« France 2 a menti »
Le soir de l’émission, les premières attaques se multiplient contre celle qui a osĂ© bousculer Alain Finkielkraut et le dispositif de « Des paroles et des actes », notamment sur les rĂ©seaux sociaux. Nous ne reproduirons pas ici les nombreux messages insultants, haineux et/ou menaçants, pour mieux nous concentrer sur le traitement, dans les « grands mĂ©dias », de « l’affaire ». Quoi que l’on pense du contenu de l’intervention de Wiam Berhouma ou des idĂ©es qu’elle peut soutenir par ailleurs, une analyse critique des rĂ©actions qu’elle a suscitĂ©es s’impose, pour ce qu’elles rĂ©vèlent de l’état et du fonctionnement du microcosme mĂ©diatique.
Dès le 22 janvier, Marianne publie sur son site un article titrĂ© « Face Ă Finkielkraut dans DPDA, une intervenante pas si neutre », dans lequel l’hebdomadaire se fait l’écho d’une accusation diffusĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux : France 2 aurait menti aux tĂ©lĂ©spectateurs en prĂ©tendant que la jeune femme n’était membre d’aucun parti politique. « Sur Twitter », peut-on lire sur le site de l’hebdomadaire, « certains ont rapidement accusĂ© la jeune femme d’ĂŞtre liĂ©e avec le PIR, le Parti des indigènes de la RĂ©publique. […] Une information qui, si elle avait Ă©tĂ© donnĂ©e, aurait changĂ© la donne sur l’intervention d’une Wiam Berhouma prĂ©sentĂ©e comme indĂ©pendante de toute organisation politique ».
L’« information » est rapidement reprise par d’autres mĂ©dias, comme Le Figaro, qui Ă©voque le PIR et fait rĂ©fĂ©rence Ă l’article de Marianne, ou le site du mensuel Causeur, oĂą Wiam Berhouma devient mĂŞme « membre des Indigènes de la RĂ©publique, un parti "antisioniste" accusĂ© par l’hebdomadaire Marianne de racisme anti-blanc et de communautarisme ».
Frédéric Haziza, qui officie sur La Chaîne parlementaire (LCP) et la Radio de la communauté juive (RCJ), est également de la partie :

De mĂŞme que Caroline Fourest, toujours en charge d’une chronique sur France Culture, et qui relaie sur Twitter un article au titre explicite (« Les indigènes du service public ») :

La messe est dite : contrairement Ă ce qu’a affirmĂ© David Pujadas, Wiam Berhouma serait donc « liĂ©e » Ă un parti politique, voire mĂŞme « membre » d’un parti politique. L’occasion de rappeler ce qu’a exactement dit le prĂ©sentateur de « Des paroles et des actes » : « Vous ĂŞtes professeure d’anglais dans un collège Ă Noisy le Sec, alors vous n’êtes encartĂ©e dans aucun parti, je prĂ©cise que vous avez fait partie d’une liste citoyenne aux dernières rĂ©gionales, mais aucun parti. »
Trois remarques s’imposent ici :
– ce n’est pas le contenu de l’intervention de Wiam Berhouma qui est critiqué, mais le fait que ses supposés liens avec le PIR auraient été dissimulés par France 2. L’article publié par Marianne est à cet égard exemplaire, qui ne dit pas un mot du propos de l’intervenante, mais se focalise exclusivement sur ses prétendues accointances politiques. Une manière commode de délégitimer un propos sans rien en dire.
– n’en dĂ©plaise Ă certains, qu’il s’agisse de FrĂ©dĂ©ric Haziza (« jeune musulmane apolitique ») ou de Marianne (« intervenante neutre »), Wiam Berhouma a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e comme une personne engagĂ©e, ainsi qu’en tĂ©moigne sa prĂ©sence sur une « liste citoyenne » : nulle « neutralitĂ© » donc, ni « apolitisme ». Mais il est vrai qu’il est plus facile de transformer la rĂ©alitĂ© pour mieux la critiquer...
– quand bien mĂŞme une information aurait Ă©tĂ© dissimulĂ©e, on ne peut qu’être surpris de cette soudaine volontĂ© de transparence. Ă€ l’exception de Marianne, qui rappelle que « ce type "d’oubli" n’est pas rare dans les mĂ©dias, biaisant ainsi la lecture de comprĂ©hension du tĂ©lĂ©spectateur », force est de constater que ceux qui ont critiquĂ© Wiam Berhouma et France 2 ne montent guère au crĂ©neau lorsque, par exemple, des « experts » en Ă©conomie sont prĂ©sentĂ©s uniquement d’après leurs titres universitaires alors qu’ils sont Ă©galement rĂ©munĂ©rĂ©s par des banques. Deux poids, deux mesures ?
Mais alors, qu’en est-il rĂ©ellement de l’hypothĂ©tique mensonge de France 2 ? Wiam Berhouma est-elle oui ou non « membre » ou « liĂ©e » au PIR ? Si l’on en croit les principaux intĂ©ressĂ©s, non, puisque la jeune femme et le PIR ont dĂ©menti cette rumeur, alors que la polĂ©mique enflait. Le seul vĂ©ritable Ă©lĂ©ment « probant » est que Wiam Berhouma a participĂ© le 31 octobre 2015 Ă une manifestation, la « Marche de la dignitĂ© », Ă l’initiative d’un collectif de femmes ad hoc, la Marche des femmes pour la dignitĂ© (Mafed), et qu’elle a signĂ© l’appel de la Mafed Ă manifester, appel Ă©galement signĂ© par le PIR [1].
