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EN BREF

Docteur Patrick et Mister Cohen

Déontologie journalistique à géométrie variable.

Faut-il continuer Ă  offrir des tribunes mĂ©diatiques Ă  Éric Zemmour et Ă  ses outrances ? La question, Ă  propos de laquelle nous nous sommes rĂ©cemment exprimĂ©s, a Ă©tĂ© posĂ©e par LibĂ©ration, dans un article publiĂ© le 21 septembre 2016, Ă  plusieurs journalistes, parmi lesquels Patrick Cohen. Le journaliste en charge de la matinale de France inter Ă©tait en effet prĂ©sent sur le plateau de « C Ă  vous », le 6 septembre dernier, lors de l’une des plus rĂ©centes (et bruyantes) apparitions de Zemmour [1].

On a ainsi pu apprendre, comme l’a Ă©galement relevĂ© « ArrĂŞt sur images », que Patrick Cohen a Ă©tĂ© « surpris » par les propos tenus par son invitĂ©, reconnaissant qu’il n’avait pas lu « ligne Ă  ligne » le nouvel ouvrage de ce dernier. Et, Ă  la question de savoir s’il conviera prochainement Éric Zemmour sur les antennes de France inter, il rĂ©pond par la nĂ©gative, avançant trois arguments :

Un, on n’est pas loin de discours pouvant tomber sous le coup de la loi [2]. Deux, son livre n’est pas une Ĺ“uvre originale si on met de cĂ´tĂ© les quelques pages de la prĂ©face. Trois, il y a suffisamment d’intellectuels dans le paysage pour ne pas aller chercher quelqu’un qui a Ă©tĂ© journaliste mais qui est devenu un acteur politique sans en avoir la lĂ©gitimitĂ© Ă©lectorale.

Patrick Cohen en dĂ©duit-il toutefois qu’il faudrait cesser d’inviter Éric Zemmour et de lui offrir des tribunes ? Non. Et il s’en explique :

Cette question me gêne car elle présuppose que les téléspectateurs sont des imbéciles, qu’ils sont incapables de faire la part des choses et que diffuser des propos inacceptables revient à les faire rentrer dans la tête des gens.

Un indĂ©niable respect, de la part de Patrick Cohen, pour l’autonomie intellectuelle des tĂ©lĂ©spectateurs, qu’il estime capables de « faire la part des choses », y compris parmi les « propos inacceptables » d’Éric Zemmour. Hors de question pour lui, dès lors, de considĂ©rer que ce dernier devrait ĂŞtre persona non grata dans les Ă©missions de dĂ©bat.

VoilĂ  qui tranche avec les propos tenus par un certain Cohen Patrick en mars 2013 lors d’un fameux Ă©change avec FrĂ©dĂ©ric TaddeĂŻ au cours de l’émission… « C Ă  vous ». Pour mĂ©moire, Cohen avait alors reprochĂ© Ă  l’animateur de « Ce soir ou jamais » de donner la parole Ă  des « cerveaux malades » [3]. Et d’argumenter :

Quand on anime une émission de débat, de débat public, on a une responsabilité, par exemple de ne pas propager de thèses complotistes, de ne pas donner la parole à des cerveaux malades, parce que dans les gens que j’ai cités, je pense qu’il y a des cerveaux malades.

Quelques jours plus tard, en rĂ©ponse Ă  une chronique de Daniel Schneidermann au titre explicite (« La liste noire de Patrick Cohen » [4]), le journaliste de France inter enfonçait le clou :

Si le nouveau critère de la déontologie façon Schneidermann, c’est recevons tout le monde même les plus marginaux, les plus délirants, les plus condamnables – y compris du point de vue de la loi, puisque Dieudonné a été plusieurs fois condamné – pour avoir une forme de crédibilité dans le pluralisme des idées et des expressions, alors je pense qu’il faut changer de métier.

Si l’on compare les dĂ©clarations de Patrick Cohen en 2013 et en 2016, on en dĂ©duira donc que :

- Patrick Cohen pensait, en 2013, que les tĂ©lĂ©spectateurs Ă©taient des « imbĂ©ciles », « incapables de faire la part des choses ».
- Patrick Cohen a changĂ© : il pense dĂ©sormais qu’établir une liste de personnes « interdites d’antenne » est un manque de respect pour les tĂ©lĂ©spectateurs, qui peuvent tout Ă  fait ĂŞtre exposĂ©s Ă  des « propos inacceptables » sans nĂ©cessairement les prendre pour argent comptant.
- Patrick Cohen va reconnaĂ®tre qu’il s’était Ă©garĂ© en 2013, et prĂ©senter ses excuses Ă  toutes celles et tous ceux Ă  qui il avait alors administrĂ© des leçons de dĂ©ontologie journalistique. Ă€ moins que, pris de remords, il ne dĂ©cide de « changer de mĂ©tier ».


Julien Salingue

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