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Les beuglements d’un académicien

par Mathias Reymond,

Elles ne cessent de le proclamer elles-mêmes la main sur le cœur : les plumes qui ornementent les grands médias adorent le débat démocratique et leur virulence polémique est toujours mise au service d’une solide argumentation. Qu’on se le dise : jamais ces précepteurs d’opinion, dont certains se proclament "amis de la sagesse" (puisque le titre de "philosophes" leur est dû), ne se laissent envahir par le mépris, et encore moins par cette haine qu’ils attribuent volontiers à quiconque ose élever la voix contre leurs accès de rage.

Ainsi Jean-François Revel, académicien, essayiste, chroniqueur, historien et agrégé de philosophie (82 ans) se borne à disséquer les positions qu’il pourfend avec l’extrême douceur qui sied à un sage... Absent des colonnes du Point depuis de longs mois, il revient en grande forme dans un entretien (Le Point, 30/03/06) et fait feu de tout bois contre les marxistes et les altermondialistes.

Après avoir mis en lumière les vices du socialisme : « j’applique réellement le marxisme, qui veut que seule l’expérience valide la théorie. Si donc le socialisme n’a marché nulle part, c’est qu’il est vicieux dans son principe » (sic), il salue les bienfaits du libéralisme, « seul procédé qui ait jamais réussi ». Pourtant dans ce cas non plus, l’expérience n’a pas vraiment validé la théorie... La multiplication des fusions, la présence d’oligopoles dans divers secteurs de l’économie, laissent suggérer que la « concurrence pure et parfaite » chère aux économistes libéraux n’est qu’un lointain idéal...

Plus loin il s’insurge contre la gauche gouvernementale... à son sens trop à gauche : « Le malheur veut que le socialisme démocratique se laisse entraîner, par calcul électoral ou par complexe d’infériorité, dans cette surenchère. On a vu comment la faillite électorale de la gauche en 2002, au lieu de la conduire à réviser ses conceptions et sa stratégie, l’a poussée au contraire vers une sorte de néogauchisme réchauffé, inspiré par la peur d’être affaiblie par l’extrême gauche. » Mais il râle aussi contre une partie de la droite... trop antilibérale : « Une partie de la droite, intimidée elle aussi, verse à son tour dans une rhétorique antilibérale. »

N’en pouvant plus, il peste sans vergogne contre les altermondialistes : « à quoi mènent les vociférations d’un José Bové et de ses affidés contre la mondialisation, qui profite d’ailleurs aux pays émergents », et se risque à un audacieux pronostic : « les inconséquences de nos responsables politiques sont telles qu’un second tour entre Bové et Le Pen à la prochaine présidentielle n’est pas à exclure. »

Ravis de pouvoir (enfin !) retrouver Jean-François Revel, nous voulions faire profiter aux lecteurs d’Acrimed cette prose en voie de perdition... Que des idées s’affrontent, quoi de plus normal ? Mais tant de verve haineuse pour ne rien dire ! Le Point est décidément un hebdomadaire très accueillant.

Mathias Reymond

 

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