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Ivan Levaï (France Inter) : « L’Observatoire des médias, c’est le truc de Le Pen »

par Henri Maler,

Animée par Ivan Levaï et Sophie Loubière chaque samedi entre 11h et 12h, l’émission « Inter média » du 6 mai 2006 soulevait une redoutable question : « Où est passée la presse populaire ? ».

Invités pour y répondre : Denis Muzet, Directeur de l’Observatoire du débat public ; Claude Estier, journaliste [encore ?], ancien sénateur et député ; Charles Sylvestre, journaliste, responsable de l’Association des Amis de l’Humanité ; Katherine Icardi Lazareff, petite-fille de Pierre Lazareff. Pour une session de débat « approfondi »... jusqu’au « dérapage ».

Les premières minutes de l’émission gratifient les auditeurs de captivantes évocations, à commencer par celle du Front Populaire, ponctuée par « Le temps des cerises » interprété par Yves Montand [1].

Vient ensuite un reportage - « Une journée à l’Huma » -, suivi d’un échange avec Claude Estier, puis d’un autre avec Charles Sylvestre [2] et, enfin, d’une interview téléphonique de Denis Muzet, qu’Ivan Levaï annonce ainsi : « On a au téléphone Denis Muzet qui a écrit un livre formidable » [forcément...]

Et Levaï d’illustrer, quelques temps après, la distinction proposée par Muzet entre les médias verticaux (presse, radio, télés) et les médias horizontaux (Internet, le téléphone, les SMS...) par cet exemple :

« Les gens qui ont dit “faut voter oui, faut voter oui, faut voter oui. Imbécile, t’es un crétin, si tu votes non”, ça c’est les médias verticaux. Et les médias horizontaux ont dit “moi, je voterai comme je l’entends ”. D’où les résultats que l’on a connus.  »

Moment de demi-lucidité ? Esquisse d’autocritique pour le compte des « médias verticaux » ? On en doute, mais on n’en saura guère plus... Puisque le contrôleur d’une antenne « verticale » a déjà passé, sans transition, la parole à son interlocuteur :

- Ivan Levaï : - « Vous dirigez l’Observatoire... comment ça s’appelle ? Des médias, non ? »
- Denis Muzet : - « ... du débat public. »
- Ivan Levaï : - «  Ah, oui, l’Observatoire des médias, c’est le truc de Jean Marie Le Pen !  »

[Rire gourmand (d’autosatisfaction) de l’auteur de cette bonne blague, suivi du rire gêné [3] du sociologue des médias. Et personne ne proteste à l’antenne...]

De quel Observatoire des médias, s’agit-il ? De l’Observatoire français des médias (duquel Acrimed est membre) ou d’Acrimed, « Observatoire des médias », comme l’annonce notre logo ? Peu importe...

Nous croyions avoir tout entendu sur les antennes des radios publiques.

En vrac : que nous sommes des flics de la presse, admirateurs d’Hitler et de Staline (Philippe Val, sur France Inter), que la critique radicale des médias (et particulièrement celle d’Acrimed, mise en cause en son absence sans avoir été invitée) est absolument nocive (Elisabeth Lévy, sur France Culture), que les auditeurs qui demandent que soit respecté le pluralisme sont des pétainistes (Michel Polacco, sur France Info) et que les auditeurs qui s’interrogent sur certaines connivences sont des partisans de la théorie du « complot judéo-maçonnique » (Stéphane Bern, sur France Inter) [4], etc., etc.

Mais nous n’avions pas encore goûté l’humour délicat d’Ivan Levaï. Imaginons que nous écrivions sur notre « média horizontal », mais pour rire... que l’émission « Inter média » est le « truc » d’un apprenti fasciste ou d’un stalinien endurci (au choix) : que n’entendrait-on ou ne lirait-on pas - pour une fois à juste titre - dans les « médias verticaux » ? Evidemment, nous ne dirons rien de tel, quelle que soit notre humeur polémique. Tout simplement parce que c’est faux et... pas drôle du tout.

« Inter média » n’est qu’une émission de divertissement parmi d’autres. Et Ivan Levaï n’est jamais, socialement, que l’un de ces nobliaux qui ont enrôlé le Service Public au service de ceux qui le régentent : verticalement.

Henri Maler

 

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Notes

[1L’occasion pour Sophie Loubière de confesser que cette chanson lui « donne envie de faire de la confiture » et pour Katherine Icardi Lazareff d’avouer que cette chanson lui « apporte un peu de nostalgie ».

[2Claude Estier intervient pour proposer une « différence de conception du mot populaire  ». En substance (si l’on peut dire) : populaire au sens d’idéologique (comme L’Humanité) et populaire au sens de « pas du tout idéologique » (comme France soir ou Le Parisien). Pas idéologique, cette presse populaire ? Soupir de l’auditeur critique... qui risque de s’endormir un instant, jusqu’au moment où Charles Sylvestre se risque à proposer une autre distinction : entre les journaux qui sont populaires parce qu’ils sont beaucoup lus et ceux qui le sont parce qu’ils sont porteurs des aspirations populaires. Trop « idéologique » : il est interrompu par Ivan Levaï.

[3Nous avions initialement qualifié se rire de « complaisant ». Denis Muzet nous a fait savoir qu’il traduisait surtout sa consternation de se voir si mal présenté et d’entendre un propos indadmissible. (Rectification du 20 mai 2006)

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