C’est tout ? C’est tout. En dĂ©finitive, le plus Ă©tonnant est la capacitĂ© qu’ont eue de nombreux mĂ©dias Ă gloser sur les prĂ©tendus liens de Wiam Berhouma avec le PIR sans prendre la peine de la questionner Ă ce propos, ou tout simplement de prendre connaissance de ce qu’elle avait Ă en dire. Le soir de l’émission, la principale intĂ©ressĂ©e dĂ©mentait sur Twitter son appartenance au PIR. Trois jours après l’émission, dans une interview publiĂ©e sur le site du Courrier de l’Atlas, elle contestait de nouveau les imputations de certains mĂ©dias, soulignant que ceux-ci ne l’avaient pas contactĂ©e [2]. Puis, c’est dans une tribune publiĂ©e sur « Le Plus » de L’Obs qu’elle dĂ©veloppait, non sans une certaine ironie, son propos [3]. L’information Ă©tait donc Ă la disposition de quiconque voulait se donner la peine de la chercher...
Alors, beaucoup de bruit pour rien ?
Il faut sauver le soldat Finkielkraut
Ce qui semble en rĂ©alitĂ© avoir dĂ©rangĂ© une partie significative du microcosme mĂ©diatique, c’est que Wiam Berhouma a « osĂ© » sortir du cadre strict de l’émission « Des paroles et des actes », et qu’elle n’a pas respectĂ© la règle selon laquelle une simple « intervenante » ne doit pas s’en prendre Ă « l’invitĂ© » de l’émission. A fortiori si celui-ci est membre Ă part entière de la caste des « intellectuels » qui monopolisent les dĂ©bats et trustent les invitations dans les grands mĂ©dias depuis des dĂ©cennies, quand ils n’ont pas eux-mĂŞmes, comme c’est le cas pour Alain Finkielkraut, leur propre Ă©mission [4].
La charge contre Wiam Berhouma s’est en effet poursuivie dans les jours (et dĂ©sormais les semaines !) qui ont suivi son intervention sur France 2, et le moins que l’on puisse dire est que les petits procureurs qui ont instruit son procès Ă charge n’ont pas fait dans la demi-mesure. Le point commun entre toutes ces interventions ? Ne pas parler – ou le moins possible – du propos de la jeune femme, et se concentrer sur la supposĂ©e « agression » dont aurait Ă©tĂ© victime Alain Finkielkraut.
Exemple parmi bien d’autres avec Ariel Wizman, chroniqueur dans l’émission « La nouvelle Ă©dition », diffusĂ©e chaque midi sur Canal Plus, qui s’en est vivement pris, le 25 janvier 2016, Ă Wiam Berhouma [5], avec le soutien de DaphnĂ© BĂĽrki (animatrice de l’émission) et de Nicolas Domenach (Challenges, ex-Marianne et Ă©galement chroniqueur de « La nouvelle Ă©dition »). Cette sĂ©quence mĂ©rite que l’on s’y attarde, car elle condense en quelques minutes les principaux traits de la « contre-offensive » mĂ©diatique qui a suivi l’émission du 21 janvier. Extraits :
- DaphnĂ© BĂĽrki : « Tout le monde a commentĂ© le ton Ă©nergique et presque insultant, on peut dire, de cette invitĂ©e qui a kidnappĂ© l’antenne pendant de longues minutes ».
Nous ne savons pas quel Ă©tait le montant de la rançon et qui l’a payĂ©e, mais Ă notre connaissance l’antenne est saine et sauve et a pu rentrer chez elle. Plus sĂ©rieusement, on ne sait si l’on doit rire ou pleurer face Ă de tels propos : si une intervention ponctuelle de quelques minutes est un « kidnapping d’antenne », comment qualifier le ballet permanent des quelques interchangeables qui squattent la quasi-totalitĂ© des grands mĂ©dias au quotidien ?
Mais poursuivons :
- Ariel Wizman : « La sĂ©quence a durĂ© une quinzaine de minutes en direct, pendant lesquelles Alain Finkielkraut s’est dĂ©composĂ©, mĂŞme s’il a gardĂ© un certain calme, assez remarquable. »
Notons ici que la sĂ©quence a durĂ© très exactement 10 minutes, au cours desquelles Wiam Berhouma s’est exprimĂ©e pendant environ 6 minutes (durant lesquelles elle a Ă©tĂ© interrompue Ă plus de 25 reprises), et Alain Finkielkraut pendant environ 3 minutes et 20 secondes. Relevons Ă©galement le caractère surrĂ©aliste de l’hommage appuyĂ© d’Ariel Wizman au « remarquable » Alain Finkielkraut qui, il est vrai, n’a interrompu Wiam Berhouma qu’à 16 reprises (soit en moyenne une fois toutes les 25 secondes), le tout dans le « calme » : « Non, non, non, non. Écoutez, j’ai compris quand mĂŞme, j’ai compris, alors je peux vous rĂ©pondre » (interruption numĂ©ro 3) ; « Bon alors, je peux, non mais ce n’est pas possible, il faut que je rĂ©ponde quand mĂŞme ! » (interruption numĂ©ro 7) ; « Je peux partir, ce n’est pas possible, Ă©coutez » (interruption numĂ©ro 11) ; « C’est catastrophique » (interruption numĂ©ro 14) ; etc.
