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Intermittents : Ici Paris contre les preneurs d’otage

L’intervention d’intermittents du spectacle lors de l’émission en direct de « Star Academy », la violence des vigiles de TF1 secondés par la Police, la mise en examen de quatre d’entre eux, les déclarations outragées d’Etienne Mougeotte ont fait l’objet d’invraisemblables commentaires des partisans médiatiques du « dialogue social », surtout quand il n’a pas lieu.

Il n’empêche : « Chaque semaine, laissez-vous transporter dans un monde magique, unique et paradisiaque : le show-biz. Entrez dans l’intimité des grands de ce monde en vous abonnant à Ici Paris ! » [1]. Et cette semaine, vous serez servis…

Ici Paris, 21 octobre 2003. A la « Une », une photo de Nikos et ce titre : « Star Academy prise en otage ! », avec une mention obligée : « Exclusif ».

En pages intérieures, le même titre et ce chapô :

« Le prime time de la Star Academy, l’événement de la semaine pour des millions de téléspectateurs, vient de vivre des heures terribles. (…) Une cinquantaine d’individus a fait irruption sur le plateau, malgré la bonne volonté de l’animateur, la situation a rapidement dégénéré  ». La légende d’une photo de Nikos nous apprend que ce dernier « a fait preuve d’un courage et d’un sang froid extraordinaire » (sans s…)

Et l’article de relater ces « heures terribles » qui ont vu « un commando d’une centaine de personnes, certaines cagoulées, forcer le barrage de sécurité de l’entrée du studio », devant un « Nikos imperturbable ». Seulement voilà : « (…) malgré toute la bonne volonté de Nikos, le climat est lourd, une étrange sensation de violence larvée pointe… ».

Une étrange sensation …de journalisme à sensation, même pas larvé qui poursuit ainsi son dur labeur :

« Un homme se décide à s’exprimer, mais demande que que toutes les personnes qui l’accompagnent puissent le rejoindre. C’est alors que la situation déjà angoissante ressemble de plus en plus à une prise d’otage. »

Suit le récit évidemment palpitant des événements : coupure de publicité, lancement d’un épisode de Julie Lecaut, « la flamboyante représentante de l’ordre ».

Et le romancier d’Ici Paris de préciser :

« Il fallait un drame pour en arriver à de telles extrémités. C’est bien un drame. C’est bien un drame qui a lieu, hors écran. A peine l’antenne fut-elle coupé que la production a voulu faire sortir les académiciens pour assurer leur sécurité. Les intrus se sont alors opposés avec une telle violence que les services de sécurité on dû intervenir ».

Qu’importe si cette version « terriblement dramatique » est falsifiée. Il faut poursuivre :

« Pendant ce temps, à la porte du plateau, l’échauffourée commence à prendre des allures d’émeute et la production se voit obligée de faire appel aux forces de l’ordre. Mais malgré leur intervention rapide, au moment où la Star Academy devait revenir à l’antenne, ses héros, ses stars, vivaient en direct le drame de la violence. »

Evidemment, c’est pour défendre les « otages », que services de sécurité et forces de l’ordre ont été « contraints » d’intervenir !

Nous sommes déjà au deux tiers de l’article lorsque nous apprenons que la police a rencontré « une certaine résistance de le la part des intermittents du spectacle en grève, puisque c’est d’eux dont il s’agit ». Il était temps de le dire, même à la sauvette ;

Notre bon journaliste - Giani Laurezon puisque c’est de lui dont il s’agit - n’a pas encore fini son chef d’œuvre : « (…) A peine la reprise de l’émission, Nikos fait à peine allusion à l’horrible drame ou aux conséquences terribles qu’il aurait pu avoir ».

On s’épargnera la fin (l’héroïsme des « jeunes artistes » de la Star Academy), comme on économisera les commentaires : Ici Paris est, bien sûr, totalement apolitique et ses journalistes sont de simples sosies de véritables journalistes.

 

Notes

[1C’est ainsi que le site « Info-Presse », un organisme d’abonnements en ligne présente le « concept » du journal

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