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Lu, vu, entendu : « Estivales »

De l’été 2008, on retiendra aussi…

Le Monde de BHL

Le 28 juillet 2006, pendant la guerre du Liban, Bernard-Henri Lévy avait déjà livré au Monde un « Point de vue », titré : « La guerre vue d’Israël ». Deux ans plus tard, le 19 août 2008, il offre au quotidien vespéral un « Témoignage » à sens unique, intitulé « Choses vues dans la Géorgie en guerre ».

En 2006, Bernard-Henri Lévy n’avait vu que ce qu’il jugeait bon de voir, à commencer par lui-même. Et Robert Solé, alors médiateur du Monde, se risquait (comme nous le relevions ici même) à ce discret désaveu [1] : « Le Monde du 28 juillet a publié un "témoignage" de Bernard-Henri Lévy, qui était un plaidoyer en faveur d’Israël. Ce texte fleuve, dans lequel l’auteur parlait beaucoup de lui-même, n’a pas eu d’équivalent dans l’autre camp. »

En 2008, si l’on en croit Rue 89, « BHL n’a pas vu toutes ses “choses vues” en Géorgie ». À quoi Véronique Maurus, la médiatrice du Monde, a répondu le 31 août [2], que le témoin approximatif hébergé par Le Monde avait pour une part entrevu et pour l’autre deviné ce qu’il fallait voir. Et que tout le reste était chicaneries. Ne chicanons pas : ce qui est certain, à la lecture de son récit, c’est que BHL s’est beaucoup vu et a beaucoup contemplé son propre témoignage.

En 2006, nous avions analysé le « texte fleuve » de BHL : « Une « exclusivité » du Monde : le tourisme de propagande de BHL en Israël ». En 2008, nos lecteurs ont échappé à l’article que nous aurions pu intituler « Une « exclusivité » du Monde : le tourisme de propagande de BHL en Géorgie ». Il faut dire qu’il aurait été très semblable au précédent.

De toutes façons, Véronique Maurus a rassuré les lecteurs du Monde  : « BHL n’est pas journaliste et ne le prétend pas. "J’assume ma subjectivité", dit-il. ». C’est dit ! D’ailleurs l’article est signé, « Bernard-Henri Lévy, philosophe et écrivain ». En sa qualité de non-journaliste, il n’est soumis à aucune obligation d’exactitude. En sa qualité de philosophe, il n’est tenu à aucune recherche de la vérité. En sa qualité d’écrivain, il écrit des romans, et même des « romanquêtes » [3].

Quant à la « subjectivité » qu’il assume, Gilles Deleuze en avait déjà tout dit… en 1977 : «  […] plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance, plus le sujet d’énonciation se donne de l’importance par rapport aux énoncés vides (« moi, en tant que lucide et courageux, je vous dis..., moi, en tant que soldat du Christ..., moi, de la génération perdue..., nous, en tant que nous avons fait mai 68..., en tant que nous ne nous laissons plus prendre aux semblants...) [4]  ».

En 2008, le quotidien vespéral nous a offert successivement « moi en tant que Grand Inquisiteur (en charge des condamnations pour antisémitisme de Siné et d’Alain Badiou) » et « moi en tant que témoin exclusif du monde ». Ou du Monde.

Libération honore Mahmoud Darwich

La mise en page d’un journal est un art difficile. Mais certains choix sont particulièrement indécents…

Le 12 août 2008, page 21, Libération annonce les obsèques de Mahmoud Darwich à Ramallah par une « brève » en page « Culture ». Pourquoi pas, même si Mahmoud Darwich n’était pas seulement un grand poète, mais un porte-voix du peuple palestinien ? Une annonce dans une page « Culture », essentiellement consacrée un festival « Rock », à un festival « Ravel » et à un artiste peintre « enfin reconnu et rémunéré ». Hasard malencontreux…

Mais cette annonce figure en tête d’une colonne dans laquelle deux autres brèves sont proposées au lecteur : « Téléchargement et Royalties » et « Réunion de crise à TF1 ». Voisinage déplaisant…

Trois « brèves » mises sur le même plan et réunies dans une même rubrique. Le titre de cette rubrique ? « Variétés ».

Distraction estivale ou malveillance ? Libération a enterré Mahmoud Darwich dans la rubrique « Variétés ». On était en droit d’attendre des excuses ou, simplement, une rectification. Evidemment, il n’en fut rien.

[D’après un courrier adressé par Jacques Richaud le 12 août 2008 à Libération (qui a omis de le publier).]

