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Les facéties d’Alexandre Adler : Un peu de tout et beaucoup de n’importe quoi

par Mathias Reymond,

Faux débat et vrai promotion : Guy Sorman et Alexandre Adler que presque rien n’oppose s’ébrouent dans les colonnes du Figaro (du 6 septembre 2004) dans une mémorable confrontation unidimensionnelle titrée : « Adler-Sorman : le mythe du déclin américain ». Médiatiquement banal...

Adler, éditorialiste cumulard - Le Figaro, France Culture, proche-orient.info, etc., - dont l’hypermnésie peut laisser croire qu’il sait de quoi il parle, nous offre à cette occasion un échantillon des propos péremptoires qu’il tient avec cette inaltérable assurance qui tient lieu de savoir aux experts. Médiatiquement banal...

Mais son hypermnésie ne peut pas toujours compter sur notre amnésie. L’expert l’est surtout en variations sur un même thème et en contorsions à sens unique. Echantillons.

Sur l’invasion de l’Irak

Concernant l’existence d’armes de destructions massives en Irak, Georges Bush a-t-il menti ? Non il s’est trompé...partiellement : « Bush n’a pas menti pour deux raisons : tout d’abord il ne fait aucun doute qu’il croyait sincèrement à la présence effective d’armes de destruction massive en Irak, jusqu’à ce que cette certitude ne soit partiellement démentie. S’il s’est trompé, il n’a donc pas menti ; une distinction que les Américains ont parfaitement comprise.  »

Et Alexandre Adler a-t-il menti ? Non, il s’est trompé ... grossièrement. Un an plus tôt, Sa Suffisance assénait, dans une déclaration que nous avions déjà relevée : « Il est plus raisonnable de penser que ces armes biologiques et chimiques ont existé (...) et pour des raisons que personne n’explique valablement alors qu’elles sont toutes simples : Saddam Hussein craignait que l’utilisation (...) d’armes chimiques aurait entraîné une riposte des Américains et des Anglais (...) il a regroupé ses armes (...) et a préféré les enterrer profondément (...) ou en détruire un grand nombre (...), ce qui évidemment ridiculiserait Américains et Anglais, on voit d’ailleurs le résultat aujourd’hui » [1]..

Bref, le Savoir absolu ne sait plus vraiment. Il faut donc trouver une nouvelle justification, de préférence aussi saugrenue que péremptoire à l’invasion de l’Irak, sous prétexte de prévention : « la volonté d’utiliser des armes de destruction massive par Al-Qaïda est incontestable, tout comme l’est l’existence d’arsenaux de ce genre au Moyen-Orient, notamment en Irak autrefois. Les Américains ont donc voulu éviter la mise en contact et la collusion de ces deux idéologies meurtrières, probablement un peu avant que les problèmes ne se posent réellement. Et je ne peux pas leur donner totalement tort.  » [2] On s’en serait douté...

C’est la même constance dans l’inconstance qui permet à Alexandre Adler de défendre tour à tour et pour les mêmes motifs, Bill Clinton et Georges W.Bush.

Sur les Présidents états-uniens

Lors de « l’affaire Monica Lewinski », Alexandre Adler avait pris passionnément la défense de Bill Clinton, alors président des Etats-Unis, en estimant qu’il y avait un « complot » [3] . C’était même « le plus grave attentat commis contre les principes constitutionnels américains » depuis le maccarthysme. Toujours à l’aise dans l’outrance belliqueuse qu’il revendique, Adler, avait pris à partie « les lâches, les poules mouillées de la presse dite libérale (...) qui consentent à ce meurtre légal du président de la plus grande démocratie de la Terre » et nous avait présenté Clinton comme « antiraciste absolu, peu machiste » jusqu’à ce que Georges W. Bush soit élu...

Désormais, c’est ce dernier qui bénéficie de toute sa tendresse. A son tour, Georges Bush « présente une certaine sensibilité civique (...). [Il] est profondément antiraciste : il a nommé des Noirs à des postes clés, comme on ne l’avait jamais vu dans de précédents gouvernements démocrates, et n’a vraisemblablement aucun préjugé envers les Hispaniques. » [4] Adler dévoilait déjà au début de l’année « le bilan (de l’année 2003) plutôt bon de Georges Bush en politique extérieure » [5] et affirmait qu’ « il avait réussi des paris extrêmement risqués ».

Sur José Bové

Enfin, fait coutumier chez Adler, il destine une petite flèche à José Bové : «  Le conservatisme-ruraliste-écologiste à la mode José Bové fait des ravages encore supérieurs [en matière de recherche] ». Reconnaissons ici une vraie retenue comparée à certaines de ses envolées amphigouriques présentes dans son chef d’œuvre de géopolitique, où José Bové était présenté comme une « espèce d’avatar de Poujade touché par la métaphysique heideggerienne et allumé par une mystique pseudo-gandhienne » [6]. Est-il nécessaire de préciser que cette détestation de Bové ne date pas d’hier [7] ?

Souvent Alexandre Adler varie, mais depuis quelques temps, il garde le cap, car c’est un guerrier : « Depuis le 11 septembre, je suis en guerre. (...) Dans ce nouveau combat pour moi, et qui n’était plus seulement intellectuel , je dus quitter Courrier International et Le Monde, le second avec regret, le premier avec un regret mêlé de soulagement. (...) Je ne pouvais guère, en ces temps de radicalisation, me retrouver coude à coude avec ceux qui combattent la mondialisation, la démocratie américaine et Israël » [8]. [Souligné par nous]

Un guerrier... Sans doute est-ce la raison pour laquelle Le Figaro organise un « débat » pluraliste entre le susdit et Guy Sorman... Sans doute est-ce la raison culturelle pour laquelle, Laure Adler a enrôlé Alexandre Adler aux côté d’un pur intellectuel : Alain-Gérard Slama (du Figaro, le monde est petit...) et s’est débarrassé de l’épouvantable militant : Miguel Benasayag (pas du Figaro...) ! La culture sur France Culture a besoin d’experts incontestables, incontestés ... et du Figaro...

Mathias Reymond

 

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Notes

[1France Culture, 21 juillet 2003, cité dans Le canard enchaîné du 23 juillet 2003.

[2Le Figaro, 6 septembre 2004.

[3Le Monde, 25 août 1998.

[4Le Figaro, 6 septembre 2004.

[5France Culture, 1er janvier 2004.

[6J’ai vu finir le monde ancien, p. 69.

[7Paris-Match, 1er août 1998 (source : PLPL n°11, octobre 2001).

[8Alexandre Adler, Au fil des jours cruels, Grasset, Paris, 2003, pp. 17-18.

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