La suite :
- Ariel Wizman : « Mais Ă l’évidence le micro reste fermement entre les mains de la jeune fille malgrĂ© les diverses injonctions de David Pujadas. »
Aurait-il fallu lui arracher le micro des mains ? Ou alors peut-ĂŞtre couper le son, comme cela s’est produit avec un syndicaliste la semaine suivante dans le « Des paroles et des actes » consacrĂ© Ă Nicolas Sarkozy ? Tel semble ĂŞtre l’avis du dĂ©mocrate Ariel Wizman.
Et ça continue :
- Ariel Wizman : « Alors quoi que l’on pense d’Alain Finkielkraut on peut ĂŞtre surpris par l’irruption de cette parole militante, injuriant avec un sourire angĂ©lique un invitĂ© […] ».
Ă€ quel moment Wiam Berhouma a-t-elle « injuriĂ© » Alain Finkielkraut ? Nous le cherchons encore [6].
Puis :
- Ariel Wizman : « S’en est suivie une rĂ©probation gĂ©nĂ©rale, un sentiment de prise en otage ».
Technique usĂ©e jusqu’à la corde : prendre prĂ©texte d’une « rĂ©probation gĂ©nĂ©rale » pour ne pas avoir Ă assumer sa propre opinion. Nous n’avons en effet trouvĂ© personne, Ă part Wizman et BĂĽrki, ayant osĂ© parler de « prise d’otage » (ou de « kidnapping d’antenne ») Ă propos de l’émission du 21 janvier. Doit-on, au passage, rappeler au chroniqueur ce qu’est rĂ©ellement une prise d’otage ?
Et encore :
- Ariel Wizman : « Alors qu’est-ce qu’il faut faire de cette parole, parce qu’elle existe en France, la parole radicale, la parole extrĂŞme-gauche, la parole islamiste » [7].
Amalgame numéro 1.
- Ariel Wizman : « VoilĂ , donc on est un peu au dĂ©but d’une crise qui rappelle ce qu’il y avait au dĂ©but du Front national, Ă son Ă©mergence, pour la tĂ©lĂ©vision ».
Amalgame numéro 2.
Fin de la chronique.
Un remarquable condensĂ©, disions-nous, de la « contre-offensive » mĂ©diatique et des mĂ©thodes employĂ©es pour dĂ©lĂ©gitimer Wiam Berhouma et, accessoirement, prendre la dĂ©fense d’Alain Finkielkraut.
Ce dernier semble en effet, Ă en croire Ariel Wizman, avoir Ă©tĂ© victime d’une vĂ©ritable agression. Thèse reprise par Philippe Bilger sur le Figaro.fr (« Wiam Berhouma professeur d’anglais Ă Noisy-le-Sec a pu, au cours d’une interminable intervention puis d’une reprise de parole, […] vilipender Alain Finkielkraut mĂ©dusĂ© auquel on n’a concĂ©dĂ© le droit de rĂ©pondre que tardivement »), par Élisabeth LĂ©vy (« Cette pĂ©ronnelle vous a carrĂ©ment insultĂ© ») ou encore par Nicolas Domenach sur Twitter :

On ne pourra en outre s’empĂŞcher de mentionner le communiquĂ© scandalisĂ© du syndicat Force ouvrière France TĂ©lĂ©visions, qui explique que « lors de son interminable intervention, Mme Berhouma a eu tout le loisir de tenir Ă l’égard du philosophe Alain Finkielkraut un discours dans lequel l’agressivitĂ© et la haine Ă©taient Ă peine dissimulĂ©es » [8]. Pauvre, pauvre Alain Finkielkraut.
La quasi-totalitĂ© de ces commentaires avisĂ©s oublient soigneusement de discuter du contenu de l’intervention de Wiam Berhouma, n’en retenant que la conclusion (venue après la rĂ©ponse d’Alain Finkielkraut) : « Monsieur Finkielkraut, pour le bien de la France, taisez-vous ». Ce « taisez-vous », qui n’est pourtant qu’une reprise ironique d’une cĂ©lèbre « rĂ©plique » d’Alain Finkielkraut (comme l’a rappelĂ© Wiam Berhouma elle-mĂŞme sur le plateau de France 2) a ainsi servi de prĂ©texte commode pour s’indigner bruyamment et, surtout, pour ne pas rĂ©pondre Ă l’argumentation de la jeune femme, tout en la dĂ©lĂ©gitimant violemment.
