Le 24 aoĂ»t 2003, dans le " journal du mois " qu’il tient pĂ©niblement dans le Journal du dimanche (JDD), Philippe Sollers s’Ă©panche, sous l’intertitre " Fumer " :
" Difficile de dĂ©chiffrer un monde oĂą tout le monde ment, oĂą les voitures deviennent des bombes, oĂą le pĂ©trole et l’argent circulent au noir, oĂą votre voisin, dĂ©guisĂ© en moine, va faire exploser l’autobus oĂą vous vous trouvez, oĂą de pauvres gens ensanglantĂ©s en sauront toujours moins qu’un olĂ©oduc, oĂą les respirations s’arrĂŞtent dans les replis de la capitale. En quelques jours, Paris-Plage s’est transformĂ© en Paris-Cimetière. "
Pour prĂ©server la portĂ©e poĂ©tique de cette indigeste platrĂ©e, nous nous sommes abstenus d’y instiller les piments qu’elle mĂ©rite. In fine, remarquons simplement que le Parisien Sollers, ravi de rencontrer l’hĂ©catombe Ă Paris, veut sans doute clamer ici sa revanche contre ces " bernarenrilĂ©vis " qui s’en vont quĂ©rir les pĂ©rils en des contrĂ©es lointaines...
Mais passons Ă l’essentiel.
" Avez-vous vu les nouvelles inscriptions sur les paquets et les cartouches de cigarettes ? "
Sollers aurait pu Ă©crire simplement : " sur les paquets de cigarettes ". Mais mentionner les " cartouches " suggère - outre que l’ " Ă©crivain " ne saurait ĂŞtre assimilĂ© aux fumeurs vulgaires - qu’achetant en gros un produit dĂ©conseillĂ© par la facultĂ©, il reste " rebelle " jusque dans sa vie quotidienne...
" Elles sont impressionnantes : "Fumer tue", "Protégez vos enfants, ne leur faites pas respirer votre fumée", "Fumer nuit gravement à votre santé et à celle de votre entourage" (...)
" Vous trimbalez ce catĂ©chisme dans votre poche, vous attendez le moment oĂą les vins de Bordeaux n’auront plus pour Ă©tiquettes que des tĂŞtes de mort. Vous ĂŞtes Ă Bagdad, vous assistez Ă un attentat, vous venez de prendre la dĂ©cision de ne plus fumer, lĂ -dessus votre voiture explose. "
Quelle fulgurance, non ? VoilĂ le cadeau d’un Journal du dimanche pour s’enfumer intello en fin de semaine.
Mais l’hebdomadaire, pardon, le " quotidien du septième jour ", d’Hachette, se veut " populaire ". Pour ceux qu’essoufleraient les cĂ®mes sollersiennes, deux pages plus loin, c’est Jean-Luc Azoulay, l’ex-pygmalion de DorothĂ©e et d’ " HĂ©lène et les garçons ", qui tousse sa contribution au Grand DĂ©bat Rideau de FumĂ©e de la rentrĂ©e.
Le journaliste l’a rencontrĂ© dans son bureau de La Plaine-Saint-Denis. La haute teneur (en nicotine) de sa contribution mĂ©ritait que le JDD en fasse l’attaque de son article.
" " Vous avez vu les derniers paquets de cigarettes ? " " Fumer tue " est Ă©crit au verso. " Et au recto ? " Que ça peut nuire aux spermatozoĂŻdes... Cette dernière mise en garde l’amuse. Il s’imagine au restaurant assis face Ă une (très) belle femme, son paquet de menthol en Ă©vidence... "
Les points de supension sont sans doute là pour marquer un sous-entendu, voire une certaine subtilité.