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Un éditorial du "Monde"

2001 : Quand Le Monde scrute une grève à la SNCF (document)

"Le Monde" du 6 avril 2001

Moderniser la SNCF

AU centre du conflit qui paralyse depuis quelques jours la SNCF figurent l’avenir du service public et les craintes, réelles ou non, d’une éventuelle privatisation. Tous les ingrédients sont réunis pour que le malaise exprimé par la grève débouche ainsi sur une longue crise identitaire, quelles que soient les réponses apportées aux revendications - divergentes - des cheminots. Le souvenir du grand conflit de l’hiver 1995 contribue à embarrasser le gouvernement et sans doute la direction de l’entreprise nationale. Lionel Jospin a recommandé, le 4 avril, que des efforts soient faits lors de la négociation. En réalité, la SNCF se trouve prise au piège d’un soupçon déstabilisant pour l’une des dernières communautés de travail qui aient su entretenir son corporatisme : celui de la modernisation rampante, lui-même prélude à la privatisation rampante. En dépit des dénégations de Louis Gallois, président de l’entreprise publique et des propos apaisants du ministre de l’équipement et des transports, Jean-Claude Gayssot, lui-même ancien cheminot, rien n’y fait. Le gouvernement a plus d’une fois donné l’assurance qu’il entendait préserver les services publics. Mais cette politique s’accompagne, à juste titre, d’une volonté de les moderniser. Les agents de la SNCF sont convaincus qu’on leur dissimule l’objectif final et que le premier signal tangible de la privatisation à venir a été la séparation avec Réseau ferré de France. Les directives de Bruxelles, de ce point de vue, leur apparaissent comme une menace lancinante, tandis que les malheurs de la privatisation britannique servent d’épouvantail. Dans ce contexte, Cap Clients, le projet de réorganisation par activités, s’interprète comme une nouvelle étape. Certains veulent y voir un découpage en centres de profit qui annoncerait un démantèlement ou l’abandon de toute référence à la notion de service public. Pour une entreprise de ce type, qui s’est longtemps cimentée autour d’un défi technologique (le TGV), il est sans doute difficile d’opérer un transfert de ses capacités de mobilisation sur un défi économique ou commercial. Il y manque un enjeu clairement établi, à la différence de France Télécom, et, dans une moindre mesure, d’EDF, qui sont dans la même situation. La CGT de Bernard Thibault - lui aussi ancien cheminot - a compris que la modernisation de la SNCF était la seule chance de survie du service public. Mais elle se heurte à des luttes de pouvoir entre les syndicats qui risquent, à terme, de conduire à l’inverse du résultat recherché : en montrant à l’opinion que toute réforme est décidément impossible, les syndicats contestataires vont finir par la convaincre qu’il faudra en venir à la solution la plus radicale, celle de la privatisation, qu’ils prétendent combattre. Comme à chaque fois, ce sont les usagers - pardon, les clients - qui font les frais de cette bataille indécise.

 
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