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Un tribune libre de juin 2000

Déontologie - Berk !...

Par Claude-Jean Bertrand (Chronique du 2 juin 2000)
par Claude-Jean Bertrand,

Spécialiste des médias et de leur déontologie, Claude-Jean Bertrand a écrit ou dirigé une vingtaine d’ouvrages [1].

Voici sa Chronique du 2 juin 2000, lue sur le site www.mediaradiotv.com (où il a carte blanche pour pousser son " Coup de gueule ") et que nous publions ici comme tribune libre, avec son autorisation [2].

Déontologie - Berk ! ...

Une grosse bavure de médias, et wof ! les divas du journalisme entonnent le grand air de la déontologie. Pourtant, il me semble à moi que les médias, et une bonne partie des journalistes, n’en ont rien à cirer, de la déontologie, rien du tout.

Essayez de trouver en France un grand quotidien, ou hebdomadaire d’information, ou JT qui, par un compte rendu ou une interview, ait signalé l’existence du livre de Serge Halimi, Les chiens de garde, avant qu’il s’en soit vendu plus de 100 000 exemplaires.

En 1997, quatre livres sur la déontologie des médias sont sortis. L’un d’eux avait été écrit par un ancien rédacteur en chef de Ouest-France. Ce dernier a suggéré au Monde d’organiser et de publier un débat sur les livres ou entre les auteurs. Pas de réponse.

Essayez de trouver dans notre pays une école de journalisme, un département de communications, où se fasse un cours annuel sur la déontologie (comme celui que naguère je faisais à l’Institut Français de Presse).

De toute façon, quand il ne s’agit que de vitupérations ou de débats, la déontologie n’est que "paroles verbales" - même si on va jusqu’à la rédaction d’un code. Il arrive un moment où il faut mettre en batterie des moyens (non-étatiques) d’inciter au respect des règles, ce que j’appelle des M*A*R*S (voir C de G des 21 et 22 mars). De ce côté là, où en est-on en France ?

Combien de conseils de presse ? Zéro. Combien de revues consacrées à la critique des médias ? Zéro. Combien de médias qui envoient des questionnaires d’exactitude, ou ont une fois commandé un audit déontologique ? Zéro. Combien de quotidiens français ont un médiateur ? Un. Combien de médias ont leur propre code ? Une poignée. Combien d’associations militantes regroupant des usagers de médias ? Trois ou quatre, toutes petites, presque invisibles.

Voilà le verre à moitié vide. En fait, il y a eu des progrès depuis 30 ou 40 ans, certains dus aux législateurs, quand (par exemple) ils ont mis fin au monopole de l’Etat sur la radiotélévision. D’autres ont été dus à la technologie, comme la prolifération de nouveaux médias. D’autres enfin, trop peu, ont été dus à une prise de conscience par les journalistes de leurs devoirs envers le public, telle la multiplication des "courriers des lecteurs", des encadrés de correction, des pages ou émissions consacrées aux médias. Prises ensemble, ces améliorations sont admirables - mais, hélas, très insuffisantes.

Claude-Jean Bertrand

 

Notes

[1Dont L’Arsenal de la démocratie : médias, déontologie et M*A*R*S (1999), La déontologie des médias (Que sais-je n° 3255, 2ème édition 1999 [traduit aux EU et au Brésil]), ainsi que Médias : Introduction à la presse, la radio et la TV (Paris, Ellipses, 2ème édition, novembre 1999) et Les médias aux Etats-Unis (Que sais-Je n°1593,5ème éd. 1997).

[2Les articles présentés comme des tribunes n’engagent pas nécessairement la responsabilité d’Acrimed.

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