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France 3 Ouest : salariés en lutte pour le droit d’informer

France 3 Ouest a connu, du 8 au 10 juin, trois jours d’actions des salariés contre un plan de suppression des éditions locales et du 12/14 pour la période estivale. Prétexte invoqué par la direction ? Faire des économies à cause des vacances. Autrement dit, pour cette même direction, la mission d’information du service public devrait prendre ses congés d’été !

Nous publions ici un communiqué du personnel gréviste de France 3 Maine, suivi d’un communiqué de l’intersyndicale de France 3 Ouest : deux documents pour la défense du droit à l’information (Acrimed)

« Une fois de plus c’est l’information régionale qui paye »
Le personnel gréviste de France 3 Maine

Suite à un préavis de grève déposé le 1er juin 2004 par la CGT, le SNJ-CGT, le SNRT-CGT, la CFDT de la région Bretagne-Pays de la Loire de France 3, une partie du personnel de France 3 Maine est en grève depuis ce matin [8 juin 2004, note d’Acrimed].

Les motifs de la grève :

- Fermeture de locales pendant deux mois cet été (Estuaire à Nantes et Haute-Bretagne à Rennes).

- Fermeture de toutes les locales de France pendant deux semaines au mois d’août pour cause de jeux Olympiques.

- Incertitude quant à la rentrée de septembre. Le journal de France 3 Maine qui était passé à 12 minutes à la rentrée 2003, risque de redescendre à 7 minutes. Ce risque pèse aussi sur les BRI (bureaux régionaux d’information) qui verront fort probablement leur temps d’antenne réduit à 16 minutes contre 20 actuellement. Pour l’ensemble de personnel nous assistons là à une véritable régression de l’information régionale. La chaîne veut faire des économies. La direction est heureuse de pouvoir économiser 600 jours de travail en fermant les locales cet été alors qu’en janvier aux vœux du directeur régional, on nous annonçait un grand projet de développement de France 3 pour 2008.

Nous devons laisser le temps aux nouvelles formules et nouveaux horaires de s’enraciner dans le temps. L’analyse des courbes d’audience effectuées sur une année n’exprime pas grand chose. Un journal d’actualité régionale où local ne doit pas se plier au règne de la « télé-réalité » dont la mode finira par passer. Tout changer, bousculer de nouveau les horaires de diffusions des éditions n’est révélateur que d’instabilité. En terme d’audimat, une des règles d’or est d’être à l’heure.

Les fermetures d’été, plus les diminutions horaires auront des répercussions sociales encore incalculables. En effet, bon nombre de CDD administratifs, techniques et journalistes vont se retrouver en situation encore plus précaire. Le personnel des stations fermées sera envoyé dans d’autres stations pour remplacer le personnel en vacances.
D’ores et déjà nous savons que certains monteurs qui démarrent dans la profession ne pourront prétendre aux ASSEDIC parce que les contrats sur lesquels ils comptaient cet été ont été annulés.
Pour tout le personnel en CDD la cure d’amaigrissement subie par les journaux locaux et régionaux signifiera une offre de travail réduite de moitié. La précarisation de leur situation sera vécue d’autant plus douloureusement qu’elle mettra de coté des collaborateurs mobiles et le plus souvent extrêmement motivés et compétents. Certains ont réellement trouvés leur place dans les stations et leur implication dans la recherche et la réalisation des sujets est totale.

Cette question pose un problème de légitimité de l’information : comment un media qui chaque jour traite du chômage, de la précarité peut-il être crédible alors qu’il engendre la précarité dans sa propre entreprise [1].*

Un journal est un rendez-vous quotidien. C’est un pacte, scellé entre nous et le téléspectateur. La réduction des temps de diffusion et le flou autour de la programmation de la rentrée ainsi que la fermeture des éditions locales durant les mois d’été risquent d’affaiblir considérablement l’entrée de France 3 dans la saison 2004/2005.
C’est une perte de crédibilité et de « solidité éditoriale » dangereuse face à la concurrence hertzienne qui s’annonce.

Le personnel gréviste de France 3 Maine

« Merci patron ! Bon match ...et à bientôt ! »
SNJ-CGT, SNRT-CGT, CFDT, SNJ

Aujourd’hui à midi, après trois jours d’actions des salariés de France Ouest réclamant le retrait du plan de suppression des éditions locales et du 12/14 pour la période estivale -retrait motivés pour des raisons prétendument économiques- la direction de la chaîne s’est enfin décidée à nous répondre.

Dans un courrier transmis à l’intersyndicale, Rémi Pflimlin, visiblement agacé, nous renvoit bien sûr vers notre direction régionale, et renouvelle toute sa confiance -le contraire nous aurait étonné- à M. Jimmi Jonquard : « ... la direction régionale est pleinement maîtresse de ces décisions ... ce sont vos interlocuteurs légitimes ». Soit. Mais faut-il rappeler aujourd’hui qu’aucune négociation véritable n’a jamais été véritablement ouverte au cour des deux séances où le directeur régional a bien voulu nous « ouvrir sa porte » ... avant de nous la refermer sitôt annoncées ses mesurettes d’été ?

Dans son courrier, Rémi Pfimlin s’essaie à l’exercice toujours périlleux lorsqu’il émane des hautes sphères, de l’argutie éditoriale : « Il n’existe aucune contradiction entre le plan de développement des antennes régionales et la suspension de certaines éditions locales (sic) au moment où beaucoup de spectateurs partent en vacances et où l’actualité locale connaît un certain ralentissement  ». Outre le fait qu’il s’assoit sur nos missions de service publique, le directeur de la chaîne, semble ignorer qu’il se passe également des choses l’été en Bretagne notamment au plan culturel.

Les salariés de France 3 Ouest, et les spectateurs bretons ou de passage chez nous, pourront toujours se consoler devant l’Euro-foot 2 004 en goûtant les commentaires avisés du footballeur Laurent Blanc dont France 3 s’est attaché les services pour la modique somme de 5 000 € la partie, soit 65 000 € le tout ! Tandis qu’Elie Baup, entraîneur de St Etienne, également débauché pour l’occasion, ne coûtera à France Télévisions que la bagatelle de 38 000 € !

Une histoire qui commence à faire du bruit dans la presse et dans les rangs de nos confrères à Paris et dans les Régions. Voir l’article « Aujourd’hui - Le Parisien », paru aujourd’hui même : « Ces largesses budgétaires suivent une autre dérive : l’affrètement d’un avion privé, estimé à 17 000 € pour quelques personnalités importantes de la chaîne, lors de la dernière finale de la Ligue des Champions... ».

Mais attention, Rémi Pfilmilin veille au grain ! France 3, assure le directeur général dans sa lettre à l’intersyndicale, prendra en compte les contraintes propres à son statut d’entreprise de service public « celles d’une gestion responsable des fonds publics qui lui sont confiés. Nous voilà rassurés !

Réunis en AG ce matin, les personnels de France 3 Ouest à Rennes ont voté la levée du préavis et la reprise du travail. Un nouveau préavis a été déposé cet après-midi pour le 17 juin prochain.
Après la mi-temps.

Rennes, le 11 juin. 16h00.

 

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Notes

[1La précarité des journalistes à France 3 avait déjà été dénoncée en 1998 par Gilles Balbastre et Alain Accardo dans un livre intitulé « Journalistes précaires » aux éditions Le Mascaret.

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