĂ©dias de « LibĂ©ration » rĂ©pondait aux internautes Ă  propos du sondage sur la crĂ©dibilitĂ© des mĂ©dias. ». Entre autres Ă©changes, celui-ci :

- Un internaute (ret) : - Que pensez-vous d’une association comme Acrimed qui pointe les carences et dĂ©fauts des mĂ©dias ? Notamment actuellement sur le traitement de l’actualitĂ© vĂ©nĂ©zuĂ©lienne (on ne la traite que sous l’angle du pĂ©trole), oĂą Acrimed a Ă©pinglĂ© « LibĂ© ».

- Olivier Costemalle : - C’est une très bonne chose que des associations comme Acrimed passent au scanner tout ce qui est Ă©crit ou diffusĂ© par les mĂ©dias. Ils n’ont pas toujours raison mais ils n’ont pas toujours tort. Leur existence est une garantie pour tous les citoyens que l’information ne provient pas d’une seule source. Cela permet de contre balancer le cĂ´tĂ© institutionnel des mĂ©dias Ă©tablis. On ne peut que s’en fĂ©liciter, mĂŞme si l’on n’est pas forcĂ©ment toujours d’accord avec eux.

Soit ! Mais depuis, le chef a ajustĂ© son « regard critique ». Le 8 dĂ©cembre 2005, il rend compte, en 390 petits signes, des 360 pages (grand format) de L’Almanach critique des mĂ©dias, sous le titre prometteur « Pour une critique de la critique » : « Il faudrait inventer une nouvelle discipline : la critique de la critique des mĂ©dias. Prenez ce gros album. Les bourdes, les travers, la mauvaise foi des mĂ©dias « traditionnels » y sont Ă©pinglĂ©s, recensĂ©s, montĂ©s en mayonnaise, dissĂ©quĂ©s, moquĂ©s et condamnĂ©s, souvent avec drĂ´lerie. Et, en mĂŞme temps, voilĂ  un ouvrage qui n’Ă©vite ni les amalgames [lesquels ?], ni les gĂ©nĂ©ralisations abusives [lesquelles ?], ni les procès staliniens [lesquels ?]. C’est la version acrimonieuse de la critique des mĂ©dias, celle de PLPL ou d’Acrimed. »

Le lecteur de LibĂ©ration qui ne sait rien, du moins grâce Ă  ce journal, ni de PLPL, ni d’Acrimed, ne saura rien du contenu de L’Almanach. Mais il saura ainsi ce qu’il doit en penser. Un journaliste critique l’a informĂ©... sans acrimonie.

– Le regard critique d’un critique. Sans acrimonie particulière, sous le titre « Du Besson bĂŞte et bavard  », Antoine de Baeque exĂ©cute Angel-A, le dernier film de Luc Besson. Extraits : « [...] Besson grossit, mais ne sera jamais un artiste. Il fait du gras, pas du cinĂ©ma : ni assez de cheveux, ni assez de maigreur rigide pour ĂŞtre Philippe Garrel. Angel-A est donc tout simplement un film con . Il a la connerie prĂ©tentieuse , comme si faire du cinĂ©ma, c’Ă©tait accumuler de belles images. [...] Le cinĂ©aste aura, en six mois, fait deux fois mal Ă  « sa » ville : plombant la candidature olympique d’un film indigne, puis l’assassinant dans Angel-A Ă  coups de plans touristico-poĂ©tiques. [...] Le film est, de plus, insupportable de connerie bavarde . [...] Luc Besson pensait pouvoir s’acheter la marque des auteurs, il n’attrape au vol que la vulgaritĂ© des parvenus. »

Possible qu’Antoine de Baeque ait raison et que le film de Luc Besson soit mauvais : nous ne l’avons pas vu. Mais supposons un instant que nous ayons critiquĂ© en ces termes dĂ©licats ... les conneries que l’on peut lire dans LibĂ©ration.

Et pour en finir avec 2005 - Bonne annĂ©e Ă  toutes et tous, ... et aux salariĂ©s de LibĂ©ration menacĂ©s de licenciement l’assurance de notre solidaritĂ©.

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