Mention spĂ©ciale enfin pour Natacha Polony qui a jugĂ© utile, histoire d’enfoncer le clou, de renvoyer Wiam Berhouma Ă ses origines (rĂ©elles ou supposĂ©es), tout en s’en dĂ©fendant : « On en oubliait presque, clouĂ©s au pilori par ce sourire, que cette RĂ©publique mise en accusation, raciste et postcoloniale, a permis a une jeune femme dont on ne cherche mĂŞme pas Ă connaĂ®tre les origines, elle qui nous envoie sa religion Ă la figure, de devenir professeur » [9].
Quelle ingratitude.
Finkielkraut blessé… mais pas mort
Rappelons qu’aucun de ces grands mĂ©dias n’a pris la peine de contacter Wiam Berhouma pour lui donner la parole, et lui offrir ainsi l’occasion de se dĂ©fendre contre la multiplication de raccourcis, mensonges et amalgames, qu’ils Ă©taient il est vrai en train de contribuer Ă rĂ©pandre, Ă la notable exception de LibĂ©ration.fr dans un article mis en ligne le 4 fĂ©vrier 2016. En revanche, plusieurs journalistes ont pris le soin de s’adresser Ă Alain Finkielkraut, voire mĂŞme de lui ouvrir leur micro pour se « dĂ©fendre ».
Ainsi, dès le 24 janvier sur RCJ (Radio de la communauté juive), Élisabeth Lévy offrait à Alain Finkielkraut, que l’on devine blessé et meurtri par une épreuve qui a duré, rappelons-le, dix minutes, l’occasion de revenir sur l’intervention de Wiam Berhouma [10].
- Élisabeth LĂ©vy : « Fallait-il laisser parler cette fille [sic] pendant de si longues minutes ? […] »
- Alain Finkielkraut : « Alors Ă©coutez, avant de rĂ©pondre Ă cette question […], je voudrais vous dire dans quel Ă©tat d’esprit je suis arrivĂ© sur le plateau de "Des paroles et des actes". J’avais la peur au ventre. Non seulement parce que j’ai toujours le trac quand je dois parler en public, mais parce que c’est prendre un risque Ă©norme aujourd’hui que de passer Ă la tĂ©lĂ©vision. Verba volant, scripta manent, disait-on jadis. Dans la civilisation du spectacle, les choses se sont renversĂ©es. Les Ă©crits ont de moins en moins d’importance et tombent très vite dans l’oubli. On ne retient pas la nuance, ce qui reste en revanche, ce qui est gravĂ© pour l’éternitĂ© dans le marbre liquide d’internet… »
- Élisabeth LĂ©vy : « Très joli. »
- Alain Finkielkraut : « … ce sont les paroles malheureuses, approximatives ou excessives. La toile se rĂ©gale de tout ce qui est caricatural. Je craignais donc d’être entraĂ®nĂ© par la vivacitĂ© du dĂ©bat, par telle ou telle interpellation… »
- Élisabeth LĂ©vy : « Vous craigniez surtout le dĂ©bat avec Cohn-Bendit non ? »
- Alain Finkielkraut : « Oui mais je savais qu’il y aurait une interpellation. »
[…]
- Élisabeth LĂ©vy : « Et vous avez Ă©tĂ© impĂ©rial face Ă l’insulte. »
- Alain Finkielkraut : « Alors, l’insulte, j’y arrive, mais pas tout de suite. »
Après une (longue) digression sur l’Allemagne et Angela Merkel, il reprend :
- Alain Finkielkraut : « … mais mon regret est bien moindre que celui que j’aurais Ă©prouvĂ© si j’avais ajoutĂ© une nouvelle casserole Ă celles que je traine dĂ©jà … »
- Élisabeth LĂ©vy : « C’est-Ă -dire si vous aviez rĂ©pliquĂ© Ă cette petite… »
- Alain Finkielkraut (sourire aux lèvres) : « Taisez-vous ! »
- Élisabeth LĂ©vy : « VoilĂ , ce qu’elle mĂ©ritait mais, amplement. »
- Alain Finkielkraut : « VoilĂ mais alors donc pas de regrets, ou peu de regrets en tout cas, mais une vraie tristesse, voilĂ la rĂ©ponse arrive, au souvenir de l’interminable diatribe de cette enseignante, professeure d’anglais, de Noisy-le-Sec. Ă€ l’issue d’une annĂ©e marquĂ©e par tant d’Allahou Akbar meurtriers [re-sic], cette jeune femme dĂ©roulait imperturbablement son cahier de dolĂ©ances : il n’y a qu’un racisme en France, celui qui vise les Musulmans. Elle Ă©tait installĂ©e dans une posture victimaire dont aucun Ă©vĂ©nement n’avait le pouvoir de la dĂ©loger. On prenait conscience en l’écoutant que la citadelle de la plainte et du ressentiment Ă©tait inexpugnable. »
- Élisabeth LĂ©vy : « Oui parce que cette jeune femme en l’occurrence, je ne sais pas quel pourcentage ou combien de divisions elle a derrière elle mais elle reprĂ©sente un discours qui est aujourd’hui rĂ©pandu. Qui est encore rĂ©pandu. »
- Alain Finkielkraut : « Exactement. Et sa vindicte Ă©tait d’autant plus accablante que cette femme est parfaitement intĂ©grĂ©e : elle ne porte pas le voile, elle est professeure… Au lieu donc de manifester sa gratitude Ă l’égard d’un pays qui l’a Ă©mancipĂ©e, qui l’a aidĂ©e Ă s’émanciper, et qui lui a permis d’être tout ce qu’elle pouvait ĂŞtre, elle exprime sa haine, elle vomit la France. Force donc est de constater que l’islam radical n’est pas notre seul ennemi, il y a des Musulmans qui, aujourd’hui, laĂŻcs, se joignent pourtant Ă son jihad, contre la France, et contre les Juifs. Parce que quand mĂŞme… »