Libération se flatte d’accueillir les « fatals flatteurs »

Le 18 août 2008, sous le titre « Alain Minc, victime des fatals flatteurs sur Libé.fr ? », le site de Libération annonce : « L’essayiste a publié dans nos pages Rebonds une analyse sur la crise géorgienne. S’en est suivie, sur le net, une avalanche de réactions, dont la plupart était vraiment gentilles, très gentilles. Lèche-bottes même. Et très drôles. Un vil coup des fatals flatteurs ? A vous de juger. »

L’article qui suit précise : « Libération a été, vraisemblablement, la victime (amusée) des Fatals flatteurs. Kesako ? Une bande de rigolards anti-presse établie qui s’amusent à squatter les tchats, forums et autres lieux de discussions sur le Net. Leurs cibles ? Les intellectuels, les patrons de presse, et tout ce qui a une apparence de pouvoir médiatique. » Insuffisamment informé, le journaliste de Libé.fr ignore sans doute que l’action des fatals flatteurs est le fait d’une « brigade sardone » soutenue et popularisée par Le Plan B, comme on peut le vérifier sur son site.

Et Libé.fr de poursuivre : « Jusqu’à présent, Le Nouvel Obs était leur cible. Aujourd’hui, c’était visiblement au tour de Libé. Après BHL et Glucksmann jeudi, c’est au tour d’Alain Minc d’en faire les frais, suite à la publication dans nos pages Rebonds de son analyse sur la guerre en Géorgie – une analyse qui répondait à une autre analyse de BHL et Glucksmann (vous suivez ?). Pour lire l’article de Minc et s’instruire (comme diraient les Fatals flatteurs), c’est ici. Pour rigoler un bon coup, c’est plus bas dans la page. Car les Fatals flatteurs flattent comme pas deux. Obséquieux, serviles, flagorneurs, idolâtres, le tout avec beaucoup de sérieux. Ce qui rend la chose plutôt drôle. » Libé.fr d’ajouter : « Alors, comme on n’est pas vexé, en voici le “ best of ”. » Dont nous n’avons gardé – voir plus loin – qu’un petit échantillon... pour ne pas trop flatter les fatals flatteurs. échantillon.

L’article s’achève sur deux « Post-scriptum ». Le premier témoigne de la difficulté de distinguer les vais flatteur des faux : « PS : nos excuses si, dans cette compilation, nous avons sélectionné de vrais commentaires aux louanges sincères. » Le second prête à sourire : « re-PS : Nos excuses à Alain Minc, à ses amis et à ses admirateurs. » Excuses de vrais ou de faux flatteurs (voire de vrais/faux « rigolards anti-presse établie » infiltrés dans Libération)  ? On ne sait plus…

Petit échantillon des flatteries fatales

- La France peut être fière d’avoir un esprit aussi universel qu’Alain Minc. Cela fait 30 ans qu’il construit une œuvre qui est une synthèse de Proust et Kissinger. Chérissons Alain Minc.
- Il faudra bien s’interroger un jour sur l’étrange absence de reconnaissance dont souffre Alain Minc. Pourquoi les intellectuels et politiques français mettent de côté cet homme si peu conventionnel ?
- Pourquoi ne pas élire Alain Minc Président de l’Europe. Il a de grandes qualités : probité, modestie, attention aux autres et il ne traîne aucune casserole judiciaire.
- Alain Minc est très très apprécié à Monaco où ses livres sont très lus.
- J’ai vu il y a un mois plusieurs livres d’Alain Minc dans la vitrine d’un libraire aux Iles Samoa. C’est l’écrivain Français le plus vendu ici.
- Ici en Chine, je connais imprimeur qui vend tous livres d’Alain Minc pas cher, gros succès, gros bénéfices. Livraison monde entier, containers bateau 20 pieds ou 40 pieds.
- Alain Minc est un laboratoire d’idées à lui tout seul. Aux Pays-Bas, il nous fait souvent penser à notre illustre Spinoza. On se demande parfois si ce n’est pas Spinoza qui a lu Minc.

Jeux Olympiques : dépaysement ou xénophobie ?

Une fois n’est pas coutume, on a lu la « une » des DNA/Sports du lundi 4 août. Sous le titre « Le petit ailleurs chinois », un envoyé spécial des Dernières Nouvelles d’Alsace à Pékin se sent obligé de « doper » un article rédigé sous une dictature, d’anabolisants aux arrière-goûts étranges : dépaysement ou xénophobie ? Florilège…

« Ces Jeux qui promettaient d’être les plus encadrés et les plus contrôlés de l’histoire, enfin depuis ceux de 1936, sont ainsi en tout point conformes avec ce qu’on attendait. Le sourire en plus parce que quand on reçoit du monde il faut sourire ça donne le change. Après, une fois les invités repartis et la porte refermée, on fait ce qu’on veut, on est chez soi. ». C’est bien connu : les Chinois sourient toujours…

« Les volontaires vous tombent dessus en même temps qu’une implacable chaleur moite »  : des auxiliaires de calamités naturelles ?

