Accueil > Critiques > (...) > Après « le séisme ». Questions aux journalismes

Les télécrates s’expliquent (1) Namias et Mazerolles

Robert Namias et Olivier Mazerolles, interrogés par Bénédicte Matthieu, du Monde (23 avril 2002)

(Première version : 23 avril 2002. Mise à jour du 05 et du 12-05-2002)

(1) Robert Namias et Olivier Mazerolles (2) Etienne Mougeotte (3) David Pujadas (4) Patrick Poivre d’Arvor


« A TF1 et France 2, les deux directeurs de l’information réfutent avoir trop couvert le thème de l’insécurité, en renvoyant la presse écrite à sa propre couverture des faits », écrit Bénédicte Matthieu, dans Le Monde du 24 avril 2002, avant de rapporter les propos suivants

« "Je suis sincèrement et profondément révolté que l’on puisse insinuer une telle idée, tonne Robert Namias, de TF1. C’est insultant pour toute la rédaction de TF1. Ce n’est pas le traitement de l’insécurité par les médias qui entraîne l’insécurité dans le pays. Nous n’inventons pas les violences de toutes natures qui font en ce moment l’actualité. Faire un journal et le diriger, c’est sentir la société dans laquelle nous vivons et témoigner de la façon dont nous la voyons." M. Namias ajoute avec virulence : "Ce ne sont pas les médias qui ont fait perdre la gauche. Je n’ai inventé ni Jean-Pierre Chevènement ni Christiane Taubira. Si nous n’avions pas fait ce que nous avons fait, nous aurions eu le sentiment de nous autocensurer." »

Tout y est (à commencer par la morgue imbécile) :

- Le truisme qui flingue le contradicteur : « Ce n’est pas le traitement de l’insécurité par les médias qui entraîne l’insécurité dans le pays. » Comme si le contenu de ce traitement était indifférent au sentiment d’insécurité...

- L’aveu qui s’ignore : « les violences de toutes natures qui font en ce moment l’actualité ». Comme si l’amalgame de toutes les violences (à l’exclusion de la violence de l’exploitation et de l’oppression) n’était pas le menu de TF1 et l’actualité le produit de sa mise en forme de l’information ;

- L’outrecuidance qui feint la modestie : « Faire un journal et le diriger, c’est sentir la société dans laquelle nous vivons et témoigner de la façon dont nous la voyons. » Comme si (outrecuidance) la direction de l’info sur TF1 sentait la société et se bornait (modestie...) à témoigner ;

- Le marketing qui mime la déontologie : « Si nous n’avions pas fait ce que nous avons fait, nous aurions eu le sentiment de nous autocensurer. » Comme si l’info sur TF1 n’exerçait pas une censure permanente sur toutes les questions qui ne sont pas susceptibles de faire de l’audience.

Et encore

« Même tonalité à France 2 : "La mort d’un commissaire à Vannes, qui a entraîné la visite du ministre de l’intérieur, le drame de Nanterre, fallait-il ne pas en parler ? Est-ce de ma faute si le ministère de l’intérieur a publié des chiffres de la délinquance en hausse ?, interroge Olivier Mazerolle. Je ne pense pas que les gens des quartiers populaires qui ont voté pour Jean-Marie Le Pen aient besoin de la télévision pour se faire une idée de la violence. Les sociétés idylliques servies à un peuple béat, c’est dans d’autres pays, dans d’autres temps. Si nous travaillons comme cela, je pense que peu de journalistes vont continuer à faire ce métier." Le directeur de l’information de France 2 estime que le procès fait à la télévision est insultant : "Elle n’est pas un sous-produit médiatique. Nous ne sommes pas des bestiaux, nous sommes des journalistes normalement constitués". »

Même suffisance qui fleure bon le service public :

- Le chantage à l’autocensure : « La mort d’un commissaire à Vannes, qui a entraîné la visite du ministre de l’intérieur, le drame de Nanterre, fallait-il ne pas en parler ? Est-ce de ma faute si le ministère de l’intérieur a publié des chiffres de la délinquance en hausse ? » Comme si la place accordée aux faits divers (aussi tragiques soient-ils) et la façon d’en parler étaient indifférentes.. Comme si les statistiques de la délinquance étaient des données indiscutables, alors que leur interprétation est matière à controverses...

- Le spectre du totalitarisme : « Les sociétés idylliques servies à un peuple béat, c’est dans d’autres pays, dans d’autres temps. Si nous travaillons comme cela, je pense que peu de journalistes vont continuer à faire ce métier. » Comme si l’information télévisée consacrait à toutes les formes de la misère et de la souffrance sociales, dès lors qu’elles ne sont pas spectaculaires, le même intérêt...

Quant aux « journalistes normalement constitués », on est en droit de s’interroger - si elle existe - sur cette normalité...

La suite (2) Etienne Mougeotte

 

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