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Le Pen, LFI et l’antisémitisme : l’intox de Guillaume Erner

France Culture, 24 juin.

Mercredi 24 juin, Guillaume Erner reçoit Marine Le Pen dans « Les Matins » de France Culture. Après 10 minutes de complaisance, Guillaume Erner en vient « aux répercussions de ce conflit israélo-palestinien en France, avec la question de l’antisémitisme ». Pour ce faire, le présentateur lance alors un « sonore », qu’il indique avoir lui-même « trouvé sur les réseaux sociaux ». Le principe de ce « petit montage » ? Dans les mots d’Erner : « [comparer] Jean-Luc Mélenchon et Jean-Marie Le Pen sur la question de l’antisémitisme ».

Résumons : Guillaume Erner tient face à lui une représentante du principal parti d’extrême droite ; ce parti a été fondé par des collabos et des Waffen-SS ; il s’est illustré tout au long de son histoire par son négationnisme et son antisémitisme ; on ne compte plus les déclarations pétainistes, antisémites ou racistes de nombre de ses élus. Dans cette situation, que fait le présentateur de la matinale de France Culture « sur la question de l’antisémitisme » ? Il diffuse un montage « trouvé sur les réseaux sociaux » pour suggérer que le principal parti de gauche est aujourd’hui antisémite… et même tout autant que le parti d’extrême droite. Peut-être même plus ? Car Erner ne s’en tient pas là et tend une nouvelle perche à son invitée : « Quand, Marine Le Pen, avez-vous décidé de rompre avec l’antisémitisme de votre père ? » La prémisse de sa question est très claire : le RN a rompu avec l’antisémitisme. Contrairement à la gauche, si l’on en croit le présentateur et son « petit montage ».

Le scandale ne s’arrête hélas pas là : le montage diffusé par Erner est en réalité… fallacieux. Il détourne des propos de Jean-Luc Mélenchon sur « les élites », extraits d’un entretien avec Natacha Polony en 2017, dans lequel il n’était absolument pas question des juifs… Le montage trompeur a en fait été produit par le média numérique Léon, sorte de Franc-Tireur pour les réseaux sociaux [1].

La séquence ne passe pas inaperçue : LFI saisit l’Arcom et face aux réactions qui se multiplient, France Culture publie un correctif sur son site et sur X : « Dans "Les Matins" de ce mercredi 24 juin, l’extrait audio diffusé à 10:35, qui n’avait pas été sourcé à l’antenne, provient de "Léon le média". C’était un montage fallacieux, ce que nous avons réalisé a posteriori. Cet extrait n’aurait donc pas dû être diffusé. La direction de la chaîne et Guillaume Erner tiennent à présenter leurs excuses aux auditrices et auditeurs. »

Mais comme le note Arrêt sur images (25/06), « ni le 24 juin, une fois l’entretien terminé, ni le 25 juin, malgré la polémique suscitée, Guillaume Erner n’a jugé utile de corriger, nuancer, ou s’excuser à l’antenne dans son émission Les Matins ». Comme de coutume, les « mea culpa » superficiels ne sont pas diffusés dans les mêmes conditions que l’intox : les réseaux sociaux pour les premiers, le direct d’une matinale pour la seconde.

Dans la foulée du communiqué de la station, les sociétés de journalistes de France Culture et de Radio France « se désolidarisent » à leur tour de Guillaume Erner, et réclament contre le producteur « les mesures qui s’imposent » [2].


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Nous documentons cette dynamique médiatique depuis de longues années : le blanchiment de l’extrême droite se fait notamment au prix d’une diabolisation de la gauche. Nous en sommes au stade où le présentateur de la matinale de France Culture peut diffuser un faux grossier, qu’il a repris les yeux fermés d’un obscur média pour tenter de faire croire que l’antisémitisme est aujourd’hui l’apanage de la gauche. Devra-t-on, cette fois encore, se contenter de piteuses excuses ?


Jérémie Younes

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