Ă€ invitĂ© extraordinaire (si l’on veut...), Ă©mission extraordinaire. La partie « inter’activ », dans laquelle les journalistes de la station habituellement interviennent peu, est avancĂ©e de dix minutes et devient leur Ă©mission. Effervescence : chacun veut poser ses questions au ministre de l’intĂ©rieur, aux dĂ©pens du temps accordĂ© aux questions des auditeurs. Chacun veut briller ou, d’une certaine manière, « se faire » Sarkozy... Les auditeurs, eux, n’en ont pas le droit.
A 8h30, Nicolas Demorand prĂ©vient qu’Ă ses cĂ´tĂ©s « il y a HĂ©lène Jouan et Bernard Guetta qui peuvent, l’un comme l’autre, intervenir quand ils le souhaitent dans cet entretien. » Ils le souhaitent et trĂ©pignent dĂ©jĂ sur leurs fauteuils. Au total, ils interviendront, avec Nicolas Demorand et Brigitte Jeanperrin, pour poser 19 questions, ne laissant la place aux auditeurs que pour 3 questions. Soient 86% des questions posĂ©es par l’Ă©quipe de France Inter, dans une sĂ©quence censĂ©e ĂŞtre rĂ©servĂ©e aux auditeurs. Pour une fois, ce ne sont pas ces questions qui mĂ©ritent que l’on s’y arrĂŞte, mais l’exception Ă la « règle » de l’Ă©mission.
La première question est posĂ©e par un auditeur (Michel), et après la rĂ©ponse de Sarkozy, Demorand enchaĂ®ne « Allez , une question : HĂ©lène Jouan ». Une question ? Non deux. Puis Nicolas Demorand Ă son tour, puis Bernard Guetta, puis Demorand, Guetta deux fois. Ensuite Brigitte Jeanperrin tient Ă « revenir sur les banlieues », et Nicolas Demorand mitraille le prĂ©sident de l’UMP Ă trois reprises, Ă la façon d’un Marc-Olivier Fogiel. Ça fait dĂ©jĂ sept minutes que le dialogue n’a lieu qu’avec l’Ă©quipe de France Inter. Demorand va redonner le micro de la radio publique aux auditeurs qui la financent ? Non : « Allez , HĂ©lène Jouan, puis Bernard Guetta, et beaucoup de questions au standard. HĂ©lène... ». Après deux questions d’HĂ©lène Jouan, Demorand reprend en main l’entretien : « Allez , Bernard Guetta, puis le standard de France Inter ». Plus de dix minutes sans la moindre intervention du public...
Ensuite viennent deux appels d’auditeurs, auxquels Demorand ajoute chaque fois une nouvelle question. Nicolas Sarkozy est encore lĂ pour cinq minutes, mais plus aucun auditeur n’interviendra. Pourtant, il y a « beaucoup de questions au standard », mais que nenni. Une nouvelle question de Demorand, et « allez , une petite question d’HĂ©lène Jouan, et on vous laisse partir. » Si l’on a choisi de ne pas prendre une dernière question d’auditeur, c’est que celle de la chroniqueuse doit ĂŞtre rĂ©ellement pertinente : « Est-ce qu’aujourd’hui, votre conviction c’est que Dominique de Villepin sera candidat ? » Merci. Deuxième essai : « Mais, vous sentez qu’il a envie de vous affronter dans cette Ă©lection interne ou pas ? » Elle n’aura pas de troisième chance, mais Demorand n’oubliera pas de donner la parole une dernière fois Ă ... Bernard Guetta (« allez »).
Que des journalistes remplacent au pied levĂ© les auditeurs et ne leur laissent que la portion congrue a de quoi Ă©tonner. A croire que, habituellement, ces derniers sont essentiellement dĂ©coratifs... Ă moins que face Ă Nicolas Sarkozy, seuls des professionnels ne soient en mesure de poser les bonnes questions. D’ailleurs, Sarkozy, pour conclure, s’est dit « accro » Ă France Inter et Ă ses journalistes.
Mathias Reymond