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Fake news Ifop-JDD : un passe-temps comme un autre ?

Nous reproduisons, sous forme de tribune [1] et avec leur accord, un article de l’Observatoire des sondages, publiĂ© le 31 octobre. (Acrimed)

Depuis les Ă©lections prĂ©sidentielle et lĂ©gislatives l’industrie de l’« opinion publique » se tient relativement tranquille. Plus inhabituelle, la « rentrĂ©e » s’est, quasiment, faite sans elle. Nous ne nous en plaindrons pas. Sauf que cette tranquillitĂ© publique relative vient d’être rompue sans surprise par le Journal du dimanche et l’Ifop. Les deux compères n’ont pu contenir leur dĂ©sir de bricoler et publier une fausse nouvelle Ă©lectorale. Et pour cause il n’y a aucune Ă©lection en vue, prĂ©sidentielle en l’occurrence (et aucun candidat bien sĂ»r). Un caprice Ă©ditorial pour fĂŞter Ă  leur manière Halloween ? Les deux contrefacteurs sont restĂ©s silencieux sur ce point. Le sondeur crĂ©dite pourtant M. Le Pen de 30% d’« intentions de vote » contre 29 pour E. Macron pour un 1er tour. On est presque déçus de pas connaitre les « intentions » d’un 2e tour (non publiĂ©es mais elles figurent sur la notice dĂ©taillĂ©e dĂ©posĂ©e Ă  la commission des sondages).



L’entame du commentaire journalistique pourrait laisser plus d’un lecteur perplexe tant il sonne faux.

« Il ne s’agit nullement de rejouer le match des 10 et 24 avril dernier. Encore moins de se projeter vers 2027, nombre de compĂ©titeurs ne se reprĂ©sentant pas dans cinq ans, Ă  commencer par Emmanuel Macron. Mais bien de mesurer l’évolution, en un semestre, du rapport de force Ă©lectoral alors que la menace de la dissolution a Ă©tĂ© agitĂ©e par le PrĂ©sident ».

Impossible de savoir si le Journal du Dimanche et l’Ifop prennent tous les lecteurs pour des crĂ©tins. PrĂ©tendre mesurer un rapport de force Ă©lectorale sur la base d’intentions Ă  un scrutin fictif et dont il ne saurait ĂŞtre question de l’aveu mĂŞme du commentateur, il fallait oser. MĂ©lange d’incohĂ©rence, de contradiction et de mauvaise foi, autant dire que le rĂ©dacteur en chef politique du JDD entretient un rapport « distancĂ© » avec un raisonnement rationnel.


« Intentions de vote » avec ou sans scrutin...


Une mĂ©moire dĂ©faillante est une « facultĂ© » utile pour l’exercice du mĂ©tier de journaliste. La bulle mĂ©diatique Zemmour est dĂ©jĂ  oubliĂ©e, et son score lors du scrutin prĂ©sidentiel aussi (cf. Eric Zemmour : de l’ivresse au dĂ©grisement).

Pour les sondages d’intention de vote on considère gĂ©nĂ©ralement que leur valeur prĂ©dictive croĂ®t avec la proximitĂ© du scrutin. Autrement dit, plus le scrutin s’approche moins ils risquent, « thĂ©oriquement », de se tromper. Certes. Les sondeurs brĂ©siliens l’ont nĂ©anmoins Ă©chappĂ© belle. Quant aux « surprises de dernière minute » les doxosophes ont pour habitude de « faire porter le chapeau » aux sondĂ©s, soit disant volatiles et de plus en plus. C’est bien connu : c’est toujours la faute de l’autre...Et quand bien mĂŞme, pourquoi publier aussi frĂ©quemment et longtemps avant les dires des sondĂ©s s’ils ne tiennent pas parole ? [2]. Les marchands d’opinion ne sont pas Ă  une incohĂ©rence près.

La presse a fini par admettre (Ă  contrecĹ“ur ?) que les « intentions de vote » exprimĂ©es longtemps avant un scrutin « sont souvent loin du compte » (cf. par exemple Le Monde, 20 mai 2021.). « Toujours » Ă©tait visiblement impossible Ă  dire pour un journal de rĂ©fĂ©rence en matière de doxosophie. Sans surprise cet aveu ne signifiait pas un changement des pratiques Ă©ditoriales. Gageons que le sens de « longtemps avant » laisse une grande latitude Ă  une presse qui refuse de comprendre qu’une intention de vote n’existe pas par essence. La nature de ce que rĂ©coltent les sondeurs quand ils soutirent des intentions Ă  des sondĂ©s Ă  toute Ă©poque, par internet, ne l’intĂ©resse guère. Tant que les journalistes, politiques notamment, se comporteront comme des turfistes et non des analystes de la vie politique, rien ne changera fondamentalement. Nous renvoyons nos lecteurs Ă  nos nombreuses critiques sur la valeur des dites intentions.

Quant Ă  savoir ce que sont des « intentions de vote » sans Ă©lections, donc sans objet, la rĂ©ponse est simple et va de soi, non ? Mise Ă  part leur existence comptable, elles ne sont, faux paradoxe, que fiction. Mais rien de littĂ©raire, car mĂŞme les nouvelles de ce type (façon JDD-Ifop) sont fausses. On peut compter nĂ©anmoins sur eux pour dĂ©noncer les fake news, celles des autres...

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