« […] Quatre ou cinq par personnes pas moins, parfois beaucoup plus, qui vous accompagnent partout. De l’aéroport forcément démesuré et ultra-moderne [dirait-on cela de l’aéroport de Dubaï ?] à la chambre d’hôtel aux dimensions et à la modernité inversement proportionnelles à celle du Terminal 3. »

De souriantes fourmis qui parlent une langue évidemment incompréhensible, puisque c’est « du chinois » : « Vous tentez une sortie discrète, osez un oeil vers un bibelot que déjà un petit personnage souriant est apparu à vos côtés et vous demande si vous désirez quelque chose. Et quand vous désirez quelque chose justement, sept ou huit de ces volontaires [des exemplaires de la fourmilière ?] en débattent dans une langue qui reste du chinois pour le reste de l’humanité [étrangère à ces étranges étrangers…] en rient beaucoup [encore !] et vous riez aussi, du coup. Que faire d’autre ? »

Et encore : « Engager la conversation est en effet extrêmement périlleux, la plupart de ces 300000 volontaires parlant anglais comme moi le mandarin standard . »

Et caetera…

Avis de parution d’un nouveau « Joffrin sans peine »

On a reçu ça, en plein été : un avis de parution à la mi-octobre d’un ouvrage déjà impérissable... Toujours en avance sur « l’événement », Acrimed vous offre une version commentée du prospectus. S’il résume le livre, ça promet…

« Laurent Joffrin Média Paranoïa Seuil (parution le 15 octobre)

La critique des médias est la chose la plus répandue au monde (sic !), est-elle pour autant pertinente ? Bien sûr [concession obligatoire…] la mise en cause des pratiques journalistiques, la dénonciation des erreurs, des truquages, des manipulations, des effets de domination économique ou politique sur les moyens de l’information est précieuse, nécessaire, élémentaire même [concession obligatoire, bis…].

Mais la plupart du temps , le réquisitoire repose sur des idées reçues [Quand Joffrin s’attaque aux idées reçues, on craint le pire : un recueil d’idées reçues !]. Il faut critiquer les médias. Mais pas comme on le fait le plus souvent . [« la plupart du temps », « le plus souvent » : le combat contre cette majorité tapageuse engagé par un fulminant iconoclaste devrait être soutenu par l’OTAN]


Trois idées fondent le procès du journalisme contemporain :
les puissances économiques contrôlent le contenu des médias [inventer des raccourcis stupides permet de les pourfendre à peu de frais] ; ce contenu est totalement biaisé [C’est sûr : presque tout le monde croit que tout est biaisé, y compris les informations sur les résultats sportifs…] ; les médias sous influence manipulent à leur tour l’opinion [Manipulent ? A leur tour ?]. Non seulement ces trois idées forment le socle des croyances collectives sur les médias [Construire arbitrairement un prétendu « socle de croyances collectives » permet de se déprendre de celles-ci à peu de frais et de sacrer son appartenance à une élite éclairée en charge de l’éducation d’un peuple d’imbéciles dont une (faible) partie continue pourtant à lire Libération…], mais elles reçoivent le renfort de certaines écoles sociologiques, à commencer par celle de Pierre Bourdieu [Prétendre que Bourdieu vient au secours de croyances collectives inventées par Joffrin promet une belle cure d’indigence…].

Or elles sont pour l’essentiel fausses ou caricaturales [Notre héros va vaincre les caricatures qu’il dessine lui-même...]. C’est cette réfutation polémique qui fait la trame de ce court essai d’interventions [quand, dans un « court essai » vous supprimez « la trame », que reste-t-il ?] pour trouver, loin du poujadisme à vernis intellectuel [Mais à proximité du poujadisme sans vernis] les voies d’une critique du système d’information dans nos démocraties, qui servent à sa réforme. »

Pour vous épargner l’achat, voire la lecture du « Joffrin sans peine », Acrimed vous offre ici un petit échantillon de ses meilleures prestations…

- … de critique sans vernis ni idées reçues

- La clémence de Laurent Joffrin, juge de Serge Halimi, février 2001.
- Indépendance de la presse : Laurent Joffrin en appelle au peuple, novembre 2004.
- Le Nouvel Obs et les journalistes (1) : désinformer pour informer ?, novembre 2003
- Laurent Joffrin et les légionnaires... , juillet 2000
- Le Nouvel Observateur mène l’enquête...

- … de journaliste sans vernis ni souci d’exactitude

- Joffrin, journaliste, juge de Siné : une question « factuelle », dit-il - 1er août 2008
- Laurent Joffrin et la « race » juive : un mot « mal choisi », dit-il, 26 juillet 2008.
- Laurent Joffrin ne sait plus ce qu’il a écrit (2) – février 2001.
- Laurent Joffrin ne sait plus ce qu’il a écrit (1) , mai 2000.


D’après les documents et les textes transmis par Jacques, Jean-Claude, Henri, Mathias et Pierre.

 

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Notes

[2Sous le titre « Gori brûle-t-il ? ».

[3Ainsi que se présente Qui a tué Daniel Pearl ?, publié chez Grasset en 2003 par le philosophe et écrivain.

[4Gilles Deleuze, « A propos des nouveaux philosophes et d’un problème plus général », 5 juin 1997, Supplément au n°24, mai 1977, de la revue bimestrielle Minuit.

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