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Aquitaine : sanctionnée pour avoir refusé un publi-reportage (SNJ-CGT)

Nous avions publié le 7 octobre un communiqué du SNJ-CGT et du SNRT-CGT de France 3 Aquitaine sur les menaces de sanction contre une journaliste. Nous publions désormais, avec retard, un communiqué de riposte à la sanction elle-même. (Acrimed)

Nous sommes tous et toutes des Hélène Chauwin

Lettre ouverte du SNJ-CGT France 3 après la sanction d’une journaliste faisant respecter l’éthique de service public. (15 octobre)

Madame la Directrice générale,
Monsieur le Directeur de l’Information,
Madame la Directrice des Ressources Humaines

Le 6 octobre, le Directeur Régional de France 3 Aquitaine a infligé un avertissement à Hélène Chauwin, Journaliste spécialisée à Bordeaux, comptant douze ans d’ancienneté dans la société.

Les motivations de la sanction exprimées dans la lettre du Directeur régional sont une véritable violation de la Charte du Journaliste annexée à l’Avenant audiovisuel de la Convention Collective Nationale de Travail des Journalistes. Cette Charte précise qu’ « un journaliste digne de ce nom n’accepte que des missions compatibles avec la dignité professionnelle ; (…) ne signe pas de son nom des articles de réclame commerciale (…). »

Le Directeur régional fait état « de l’incident professionnel reproché ; sur le planning vous étiez programmé actu libre pour le 30 août, en vue d’effectuer un reportage sur la manifestation « Rentrée littéraire au Cap Ferret » dont France 3 aquitaine est partenaire .* (…)

Au cours de la conférence de rédaction du 30 vous avez fait part au Rédacteur en Chef adjoint de votre refus d’effectuer ce reportage, estimant que cela n’avait aucun intérêt et qu’un partenariat ne le justifiait pas davantage .*(…)

Celui-ci a tenu à vous préciser que la Direction, les services des programmes et de l’information s’étaient engagés dans le cadre de ce partenariat à évoquer cet événement suivant divers modules .* (…)

Le Rédacteur en Chef adjoint a confirmé ce reportage. Vous avez maintenu votre décision ce qui constitue un manquement à ne pas honorer vos obligations professionnelles et va à l’encontre de la mission de service public confiée à France 3 .

En application de l’article 42bis-1 de la CCNTJ je vous inflige un avertissement. Cette sanction vous fera prendre conscience de la nécessité de changer d’attitude. » (souligné par nous)

L’article 42bis-1 de l’Avenant audiovisuel de la CCNTJ prévoit effectivement qu’un avertissement peut être infligé pour « tout manquement aux obligations professionnelles  ».

Au regard des éléments du dossier (lettre du Directeur régional ; entretien du 3 octobre entre Hélène Chauwin, assistée d’Annabelle Igier Secrétaire générale adjointe du SNJ-CGT, le Directeur Régional, le Rédacteur en chef, le Rédacteur en chef adjoint et le DRH) il apparaît que non seulement Hélène Chauwin n’a fait que demander le respect des droits reconnus par la Charte des journalistes et qu’à contrario la Direction de France 3 Aquitaine l’a outrageusement violée, ce qui constitue un précédent inacceptable à France 3.

Que s’est-il passé ce 30 Août en Aquitaine ? Ce jour-là, Hélène refuse de tourner un reportage sur une rencontre entre trois écrivains et leurs lecteurs. Pour quelles raisons ?

Lors de la conférence de rédaction du matin, on lui remet un dossier de presse sur la manifestation, dans lequel elle découvre avec stupeur un compte rendu de réunion en date du 22 août entre le service communication de France 3 Aquitaine évoquant un partenariat entre la société et Alice Médiastore, libraire, magasin, restaurant, cave qui organisait l’événement !

