Accueil > Critiques > (...) > Le groupe Le Monde

Au Monde, les stratèges planifient et les salariés trinquent

par Grégory Rzepski,

« Un plan à la fois indispensable, du fait de la situation économique, et qui doit être fait dans l’efficacité et l’équité » : le 4 avril 2008, c’est dans ces termes délicats, empruntés à la langue des managers que le président du directoire du Monde, Éric Fottorino, défend le « plan de redressement » présenté le même jour au conseil de surveillance.

Le plan était annoncé et attendu… En 2007, le groupe a encore perdu 20 millions d’euros et son endettement s’élève à 150 millions d’euros. En guise de « redressement », une charrette de départs de près de 130 emplois à la société éditrice du Monde (SEM). Ce sont même 300 emplois au total qui sont concernés si l’on ajoute [1] la cession « des entités déficitaires ou non stratégiques », selon le directoire, comme Fleurus Presse, La Procure, Danser ou Les Cahiers du cinéma. Au sein du quotidien et dans ses suppléments, les suppressions d’emploi doivent faire l’objet d’un plan de départs volontaires, puis d’un plan de départs contraints pour les licenciements restants.

Les concurrents du « quotidien de référence » ont eux aussi mis en œuvre des « plans de départ » comme à Libération en 2007 [2]ou ont annoncé des mesures semblables, comme au Figaro plus récemment. Ainsi, le 5 février 2008, la direction du quotidien de Serge Dassault a annoncé un plan d’économies de 12 millions d’euros prévoyant notamment un plan de départs volontaires qui devrait toucher entre 60 et 80 salariés sur environ 600.

Mais, au Monde, l’ampleur du « plan » stupéfie. « Nous sommes atterrés, nous ne nous attendions pas à un plan aussi drastique », explique ainsi Nicole Morelli de la CFDT à 20 minutes (le 7 avril 2008). « Méchant, beaucoup plus méchant que prévu », commente un autre journaliste anonyme cité par Libération (le 5 avril 2008) quand Alain Faujas, délégué SNJ, explique : « C’est un coup de bambou. On ne pensait pas que le plan serait de cette taille. Ça fait très, très mal. » (Cité par LeJDD.fr, le 4 avril)

Les salariés s’insurgent d’avoir à subir les conséquences d’une « stratégie de fuite en avant » mise en œuvre par les équipes de direction successives, selon les termes employés dans un communiqué commun des sociétés de personnels du Monde. Pour sa part, dans un texte diffusé le 4 avril (et disponible en annexe), l’intersyndicale CGT-CFDT-SNJ du groupe a « fermement condamné ces mesures d’une sévérité sans précédent au Monde » et dénoncé « le résultat d’une gestion irresponsable de l’entreprise par les précédents directoires et d’une vigilance inexistante de la part du conseil de surveillance »

Les options successives du trio Minc-Colombani-Plenel de 1994 à 2005, puis celles du duo Minc-Colombani sont en effet, en grande partie, responsables des difficultés rencontrées aujourd’hui par le groupe et soldées par les salariés [3]. « Il y’a une bouffée de colère contre l’ancienne direction, qui s’est perdue dans des dépenses somptueuses et somptuaires, à commencer par les locaux dans lesquels nous sommes, et contre Alain Minc, l’ancien président du conseil de surveillance, qui n’a rien surveillé du tout. Résultat, on a été en déficit constant, avec pas une seule année en positif », explique ainsi au JDD.fr (le 4 avril) Alain Faujas qui soulève une question décisive : « Ils veulent, dit-il, faire le même journal avec un quart de journalistes en moins. Il suffit de voir ce qui s’est passé à Libération ».

On a vu.

Grégory Rzepski



Communiqué de l’intersyndicale du 4 avril 2008

« Le directoire a présenté ce jour le plan de redressement économique du groupe Le Monde.

Ce PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) porte sur une suppression de 130 emplois à la Société éditrice du Monde (SEM), soit 2/3 de journalistes et 1/3 d’administratifs. Ce PSE devrait s’effectuer en deux phases, la première constituée de départs volontaires, soumis à accord de la direction, la seconde de départs contraints.
Par ailleurs, des cessions ont été annoncées : La Procure, Les Editions de l’Etoile, Fleurus presse, Danser.

Plus d’un salarié sur cinq est donc menacé de licenciement. Cette hémorragie annoncée est le résultat d’une gestion irresponsable de l’entreprise par les précédents directoires et d’une vigilance inexistante de la part du conseil de surveillance. Une fois de plus, les salariés font les frais des errements de leurs dirigeants.

L’intersyndicale CGT-CFDT-SNJ condamne fermement ces mesures d’une sévérité sans précédent au Monde. Les détails de ce plan seront examinés lors du comité d’entreprise extraordinaire prévu dans la semaine du 7 avril. Nous serons extrêmement vigilants afin que soient respectés les intérêts des salariés du journal.

Vos élus CGT, CFDT, SNJ jugent ce plan inacceptable. »

Le communiqué se conclut pas un appel à la mobilisation de l’ensemble du personne et par l’appel à une Assemblée générale, le mardi 8 avril.

 

Acrimed est une association qui tient à son indépendance. Nous ne recourons ni à la publicité ni aux subventions. Vous pouvez nous soutenir en faisant un don ou en adhérant à l’association.

Notes

[1Comme le font Info’Com-CGT, le syndicat des correcteurs et le SIP-CGT dans un communiqué daté du 7 avril 2008.

[3Pour un rappel de ce qu’ont été ces années, voir notre rubrique consacrée au groupe Le Monde.

A la une

Notre-Dame : la revue de presse de France Info excommunie L’Humanité

Ou comment peut-on « à ce point passer à côté de son métier »

Une journaliste de TVBruits blessée le 13 avril à Toulouse

Un communiqué de presse de la web télévision associative TVBruits

Sortie de Médiacritique(s) n°31 : Médias et violences policières

Au sommaire, notre dossier sur la médiatisation des violences policières. Et bien d’autres articles. À commander dès aujourd’hui !