- Élisabeth LĂ©vy : « C’est un peu ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme qui n’est pas vraiment islamo mais qui est, qui est postcolonial en quelque sorte [re-re-sic]. »
- Alain Finkielkraut : « VoilĂ , c’est tout le discours postcolonial. »
- Élisabeth LĂ©vy : « La colonisation sans cesse recommencĂ©e. »
- Alain Finkielkraut : « VoilĂ . Et quand il s’est agi pour cette femme, dont on frĂ©mit Ă l’idĂ©e qu’elle enseigne dans l’école publique… »
- Élisabeth LĂ©vy : « Ah oui. »
- Alain Finkielkraut : « Quand il s’est agi pour elle de dresser la liste des pseudo-intellectuels islamophobes aujourd’hui en France, elle n’a pas nommĂ©, comme LibĂ©ration ou comme la presse Pigasse, Houellebecq et Onfray, mais seulement… »
- Élisabeth LĂ©vy : « Zemmour et BHL je crois… »
- Alain Finkielkraut : « Éric Zemmour, Bernard-Henri LĂ©vy et moi. Or, Bernard-Henri LĂ©vy, qui fustige depuis longtemps l’idĂ©ologie française, la "France moisie" si vous voulez, ne figure sur aucune liste noire des nĂ©o-rĂ©acs. Ni Lindenberg, ni Joffrin n’ont jamais songĂ© Ă l’incriminer. Donc pourquoi lui ? »
- Élisabeth LĂ©vy : « Parce qu’il est un nom de famille avant d’être une pensĂ©e. »
- Alain Finkielkraut : « Quel est le point commun en effet entre Zemmour, BHL et moi ? Nous sommes Juifs. L’antisĂ©mitisme Ă la tĂ©lĂ©vision en première partie de soirĂ©e, voilĂ le monde dans lequel nous sommes condamnĂ©s Ă Ă©voluer. »
- Élisabeth LĂ©vy : « Et lĂ j’ai quand mĂŞme Ă©tĂ© Ă©tonnĂ©e, pardonnez-moi, que Pujadas ne fasse pas une remarque sur cette petite liste. »
- Alain Finkielkraut : « Il n’a pas fait de remarque sur cette petite liste, il l’a laissĂ©e parler. Ă€ la fin de l’émission, David Pujadas et le producteur ont exprimĂ© leur colère, ils ont Ă©tĂ©, m’ont-ils dit, roulĂ©s dans la farine, car cette jeune femme ne s’est pas prĂ©sentĂ©e Ă eux comme elle s’est prĂ©sentĂ©e aux tĂ©lĂ©spectateurs. Elle avait des griefs Ă faire valoir, mais des griefs tout Ă fait civilisĂ©s. Je veux bien les croire, mais c’est quand mĂŞme une preuve de grande nĂ©gligence car il suffit de googliser cette professeure pour apprendre qu’elle a participĂ© le 31 octobre Ă la Marche de la dignitĂ©, et cette Marche de la dignitĂ© on y entendait des slogans tels que "Première, deuxième, troisième Intifada, nous sommes tous des enfants de Gaza" ou encore "On s’en fout, on est chez nous" et les organisateurs, munis de haut-parleurs, lançaient des noms comme Onfray, Fourest, Finkielkraut, et la foule rĂ©pondait "Ta race". "Onfray, ta race", "Fourest, ta race", "Finkielkraut, ta race", et un certain nombre d’hommes politiques y avaient droit Ă©galement. Donc, si vous voulez… Et maintenant cette jeune femme est devenue une hĂ©roĂŻne sur les sites comme oumma.com et islaminfo. »
- Élisabeth LĂ©vy : « Non mais ce qui est intĂ©ressant c’est que visiblement elle n’a convaincu que les gens qui vous dĂ©testaient par principe sans vous connaĂ®tre, donc oumma.com et tous ces gens-lĂ , en revanche le soutien que vous avez eu, y compris de beaucoup de gens qui ne sont pas d’accord avec vous, a Ă©tĂ© massif, parce que son arrogance et son impolitesse, parce qu’il faut quand mĂŞme rĂ©pondre, moi j’ai Ă©tĂ© frappĂ©e, dans un dĂ®ner vous ne laisseriez pas quelqu’un s’adresser Ă un de vos invitĂ©s comme ça. »
- Alain Finkielkraut : « Absolument. Non, non, il est vrai que l’animateur David Pujadas a Ă©tĂ© très surpris donc il a manquĂ© de fermetĂ©. Peut-ĂŞtre a-t-il eu peur, si vous voulez, en l’interrompant de susciter de la part d’un certain nombre de tĂ©lĂ©spectateurs, de susciter des rĂ©actions extrĂŞmement violentes. Il avait souci de mĂ©nager la part du public qui pouvait se sentir visĂ© par les critiques que j’adressais tout au long de l’émission. »
- Élisabeth LĂ©vy : « Oui. »
- Alain Finkielkraut (concluant sa diatribe) : « En tout cas, avec… On a une preuve supplĂ©mentaire avec ce pĂ©nible Ă©pisode, du fait que nous sommes sortis de la pĂ©riode post-hitlĂ©rienne de notre histoire. L’antisĂ©mitisme a Ă nouveau pignon sur rue : il est le paquet cadeau du multiculturalisme. »
Et nous avons une preuve supplĂ©mentaire avec ce pĂ©nible Ă©pisode (que nous nous abstiendrons de commenter dans le dĂ©tail tant il est Ă©loquent en lui-mĂŞme [11]) de la capacitĂ© inouĂŻe de certains « intellectuels » Ă jeter le discrĂ©dit sur quiconque ose les contredire, en ayant recours aux amalgames les plus outranciers.