Dans un paragraphe intitulé «  aboutissements antennes  », le document détaillait les sujets à tourner non seulement par les Programmes mais aussi par la rédaction : « rencontres fin août au Cap Ferret, annonce du Lauréat, remise du prix ».
Un autre paragraphe précisait les « dotations » : « 3 jeux complets des ouvrages en compétition et 200 livres de poches si possible pour un jeu téléspectateurs ».

Hélène Chauwin oppose alors la Charte du Journaliste annexée à l’Avenant audiovisuel de la CCNTJ. L’ensemble des journalistes présents à la Conférence de rédaction approuve cette position et demande qu’un autre sujet soit tourné. D’autant plus que le sujet demandé n’était pas tournable avant 18h30, les auteurs n’étant pas présents avant cette heure. Soucieuse de pouvoir alimenter le JT, deux équipes seulement étaient planifiées ce samedi, Hélène Chauwin propose deux autres sujets, diffusables le soir même. Le Rédacteur en chef adjoint refuse.

L’ « incident  » aurait du en rester là. Mais pas du tout !

La Direction régionale décide de convoquer Hélène Chauwin le 3 Octobre pour une explication en vue d’une sanction disciplinaire !
Les échanges lors de cette réunion sont révélateurs de la conception particulière qu’a l’encadrement administratif et journalistique de France 3 Aquitaine de l’information de Service public et de l’éthique.

On apprend notamment que ces « reportages » pour le Journal télévisé dans le cadre du partenariat ont été proposés par un rédacteur en chef adjoint ! Le Directeur estime que « ce partenariat n’est pas commercial  » et que d’ailleurs « les journalistes de Sud Ouest et France Bleue ne se sont jamais plaints ». Puis il affirme que «  l’échange de reportages contre des livres c’était pour un jeu avec les téléspectateurs du Club France télévisions  ». On tombe ainsi en plein délit de marchandage interdit par la loi.

On apprend aussi que l’encadrement a une curieuse conception de l’information, culturelle en l’occurrence, qui a plus à voir avec la communication.

A la question de la représentante du SNJ-CGT qui assiste Hélène Chauwin : « les 3 jeux à remettre à France 3 Aquitaine, à CLG ou MGR, qui apparaissent dans le compte-rendu, c’était pour qui ? ».

- Directeur régional : « Le jury, ou la journaliste qui devait les lire ».
- SNJ-CGT : « On aurait donc dû les remettre à Hélène Chauwin, avant son sujet, non ?  »
- Directeur régional : « J’ai fait suffisamment d’émissions littéraires et d’interviews d’auteurs… »
- SNJ-CGT : « Sans lire les livres ?! »
- Directeur régional : «  C’est un partenariat culturel. Un échange culturel. Le but de l’opération, c’était 3 interviews de 3 écrivains ».
- SNJ-CGT : « Dans les acteurs il y a aussi l’Ecole française des attachés de presse. Je me réfère à l’interview d’une étudiante de 2ème année, qui a fait son stage chez Alice cette année et qui déclare : « je me suis occupée de toute la logistique et des relations presse notamment en obtenant des passages dans les éditions de France 3 Aquitaine  ».

Le Rédacteur en chef adjoint pour sa part ne « voit dans cette affaire, que le respect du planning ».

- SNJ-CGT : « Pourquoi n’avoir pas planifié l’équipe en 14/24 ? »
- Directeur régional : « Nous ne sommes pas à La Poste ».
- Le Rédacteur en chef «  Je tiens à dire qu’Hélène Chauwin est une très bonne journaliste, et je suis assez surpris de toute cette affaire. Mais on ne change pas les règles du jeu d’une partie en cours. J’en fais une question de principe. On en discute avant ou après, mais on fait ce qui est prévu. Le cadre tranche. Sinon, à quoi ça sert ?
- Hélène Chauwin : « J’étais d’accord, avant de voir le document ! »
- Rédacteur en chef adjoint : «  Quand on s’engage, dans un partenariat, il faut le respecter. Dans l’après midi, j’ai reçu un coup de fil d’Alice qui s’étonnait de ne pas voir l’équipe. Je leur ai dit qu’il y avait un problème et qu’il n’y aurait pas de sujet. Alice avait prévu un bateau pour les interviews. C’est gênant… »

Depuis une motion de soutien à Hélène Chauwin condamnant cette attaque contre l’éthique professionnelle a été signée par 48 journalistes de France 3 Aquitaine, soit plus de 58% de la rédaction.

