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Le Figaro méprise aussi sa rédaction

Jean-Marie Rouart évincé de la direction du Figaro littéraire, et la rédaction du quotidien de droite s’offre deux AG dans la même semaine.

Si Le Figaro a passé le printemps à cracher sur le mouvement social [1], sa rédaction estime qu’elle ne mérite pas le même traitement : la Société des rédacteurs du journal, réunie mercredi 2 juillet en Assemblée générale (AG), s’estime " méprisée " par la hiérarchie du journal, selon les termes de sa présidente Armelle Héliot, rapportés notamment par la Correspondance de la presse et Libération (3 juillet 03).

" Cela fait longtemps qu’on a le sentiment que des décisions sont prises, auxquelles la direction de la rédaction prend peu de part et alors que la rédaction est elle-même mise devant le fait accompli ", a déclaré la journaliste à l’AFP, citée par la Correspondance. Cette phrase sybilline renvoit à l’objet principal de cette AG : le subit remplacement à la direction du Figaro littéraire d’un académicien par un autre, à savoir de Jean-Marie Rouart par Angelo Rinaldi (ancien de L’Express et du Nouvel Observateur).

Mais l’AG " ne portait pas que sur "l’affaire Rouart" " (sic), prend soin de préciser la Correspondance. Les journalistes se sont aussi préoccupés de la suppression, depuis mai, du service Ile-de-France, annoncée " d’une façon vague et parcellaire ", suivie de la disparition de douze pages hebdomadaires, à raison de deux par jour, " selon des choix faits assez rapidement ", selon les termes d’Armelle Héliot.

Enfin, la présidente de la Société des rédacteurs du Figaro s’est aussi exprimée à propos de la mise en examen récente du directeur de la rédaction, Jean de Belot, pour recel de délit d’initié à l’occasion de la fusion Carrefour-Promodès en 1999 [2]. " J’avais dit, en tant que présidente de la Société des rédacteurs, qu’il serait loyal par rapport à la rédaction (sic) qu’il s’exprimât ", ce qu’il n’a pas fait. " Après tout cela, est arrivée l’affaire Rouart. Tout cela traduit un mépris certain pour la rédaction ". Fin du premier épisode.

" On n’a jamais vu notre rédaction aussi mobilisée "

Le lendemain, jeudi 3 juillet, deuxième réunion des journalistes du Figaro. Un ton en-dessous par rapport à son précédent article, Libération de vendredi 4 titre : " « Le Figaro » tente de percer l’abcès ", et confie : " le directeur de la rédaction a accepté de venir répondre aux questions de ses journalistes ". Puis : " « Comme quoi, quand on gueule, ça sert à quelque chose », commente un salarié. "

Oui, mais à quoi ?

Le remplacement de Rouart ? Jean de Belot répond que Le Figaro littéraire ne relève pas de sa compétence, mais du PDG Yves de Chaisemartin.
" Qui dirige vraiment la rédaction ? " Voyez l’organigramme ! « Chaisemartin, comme Robert Hersant en son temps, est aussi directeur politique du Figaro, donc de sa ligne éditoriale »...
Des papiers qui passent à la trappe, le silence du Figaro sur La Face cachée du Monde [3] ? De Belot botte en touche, " on s’est mal débrouillés "... " « De toute façon, maintenant c’est trop tard », admet-on de concert, sur un air de Figaro-las ", ose Libé...
L’idée d’une motion de défiance à l’encontre de la direction ? " Oubliée ", elle ne sera même pas soumise au vote.
" D’accord, Jean de Belot est venu. Mais il ne nous a pas vraiment répondu ", constate un salarié... Tandis qu’un autre suggère : « Le problème, c’est qu’on n’est pas des "pros" de ce genre de réunion. C’est finalement assez rare chez nous. Alors, ça part un peu dans tous les sens. A vrai dire, je ne sais pas trop où on va. Il me semble que ce qu’on a fait ces derniers jours, c’est surtout exprimer le malaise. »

La réunion est écourtée, les représentants de la Société des rédacteurs (SDR) rencontrent Yves de Chaisemartin. " Et longuement, pendant plus d’une heure ", insiste Libération.

A la sortie, la SDR " semblait s’être adoucie. Fini de crier au « mépris ». « Au moins, on a renoué le contact », témoignait un de ses membres. « Il y a un apaisement perceptible. Parce que les gens se sont parlé. » Et de résumer prudemment : « On est sortis de cette espèce de flou artistique et de non-dits. Monsieur de Chaisemartin n’a pas forcément dit tout ce qu’on avait envie d’entendre, mais c’était un discours franc. On considère que c’est positif. » "

Pourtant, à l’issue de la première réunion, Libération rapportait les propos d’un journaliste : « On n’a jamais vu notre rédaction aussi mobilisée. C’est vraiment chaud. D’autant qu’on n’en est pas à notre première AG de l’année. »

En effet, les journalistes s’étaient déjà réunis en mars pour s’étonner du " silence forcé du quotidien sur la Face cachée du Monde. Yves de Chaisemartin, PDG de la société éditrice du Figaro, avait promis de « prendre la plume » sur le sujet. " « On attend toujours ! », note un salarié.

Par-delà les circonvolutions, on comprend donc que les journalistes du Figaro se réunissent sans tarder quand intervient un choix éditorial contesté concernant un journal concurrent, ou qu’un hiérarque est " débarqué ". Mais que la suppression d’un service et de pages entières du journal (en mai et juin), ou la mise en cause par la justice du directeur de la rédaction (révélée début juin), peuvent bien attendre.

« L’éviction de Rouart, ce fait du prince, a fait ressortir des tas de choses », explique un journaliste (Libération, 4 juillet). « Ça nous a mis un coup sur la tête d’apprendre ça par la presse, dit un autre. Presque plus que la mise en examen de Jean de Belot. Parce que ça, tout le monde ici s’y attendait ».

 

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Notes

[1Lire notre rubrique Contre-réformes et mobilisations de 2003 (note d’Acrimed).

[3Lire nos rubriques " La face cachée du Monde " et "Le Monde" en procès contre Péan-Cohen (note d’Acrimed).

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