Le jour mĂŞme oĂą Le Monde (datĂ© du 9 aoĂ»t 2002) publie une remarquable tribune libre - « Il faut abattre le mur de l’apartheid en Palestine » - signĂ©e par Etienne Balibar et Henri Korn, notre scrupuleux quotidien de rĂ©fĂ©rence propose Ă ses lecteurs, en page 4, un article non signĂ©, dont le titre Ă lui seul suscite, pour le moins, l’Ă©tonnement : « Colin Powell durcit le ton au sujet du « mur » israĂ©lien »
Passons sur le « durcissement de ton » prĂŞtĂ© Ă Colin Powell : ce sont les guillemets qui entourent prudemment le mur dans le titre en question qui retiennent l’attention (et suscite l’indignation). Quoi donc ? Ce ne serait donc pas un vrai mur ? Qu’est-ce donc alors ?
L’auteur anonyme du Monde ne sait pas. Il arrive que dans le corps de l’article il parle de la « construction du mur », qui perd alors ses guillemets. Mais aussi de « la clĂ´ture qu’IsraĂ«l fait construire pour sĂ©parer IsraĂ«l de la Cisjordanie », sans prĂ©ciser qu’il s’agit lĂ du vocabulaire employĂ© et des objectifs proclamĂ©s par le gouvernement israĂ©lien. Ladite « clĂ´ture » devient Ă deux reprises une « barrière ». Et pourquoi pas une « palissade » ?
Cette « enceinte de bĂ©ton, de barbelĂ©s, de miradors, de moyens de surveillance Ă©lectronique », pour reprendre les termes de la tribune d’Etienne Balibar et Henri Korn, n’est pas seulement un mur de sĂ©paration, ainsi que l’article du Monde le reconnaĂ®t lui-mĂŞme en termes prudents : « le tracĂ© de la barrière (sic) prĂ©voit d’agrĂ©ger (re-sic) au territoire israĂ©lien certaines colonies existantes au dĂ©triment du futur Etat palestinien. ». Traduisons en termes clairs et rigoureux : le mur de sĂ©paration est un mur de colonisation de la Palestine.
Pourquoi ne pas le dire ? Pour ne pas « durcir le ton » ?