Vous comprendrez bien que le SNJ-CGT de France 3 n’entend pas en rester là.

D’autant que cette affaire n’est que les prémisses de ce qui attend l’ensemble des journalistes et des rédactions de la chaîne à partir du 5 janvier, puisque la Direction de France Télévisions prévoit de développer les partenariats.

Cela ne se fera pas dans de telles conditions !

Le SNJ-CGT demande ce jour la réunion de la Commission paritaire érigée en Commission de discipline tel que prévu à l’article 42bis-2 et défendra la levée de cette sanction.

Il appelle à la solidarité avec Hélène Chauwin en intervenant auprès de la Direction générale et de la Direction de l’information qui doit désavouer ce type de pratiques.

Il appelle tous les journalistes de France 3 à refuser ce type de communication dénaturant le sens même de notre profession et les missions du service public.

Paris le 15 octobre 2008.


Communiqué du 6 octobre 2008

Pour avoir refusé de tourner un publi-reportage, une journaliste de France 3 Aquitaine risque un avertissement !


L’affaire remonte à fin août. Un samedi matin en conférence de rédaction la journaliste découvre que le sujet sur lequel elle est planifiée, « actu livres », est en fait un sujet commandé dans le cadre d’une opération de partenariat entre le service communication de France 3 Aquitaine et une librairie bordelaise, par ailleurs gros papetier mais également marchand de vin, Alice Médiastore.

Pour preuve : un compte rendu de réunion entre les deux « partenaires », glissé, sans doute par erreur, dans le dossier de presse, et très explicite sur la « commande ».

Invoquant alors l’article 5 de notre convention collective, elle refuse donc de tourner ce sujet. Les autres journalistes présents opposent le même refus.

Cet article est l’un des piliers de notre convention. Il reprend en effet les principes professionnels qui régissent le statut du journaliste depuis la Charte des devoirs du journaliste de 1918, modifiée en 1938 mais qui a toujours été très claire sur ce point :


« Un employeur ne peut exiger d’un journaliste un travail promotionnel. Le refus par un journaliste d’exécuter un travail de publicité ne peut être en aucun cas retenu comme faute professionnelle ».

C’est pourtant ce qui se passe aujourd’hui !

Car la direction régionale d’Aquitaine, après avoir notifié une demande d’explication écrite à la journaliste, n’en est pas restée là. Elle l’a convoquée vendredi dernier à un « entretien préalable à sanction disciplinaire » et la menace désormais d’un avertissement voire même un blâme !

Pourquoi tant d’acharnement sur ce qui est l’un des principes fondamentaux de notre métier ?

Serions-nous devenus de simples « communicants » aux yeux de ce directeur régional qui se targue de son passé de grand journaliste ?

Comment peut-il confondre notre métier avec celui de L’Ecole française des attachés de presse de Bordeaux, justement chargée « d’obtenir des passages des auteurs venant chez Alice Médiastore dans les éditions de France 3 Aquitaine » comme l’expliquent fièrement ses étudiantes sur leur site Internet ?

Ou bien s’agit-il avant tout de « mettre au pas » cette journaliste, travaillant depuis 12 ans à France 3, dont le professionnalisme est reconnu par son rédacteur en chef et tous ses collègues… mais qui est également déléguée syndicale SNJ-CGT et secrétaire adjointe du CE de France 3 Aquitaine ?

Quels que soient les véritables enjeux de cet obscur partenariat, le SNJ-CGT ne laissera pas bafouer ainsi le statut du journaliste, et appelle dès aujourd’hui l’ensemble des journalistes de France Télévisions à se mobiliser pour le faire respecter.

Bordeaux, le 6 octobre 2008

 

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