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« L’Europe, l’Europe... »

Deux poids, deux mesures

Selon que vous serez un vénérable partisan du Traité ou son méprisable adversaire...

Dans un article intitulĂ© « MĂ©dias en tenue de campagne europĂ©enne », paru dans Le Monde Diplomatique de mai 2005, Serge Halimi relevait l’indignation sĂ©lective et asymĂ©trique des moralistes des mĂ©dias face Ă  des propos qu’ils jugent choquants : « Ils furent nombreux Ă  fustiger M. Henri Emmanuelli quand celui-ci rapprocha les actuels minoritaires du Parti socialiste et les anciens opposants au marĂ©chal PĂ©tain : « On est loin du dĂ©bat Ă©clairĂ© et dĂ©mocratique ; on est plutĂ´t dans l’invective et l’outrance verbale » (Dominique ReyniĂ©, i-tĂ©lĂ©vision, 14 mars). Mais les mĂŞmes se montrèrent moins « choquĂ©s » quand, parlant cette fois des opposants au traitĂ©, Mme Martine Aubry leur reprocha un « populisme qui a conduit l’Italie d’autrefois Ă  ce qu’on sait ». Mussolini, est-ce beaucoup moins grave que PĂ©tain ? »

Quelques nouveaux échantillons de traitement asymétrique

Une « gaffe » de François Hollande ? N’en parlons pas....

Sur France Culture, le 26 mai Ă  13 heures, François Hollande tient des propos en rupture totale avec le discours habituel des partisans du « Oui », qui soutiennent que le TraitĂ© est un bon traitĂ©, le plus social et le plus dĂ©mocratique que l’on puisse espĂ©rer. En rupture surtout, avec l’invitation insistante Ă  dĂ©connecter les enjeux intĂ©rieurs et europĂ©ens :

- François Hollande : Mais de toute manière, on aura le mĂŞme prĂ©sident jusqu’en 2007. [...] Dès lors qu’il ne met pas sa personne en cause, on peut le regretter ou on peut ...
- Journaliste : Vous souhaiteriez qu’il mette sa personne en cause ?
- François Hollande : Non, non, aujourd’hui il n’y a pas de raison qu’il le fasse puisqu’il ne l’a pas fait et s’il l’avait fait d’ailleurs, nous aurions appelĂ© Ă  voter non . [1] [...]
- Autre journaliste : François Hollande, pardon, mais vous m’avez fait sursauter. Vous avez dit : si Jacques Chirac avait mis en quelque sorte son poste en balance, si le rĂ©fĂ©rendum eĂ»t Ă©tĂ© donc un plĂ©biscite, vous auriez appelĂ© Ă  voter non. Donc pas de traitĂ© ?
- François Hollande : Ecoutez, ça on l’avait signalĂ© dès le dĂ©part. On avait dit : nous, nous sommes pour un rĂ©fĂ©rendum Ă  condition qu’il n’y ait effectivement pas de plĂ©biscite. Sinon, c’est une autre question qui est posĂ©e. [...] LĂ , il ne s’agit pas de ça, il ne met pas sa personne en cause. On le connaĂ®t trop bien, Jacques Chirac, il ne remet aucun de ses mandats en cause. A partir de lĂ , le seul sujet c’est le traitĂ© constitutionnel. Si ça avait Ă©tĂ© sa personne, c’Ă©tait un autre dĂ©bat politique, une autre configuration .

En version sonore :

Il est remarquable que la presse, avec sa scrupuleuse honnĂŞtetĂ©, n’ait pas fait davantage Ă©cho Ă  cette dĂ©claration.

Le lendemain, 27 mai, François Hollande est l’invitĂ© de StĂ©phane Paoli sur France Inter. Et c’est un auditeur, pas Paoli, qui lèvera le lièvre de sa très Ă©tonnante dĂ©claration de la veille. Le moins que l’on puisse dire c’est que la rĂ©ponse de François Hollande Ă©tait embarrassĂ©e...

Jusqu’Ă  prĂ©sent - mais sait-on jamais ? - silence total dans « nos » mĂ©dias.

Un slogan sexiste de l’UMP ? Fermons les yeux...


Un journaliste de Marianne, entre autres, s’insurgeait contre la violence - « saillies », « volĂ©e d’insultes » - des partisans du « non » sur Internet, dont on nous dit qu’il est devenu le quasi-monopole des adversaires du TraitĂ© (Voir dans : Paris-Normandie en « mission d’information », « Halte au “non totalitaire du Net ” »).

Nous lui soumettons, ainsi qu’aux plus charitables de ses confrères ulcĂ©rĂ©s, ce slogan paru sur un site « jeunes » de l’UDF de » la Somme (oĂą il figurait dans les « goodies », mais d’oĂą il a semble-t-il disparu...)

Des dessins indĂ©cents de Cabu ? Ce n’est que de l’ humour...

Imaginons qu’un partisan du non prĂ©tende que Florence Aubenas vote « non » mais que ses ravisseurs brĂ»lent de ratifier de TraitĂ© de Constitution pour l’Europe... Énorme scandale ! Mais lorsque par deux fois le dessinateur Cabu se livre Ă  ce genre de tripatouillage Ă  des fins de propagande, nul ne s’indigne.

En dernière page de Charlie Hebdo du 13 avril 2005, Cabu nous suggère d’abord qu’Aubenas vote « Oui » :

Puis le dessinateur explique dans Le Canard enchaĂ®nĂ© (11 mai 2005) que les ravisseurs de la journaliste sont de fervents partisans du « Non » :

NB : L’humour ayant, semble-t-il, tous les droits, y compris les droits d’auteur, nous retirerons ces dessins sur simple demande de l’auteur s’il veut les soustraire Ă  la critique.

Quand le dessinateur Cabu fait voter Florence Aubenas (pour le « oui ») et ses ravisseurs (pour le « non »), Robert MĂ©nard, contre toute attente, oublie de dĂ©plorer, au nom de Reporters sans frontières qu’une otage soit mise au service de la propagande d’ un dessinateur sans scrupule ; Serge July, patron de LibĂ©ration et partisan du traitĂ©, se garde de condamner le cynisme et la dĂ©magogie de Cabu ; Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo et prĂ©posĂ© aux leçons de morale, couvre le dĂ©tournement du soutien Ă  Florence Aubenas en soutien au TraitĂ© constitutionnel.

C’est entendu : pour le « Oui », tout est permis !

[Documentation : Acrimed et PLPL]

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