Il est significatif de constater qu’aucun des mĂ©dias qui ont menĂ© la charge contre Wiam Berhouma ne s’est fait l’écho des propos d’Alain Finkielkraut et d’Élisabeth LĂ©vy, qui auraient pourtant mĂ©ritĂ©, a fortiori dans la mesure oĂą ils sont tenus par des personnes ayant « pignon sur rue », d’être au moins aussi amplement commentĂ©s que le « taisez-vous » de la jeune femme. Ainsi, non seulement Alain Finkielkraut, contrairement Ă Wiam Berhouma, a eu le droit Ă la parole après le « Des paroles et des actes » du 21 janvier, mais il a pu le faire sans contradicteur. MĂŞme schĂ©ma lors de l’émission « Polonium », prĂ©sentĂ©e par Natacha Polony sur Paris Première, dans son Ă©dition du vendredi 5 fĂ©vrier 2016, au cours de laquelle le « philosophe » a rĂ©pĂ©tĂ©, quasiment Ă l’identique, les propos tenus le 24 janvier dans l’émission d’Élisabeth LĂ©vy [12].
« DĂ©fense de toucher Ă l’un d’entre nous, sous peine d’être trainĂ© dans la boue » : tel semble ĂŞtre le mot d’ordre de ces journalistes, chroniqueurs et autres « intellectuels » de tĂ©lĂ©vision, qui ne reculent devant rien pour Ă©craser celles et ceux qui osent remettre en cause les règles du jeu de l’entre-soi mĂ©diatique. Des règles du jeu Ă gĂ©omĂ©trie variable, puisqu’elles ne s’appliquent qu’aux outsiders et que les tenanciers de l’espace mĂ©diatique s’assoient dessus quand bon leur semble. Ainsi va ce microcosme, au sein duquel les Ă©ventuelles (petites) divergences de points de vue s’effacent devant les solidaritĂ©s de caste.
Un microcosme auquel nous pourrions, Ă notre tour, dire : « Taisez-vous ! »
Julien Salingue
Annexe : L’intĂ©gralitĂ© de la « conversation » entre Alain Finkielkraut et Elisabeth LĂ©vy le 24 janvier sur RCJ.
- Élisabeth LĂ©vy : « Fallait-il laisser parler cette fille [sic] pendant de si longues minutes ? […] »
- Alain Finkielkraut : « Alors Ă©coutez, avant de rĂ©pondre Ă cette question […], je voudrais vous dire dans quel Ă©tat d’esprit je suis arrivĂ© sur le plateau de "Des paroles et des actes". J’avais la peur au ventre. Non seulement parce que j’ai toujours le trac quand je dois parler en public, mais parce que c’est prendre un risque Ă©norme aujourd’hui que de passer Ă la tĂ©lĂ©vision. Verba volant, scripta manent, disait-on jadis. Dans la civilisation du spectacle, les choses se sont renversĂ©es. Les Ă©crits ont de moins en moins d’importance et tombent très vite dans l’oubli. On ne retient pas la nuance, ce qui reste en revanche, ce qui est gravĂ© pour l’éternitĂ© dans le marbre liquide d’internet… »
- Élisabeth LĂ©vy : « Très joli. »
- Alain Finkielkraut : « … ce sont les paroles malheureuses, approximatives ou excessives. La toile se rĂ©gale de tout ce qui est caricatural. Je craignais donc d’être entraĂ®nĂ© par la vivacitĂ© du dĂ©bat, par telle ou telle interpellation… »
- Élisabeth LĂ©vy : « Vous craigniez surtout le dĂ©bat avec Cohn-Bendit non ? »
- Alain Finkielkraut : « Oui mais je savais qu’il y aurait une interpellation. »
- Élisabeth LĂ©vy : « Vous saviez qu’il y allait y avoir des chausse-trappes et des… farces et attrapes disons ? »
- Alain Finkielkraut : « Non, une interpellation je savais. Je craignais donc d’être entraĂ®nĂ© Ă durcir, voire Ă dĂ©naturer mes positions et Ă devoir rĂ©pondre ma vie durant d’une formulation incertaine ou d’un Ă©nervement ridicule. »
- Élisabeth LĂ©vy (sourire aux lèvres) : « Non mais ça c’était avant, Alain Finkielkraut, vous n’êtes plus du tout comme ça. »
- Alain Finkielkraut : « Si. Mais Ă la fin de cette longue Ă©mission, j’ai donc Ă©prouvĂ© un intense soulagement, car tel n’a pas Ă©tĂ© le cas. Je n’ai rien sacrifiĂ© de mes convictions mais je n’ai rien dit non plus dont j’aie Ă©ternellement Ă rougir. »
- Élisabeth LĂ©vy : « Et vous avez Ă©tĂ© impĂ©rial face Ă l’insulte. »
