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« Grandes Gueules » : Daniel Riolo, un nouvel éditorialiste dans le cirque médiatique

par Maxime Friot,

Le 12 avril, le journaliste sportif Daniel Riolo (« Afterfoot », RMC) participait à sa deuxième émission des « Grandes Gueules » (également diffusée sur... RMC et RMC Story). Qu’il soit spécialisé dans le journalisme sportif [1] ne l’a pas empêché de donner son avis sur le droit de vote à 16 ans, les tarifs de l’électricité, le Grand débat, le dernier livre de Jean-Christophe Grangé, etc. Et cela ne contrevient pas aux principes du talk-show, bien au contraire : le dispositif est prévu pour que le chroniqueur se prononce sur tout et n’importe quoi. Bilan des courses : Daniel Riolo est un commentateur comme les autres, et le costume d’éditorialiste lui va comme un gant.

« Cette émission, on la connaît par cœur. Les chroniqueurs parlent plus fort les uns que les autres, prônant une "liberté de parole qu’on n’entend pas ailleurs" », écrivions-nous au moment de la mobilisation des cheminots. Le 12 avril, le talk show animé par Olivier Truchot et Alain Marschall réunit trois chroniqueurs : Rose Ameziane, Jacques Maillot et Daniel Riolo. Pour sa deuxième participation, ce dernier fait preuve d’une parfaite maîtrise des règles de l’art en démontrant qu’il est capable « d’avoir un avis sur tout, et surtout un avis. » [2]

D’ailleurs, le journaliste sportif revendique son rôle d’éditorialiste. Interrogé par un auditeur sur ses prises de position, il réplique :

Le problème c’est (…) que vous m’opposez en me disant que je suis dans un camp. Or, moi je ne suis pas dans un camp. Et en plus quand vous dites qu’un journaliste ne peut pas donner une idée, c’est faux ! Parce qu’un éditorialiste a le droit d’en donner. Je ne le suis pas encore ici, je suis qu’un invité de dernière minute, c’est que ma deuxième émission, j’espère pouvoir y revenir. Mais dans mes autres fonctions je donne mon avis parce que je suis éditorialiste. Renseignez-vous sur les différentes composantes qu’il y a dans ce métier-là !

Hélas, non content de copier ses confrères éditorialistes sur leur capacité à commenter tout et n’importe quoi, Daniel Riolo joue le mimétisme jusqu’au bout : la teneur de ses « avis » ressemble à s’y méprendre à ce qu’on entend… sur tous les plateaux. C’est donc en bon éditorialiste qui se respecte que Daniel Riolo prend fait et cause pour la défense de l’ordre social. Amuse-gueule avec les gilets jaunes : « Il va quand même falloir que ce pays se remette en marche normalement » !

On est en démocratie. Si la majorité des gens pensent que des réponses ont été apportées, à un moment il va quand même falloir que ce pays se remette en marche normalement, sans avoir des manifestations chaque semaine parce qu’une infime minorité pense que la France tourne mal. Ça s’appelle la démocratie, dans quelques mois tu vas avoir des élections, il est fort probable que le parti qui est au gouvernement arrive en tête, donc ça signifiera quelque chose. (…) Mais en tout cas, ça ne sera pas un parti complètement largué, donc qui ne représentera que 5 ou 6%. C’est plutôt en l’occurrence ceux qui ne font que contester et qui veulent le renversement de ce gouvernement, qui demandent de nouvelles élections, qui disent que le gouvernement n’est plus légitime, ce sont eux qui représentent aujourd’hui moins de 5% des gens. Donc, à un moment ça s’appelle la démocratie. Respectons la loi du plus grand nombre.

Un « avis » qui nous rappelle (entre autres !) les commentaires médiatiques à la suite des premières annonces d’Emmanuel Macron en décembre. Les éditocrates n’avaient pas manqué d’adresser un énième rappel à l’ordre aux manifestants, l’annonce de mesures devant signer le coup d’arrêt de la mobilisation [3].

De la même manière, Daniel Riolo profère les mêmes discours caricaturaux déjà rabâchés par les éditocrates contre Jean-Luc Mélenchon. De véritables poncifs, pas ou peu étayés, et pourtant omniprésents dans les émissions dites de « décryptage » politique, et qui rendent impossible un débat pluraliste. Exemple ce 12 avril, lorsque Daniel Riolo admoneste à plusieurs reprises les auditeurs à propos de Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin, « deux hommes extrêmement dangereux ». Extraits choisis :

- Mais dans tous les gens qui sont attirés par ces gens-là, j’me demande combien comprennent la société et le modèle de société dont ils rêvent. Parce que c’est... pour moi ce sont deux hommes extrêmement dangereux, ces adorateurs du Venezuela, ces adorateurs de la dictature communiste, et de tout ce genre de régime-là.

- Non mais est-ce qu’on prend la mesure des propos et de ce que veulent ces gens-là ? Parce que les gens vont voter pour eux, mais ils sont antidémocratiques, ou alors ils sont pour une démocratie populaire dans laquelle on impose aux gens comment penser et quoi faire.

- C’est quand même incroyable la place qu’on donne et le droit de parole qu’on donne à ces gens-là qui sont des dangereux personnages !

Et plus tard, en réponse à un auditeur « militant de la France insoumise » :

- Bien sûr que j’ai peur ! Évidemment que j’ai peur ! N’importe quel Français normalement constitué doit avoir peur ! C’est la Terreur que voulez imposer !

- Alain disait tout à l’heure « Un militant de la France insoumise veut dialoguer avec toi. » Non ! Non ! Non la France insoumise elle ne dialogue pas, elle impose, elle prend à l’autre, elle est en guerre contre l’autre ! Elle oppose les gens ! Elle est dans la définition de qui est le bon et qui est le méchant, parce qu’elle détient la vérité et elle croit que la morale est forcément de son côté ! Et elle encadre l’esprit et la pensée ! Il n’y a rien de plus dangereux que ça ! Il faut combattre parce que ça rappelle les idées communistes qui ont été combattues dans le monde entier pendant des années, au même titre que l’extrême droite ! Mais aujourd’hui en France on laisse propager ces idées ! Il n’y a rien de plus dangereux !


***


Alors que la place dévolue aux commentaires et aux commentateurs dans les émissions politiques n’arrête pas de noyer l’information dans un bavardage continu, il semble que, désormais, n’importe quel journaliste, quelles que soient sa spécialité et sa compétence, peut s’ériger (ou être érigé) en éditorialiste. Et qu’importe si, ce faisant, il se risque à étaler ignorance ou manque de rigueur, et parfois même, imitant ses illustres confrères, à répandre mauvaise foi et anathèmes. Comme nous l’écrivions, « "Les Grandes Gueules" ne font pas du tout exception dans le paysage médiatique ». La preuve une nouvelle fois avec l’intronisation de Daniel Riolo comme nouveau chroniqueur. Et peu importe aux animateurs et aux producteurs des « Grandes gueules » si l’invasion de ce type de journalisme discrédite toute forme de débat public : l’heure est à la production en série de nouveaux éditorialistes. Après Charles Consigny, Daniel Riolo ?


Maxime Friot

 

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Notes

[1Daniel Riolo est aussi animateur de l’émission « RMC Poker Show ».

[2Lire « J’étais une grande gueule » de Christian Lehmann sur le site AOC.

[3Nous étions revenus sur cette séquence dans une vidéo.

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