Accueil > (...) > De l’appel de 2005 à la première session

Les « Etats généraux pour le pluralisme » n’existent pas

Ainsi en ont décidé les « grands médias »....

Que plus de 150 syndicats, associations, médias associatifs, etc., soutenus par plusieurs forces politiques démocratiques, appellent, dès octobre 2005, à des Etats généraux pour le pluralisme ne présente apparemment aucun intérêt.

Qu’une première session nationale de ces Etats généraux, organisée par les principaux syndicats de journalistes et d’autres professions, des médias associatifs, des associations de critique des médias, se tienne à Saint-Denis le 30 septembre [1] ne mérite pas, dans la quasi totalité des « grands médias », la moindre mention [2]

Que des acteurs aussi différents, pour la première fois, mettent en commun leurs analyses et leurs propositions, organisent leur convergence et, divergences incluses, réfléchissent et discutent ensemble est une contribution au débat public qu’il faut évidemment accueillir par de pieux silences.

A l’exception de quelques lignes dans l’Agenda de l’AFP et de quelques brèves parues dans des journaux contestataires : rien, pas un mot !

Au moment où Jean-Marie Colombani, n’écoutant que son courage, construit son « pôle sud » avec Lagardère et contre l’avis de la Société des rédacteurs du Monde [3],

Au moment où la Société des rédacteurs de Libération se voit ou se croit acculée à rechercher avec Edouard de Rothschild un compromis qui prive un peu plus le quotidien des moyens de son indépendance,

Au moment où le gouvernement s’apprête à présenter devant le Parlement un projet de loi sur le numérique qui, entre autres innovations, conforte les positions de l’audiovisuel privé,

Au moment où l’Institut Montaigne diffuse des propositions qui, entre autres merveilles, annulent des droits fondamentaux des journalistes, comme la « clause de cession » [4],

Silence dans les rangs !

Le souci du pluralisme et du débat public est tellement répandu dans les rédactions que, malgré la présence individuelle de nombreux journalistes, aucun média d’importance, à l’exception de quelques journaux amis, n’a daigné envoyer un journaliste pour rendre compte de la session des Etats généraux. Il est vrai qu’aucun notable de la plume et du micro n’était annoncé ! Bref, nous n’avons pas été dérangés !

A dire vrai, nous ne sommes pas surpris. Ce silence des « grands médias » confirme que le débat public n’existe aux yeux de leurs rédactions en chef que dans leurs pages de « tribunes libres » ou dans des émissions aussi reluisantes que « L’Arène de France » sur France 2. Il confirme également que le mépris que ces chefferies opposent aux mouvements collectifs et notamment aux syndicats de journalistes eux-mêmes est une des conditions d’exercice de leur pouvoir.

Parlant pour toute la confrérie des importants, la revue Médias, sponsorisée par Reporters sans frontières, vient de lui décerner (et de se décerner) le grand prix de la tartufferie, en proclamant : « La presse française d’information générale, écrite aussi bien qu’audiovisuelle, malgré ses travers et ses insuffisances, produit dans son ensemble une information raisonnablement pluraliste. [5] ».

Les Etats généraux pour le pluralisme étant sans objet, on comprend que le pluralisme impose « raisonnablement » de ne pas en parler.

 

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Notes

[1Après une rencontre régionale en Rhône-Alpes en avril et une rencontre nationale des médias associatifs et indépendants en mai. Lire notamment « Médias du Tiers secteur : L’appel de Marseille et « Des Etats généraux et une rencontre des médias alternatifs en Rhône-Alpes ».

[3Lire, dans Libération « Le Monde a atteint sa taille critique » Attention ce lien est commercialement biodégradable.

[4Elle permet notamment aux journalistes d’un titre racheté de ne pas se mettre au service du nouveau propriétaire.

[5Médias, éditorial du n°10,septembre 2006.

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