- Alain Finkielkraut : « Alors, l’insulte, j’y arrive, mais pas tout de suite. »
- Élisabeth LĂ©vy : « D’accord. Je sais que vous rĂ©pondez toujours hein finalement. »
- Alain Finkielkraut : « Oui, je rĂ©ponds toujours. Je retarde mais je rĂ©ponds. La rançon du dĂ©bat oral, c’est bien sĂ»r l’esprit de l’escalier. Donc dans le te taxi qui me ramenait d’Aubervilliers chez moi, je me suis dit que j’aurais dĂ» ĂŞtre notamment beaucoup plus ferme quand Daniel Cohn-Bendit m’a exhortĂ© Ă clamer avec lui "Bravo Merkel". "Bravo Madame Merkel", car la chancelière allemande a mis l’Union europĂ©enne en pĂ©ril en dĂ©cidant d’ouvrir unilatĂ©ralement ses frontières aux rĂ©fugiĂ©s pour effacer une fois pour toutes la souillure du nazisme [sic]. Et la voici concrète aujourd’hui de s’humilier devant les autoritĂ©s turques pour que celles-ci rĂ©duisent le flot des migrants ».
- Élisabeth LĂ©vy : « Oui mais si elle a mis l’Union europĂ©enne en pĂ©ril, elle a y aussi mis l’Allemagne quand mĂŞme… »
- Alain Finkielkraut : « Oui mais c’est toute l’Europe prosternĂ©e, l’Europe assujettie, l’Europe mendiante, l’Europe toute entière soumise Ă la bonne volontĂ© des nouveaux Ottomans [re-sic] : voilĂ le rĂ©sultat dĂ©sastreux de la morale sans rĂ©flexion de la Chancelière Merkel. Alors c’est ce que j’aurais dĂ» rĂ©pondre Ă Daniel Cohn-Bendit, je ne l’ai pas fait, pas fait comme je l’aurais souhaitĂ©, mĂŞme si j’ai pris mes distances avec son enthousiasme si vous voulez, mais mon regret est bien moindre que celui que j’aurais Ă©prouvĂ© si j’avais ajoutĂ© une nouvelle casserole Ă celles que je traine dĂ©jà … »
- Élisabeth LĂ©vy : « C’est-Ă -dire si vous aviez rĂ©pliquĂ© Ă cette petite… »
- Alain Finkielkraut (sourire aux lèvres) : « Taisez-vous ! »
- Élisabeth LĂ©vy : « VoilĂ , ce qu’elle mĂ©ritait mais, amplement. »
- Alain Finkielkraut : « VoilĂ mais alors donc pas de regrets, ou peu de regrets en tout cas, mais une vraie tristesse, voilĂ la rĂ©ponse arrive, au souvenir de l’interminable diatribe de cette enseignante, professeure d’anglais, de Noisy-le-Sec. Ă€ l’issue d’une annĂ©e marquĂ©e par tant d’Allahou Akbar meurtriers [re-re-sic], cette jeune femme dĂ©roulait imperturbablement son cahier de dolĂ©ances : il n’y a qu’un racisme en France, celui qui vise les Musulmans. Elle Ă©tait installĂ©e dans une posture victimaire dont aucun Ă©vĂ©nement n’avait le pouvoir de la dĂ©loger. On prenait conscience en l’écoutant que la citadelle de la plainte et du ressentiment Ă©tait inexpugnable. »
- Élisabeth LĂ©vy : « Oui parce que cette jeune femme en l’occurrence, je ne sais pas quel pourcentage ou combien de divisions elle a derrière elle mais elle reprĂ©sente un discours qui est aujourd’hui rĂ©pandu. Qui est encore rĂ©pandu. »
- Alain Finkielkraut : « Exactement. Et sa vindicte Ă©tait d’autant plus accablante que cette femme est parfaitement intĂ©grĂ©e : elle ne porte pas le voile, elle est professeure… Au lieu donc de manifester sa gratitude Ă l’égard d’un pays qui l’a Ă©mancipĂ©e, qui l’a aidĂ©e Ă s’émanciper, et qui lui a permis d’être tout ce qu’elle pouvait ĂŞtre, elle exprime sa haine, elle vomit la France. Force donc est de constater que l’islam radical n’est pas notre seul ennemi, il y a des Musulmans qui, aujourd’hui, laĂŻcs, se joignent pourtant Ă son jihad, contre la France, et contre les Juifs. Parce que quand mĂŞme… »
- Élisabeth LĂ©vy : « C’est un peu ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme qui n’est pas vraiment islamo mais qui est, qui est postcolonial en quelque sorte. [re-re-re-sic] »
- Alain Finkielkraut : « VoilĂ , c’est tout le discours postcolonial. »
- Élisabeth LĂ©vy : « La colonisation sans cesse recommencĂ©e. »
