– Retour aux sources. Un article intitulĂ© « Buzz sur les "regrets" de Peillon concernant Chabot : analyse d’une dĂ©sinformation » et publiĂ© le 3 mars dernier sur le blog « Antennerelais » signalait que la chaĂ®ne Public SĂ©nat avait la veille postĂ© sur Dailymotion puis Lepost un extrait de 35 secondes de l’émission « DĂ©shabillons-les » avec Vincent Peillon.
Un extrait « spectaculaire » (d’une Ă©mission d’une durĂ©e totale de 43 minutes qui devait ĂŞtre diffusĂ©e… deux semaines plus tard [1]). Un extrait qui Ă©tait destinĂ© Ă « buzzer » et qui le fit, mais au prix de dĂ©formations non moins « spectaculaires » de son contenu, relevĂ©es par « Antennerelais ».
Voici le verbatim intégral de cet extrait emprunté à la même source :
- Vincent Peillon : « Je pense en mĂŞme temps que j’ai fait des fautes, qu’ils n’analysent pas, par exemple sur Arlette Chabot, sur la dĂ©mission d’Arlette Chabot. Ils ne sont pas mĂ»rs pour aller jusque lĂ de l’analyse. Et donc on a personnalisĂ©, on a dit "c’est les mĂ©dias" »
- HĂ©lène Risser : « On a dit "il veut la tĂŞte d’Arlette Chabot" alors que... »
- Vincent Peillon : « VoilĂ , ça permettait... Ils ont communiquĂ© sur la forme ("regardez, Staline est de retour") ce qui est quand mĂŞme assez stupĂ©fiant. »
- HĂ©lène Risser : « Donc lĂ vous reconnaissez que vous avez mal..., enfin Ă©tĂ© maladroit sur... »
- Vincent Peillon : « Très maladroit. J’ai fait ça dans ma cuisine, mon fils qui a 13 ans est passĂ©, m’a dit "tu devrais pas mettre ça" (c’Ă©tait mon seul conseiller, voyez les choses sont artisanales). Maintenant je l’Ă©couterai tout le temps ! Je pensais qu’il Ă©tait surtout bon en football en fait il est meilleur que moi en politique. »
« Il s’agit d’essayer de faire "buzzer" quelque chose sur le net avant la diffusion de l’Ă©mission, pour attirer l’attention sur l’Ă©mission et sur la chaĂ®ne elle-mĂŞme », indique Antennerelais. L’extrait choisi reprenait en effet le passage le plus « vendeur » du moment, le retour de Vincent Peillon sur son prĂ©cĂ©dent « coup mĂ©diatique ».
Le court extrait, hors de tout contexte, n’est pas d’une limpidité totale, mais il semble qu’il faille comprendre que Peillon reconnaît avoir été maladroit en demandant la démission d’Arlette Chabot, mais seulement en raison de la forme donnée à cette demande qui prêtait le flanc à des réactions indignées et sans la regretter ou s’en excuser sur le fond.
– Effets de « buzz » - Très logiquement, nombre de mĂ©dias n’entendront dans cet extrait que ce qu’ils voudront bien entendre : un acte de contrition.
- « Peillon regrette d’avoir demandĂ© la dĂ©mission d’Arlette Chabot », titrent aussitĂ´t LeParisien.fr et LeMonde.fr.
- « "Mea culpa" », titre LeFigaro.fr, qui prĂ©cise dans l’article : « Dans un communiquĂ©, il avait ensuite mis en cause les responsables de France 2. Aujourd’hui, il regrette : "Je pense en mĂŞme temps que j’ai fait des fautes que je n’analyse pas sur la dĂ©mission d’Arlette Chabot" ».
- « Arlette Chabot : “Vincent Peillon s’excuse du bout des lèvres” », titre 20minutes. « Du bout des lèvres », en effet… puisqu’il n’y a pas d’excuses ! Avec cette « prĂ©cision » dans le chapeau de l’article : « Le dĂ©putĂ© PS reconnaĂ®t avoir commis des « fautes » mais ne regrette pas sa politique de la chaise vide ».
Titres « choc » propres Ă attirer des clics. Titres « choc » fondĂ©s sur une dĂ©pĂŞche de l’AFP qui contenait de surcroĂ®t une erreur de transcription relevĂ©e par Antennerelais : « J’ai fait des fautes qu’ils n’analysent pas » devenant « des fautes que je n’analyse pas » [2].
– Epilogue - Dans une interview (qui n’a pas « buzzĂ© ») Ă TV Magazine datĂ© du 2 avril, Vincent Peillon est revenu sur sa demande de dĂ©mission d’Arlette Chabot. Et il confirme ce que la vidĂ©o laissait supposer : « J’ai Ă©tĂ© incompris en demandant sa tĂŞte, mais ce n’est pas pour autant que je m’en excuse. J’assume pleinement et je ne regrette rien sur le fond »..
Un mois plus tĂ´t, lors de la diffusion de l’extrait vidĂ©o de Public SĂ©nat, TVmag avait titrĂ© : « Affaire A.Chabot : Vincent Peillon s’excuse ».
Nous l’avions Ă©crit : « Demander la dĂ©mission d’Arlette Chabot Ă cette occasion n’était sans doute ni justifiĂ© ni opportun » [3]. Comme il ne serait pas justifiĂ© de demander la dĂ©mission de ces journalistes qui Ă©crivent n’importe quoi, particulièrement quand l’un-e des leurs est en cause.
– MoralitĂ© Faut-il le (re)dire ? Ce n’est pas le comportement de Vincent Peillon qui nous importe au premier chef, mais la rĂ©ception par les mĂ©dias de la critique des mĂ©dias quand, comme c’est le cas, en l’occurrence, elle est fondĂ©e. Oui, France 2 a fait une part trop belle au dĂ©bat gouvernemental sur l’identitĂ© nationale. Oui, il Ă©tait lĂ©gitime de contester le dispositif et le thème du « spĂ©cial Besson » organisĂ© par Arlette Chabot, le 14 janvier 2010.
Olivier Poche
P.S. Au fait, quel Ă©tait le principal reportage de l’émission « EnvoyĂ© spĂ©cial » le 8 avril 2009 ? « Eric Besson, la rupture pour identitĂ© ». D’une rare complaisance… Un « spĂ©cial Besson » tous les trois mois, ce n’est pas un peu trop ?