- Alain Finkielkraut : « VoilĂ . Et quand il s’est agi pour cette femme, dont on frĂ©mit Ă l’idĂ©e qu’elle enseigne dans l’école publique… »
- Élisabeth LĂ©vy : « Ah oui. »
- Alain Finkielkraut : « Quand il s’est agi pour elle de dresser la liste des pseudo-intellectuels islamophobes aujourd’hui en France, elle n’a pas nommĂ©, comme LibĂ©ration ou comme la presse Pigasse, Houellebecq et Onfray, mais seulement… »
- Élisabeth LĂ©vy : « Zemmour et BHL je crois… »
- Alain Finkielkraut : « Éric Zemmour, Bernard-Henri LĂ©vy et moi. Or, Bernard-Henri LĂ©vy, qui fustige depuis longtemps l’idĂ©ologie française, la "France moisie" si vous voulez, ne figure sur aucune liste noire des nĂ©o-rĂ©acs. Ni Lindenberg, ni Joffrin n’ont jamais songĂ© Ă l’incriminer. Donc pourquoi lui ? »
- Élisabeth LĂ©vy : « Parce qu’il est un nom de famille avant d’être une pensĂ©e. »
- Alain Finkielkraut : « Quel est le point commun en effet entre Zemmour, BHL et moi ? Nous sommes Juifs. L’antisĂ©mitisme Ă la tĂ©lĂ©vision en première partie de soirĂ©e, voilĂ le monde dans lequel nous sommes condamnĂ©s Ă Ă©voluer. »
- Élisabeth LĂ©vy : « Et lĂ j’ai quand mĂŞme Ă©tĂ© Ă©tonnĂ©e, pardonnez-moi, que Pujadas ne fasse pas une remarque sur cette petite liste. »
- Alain Finkielkraut : « Il n’a pas fait de remarque sur cette petite liste, il l’a laissĂ©e parler. Ă€ la fin de l’émission, David Pujadas et le producteur ont exprimĂ© leur colère, ils ont Ă©tĂ©, m’ont-ils dit, roulĂ©s dans la farine, car cette jeune femme ne s’est pas prĂ©sentĂ©e Ă eux comme elle s’est prĂ©sentĂ©e aux tĂ©lĂ©spectateurs. Elle avait des griefs Ă faire valoir, mais des griefs tout Ă fait civilisĂ©s. Je veux bien les croire, mais c’est quand mĂŞme une preuve de grande nĂ©gligence car il suffit de googliser cette professeure pour apprendre qu’elle a participĂ© le 31 octobre Ă la Marche de la dignitĂ©, et cette Marche de la dignitĂ© on y entendait des slogans tels que "Première, deuxième, troisième Intifada, nous sommes tous des enfants de Gaza" ou encore "On s’en fout, on est chez nous" et les organisateurs, munis de haut-parleurs, lançaient des noms comme Onfray, Fourest, Finkielkraut, et la foule rĂ©pondait "Ta race". "Onfray, ta race", "Fourest, ta race", "Finkielkraut, ta race", et un certain nombre d’hommes politiques y avaient droit Ă©galement. Donc, si vous voulez… Et maintenant cette jeune femme est devenue une hĂ©roĂŻne sur les sites comme oumma.com et islaminfo. »
- Élisabeth LĂ©vy : « Non mais ce qui est intĂ©ressant c’est que visiblement elle n’a convaincu que les gens qui vous dĂ©testaient par principe sans vous connaĂ®tre, donc oumma.com et tous ces gens-lĂ , en revanche le soutien que vous avez eu, y compris de beaucoup de gens qui ne sont pas d’accord avec vous, a Ă©tĂ© massif, parce que son arrogance et son impolitesse, parce qu’il faut quand mĂŞme rĂ©pondre, moi j’ai Ă©tĂ© frappĂ©e, dans un dĂ®ner vous ne laisseriez pas quelqu’un s’adresser Ă un de vos invitĂ©s comme ça. »
- Alain Finkielkraut : « Absolument. Non, non, il est vrai que l’animateur David Pujadas a Ă©tĂ© très surpris donc il a manquĂ© de fermetĂ©. Peut-ĂŞtre a-t-il eu peur, si vous voulez, en l’interrompant de susciter de la part d’un certain nombre de tĂ©lĂ©spectateurs, de susciter des rĂ©actions extrĂŞmement violentes. Il avait souci de mĂ©nager la part du public qui pouvait se sentir visĂ© par les critiques que j’adressais tout au long de l’émission. »
- Élisabeth LĂ©vy : « Oui. »
- Alain Finkielkraut (concluant sa diatribe) : « En tout cas, avec… On a une preuve supplĂ©mentaire avec ce pĂ©nible Ă©pisode, du fait que nous sommes sortis de la pĂ©riode post-hitlĂ©rienne de notre histoire. L’antisĂ©mitisme a Ă nouveau pignon sur rue : il est le paquet cadeau du multiculturalisme. »