En préambule, nous rappelons que TF1 n’est pas propriétaire du canal télévisé qu’elle exploite. L’État, par l’intermédiaire du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), peut accorder pour 5 ans le droit d’exploiter ce canal. Au terme de ces cinq années, TF1 doit renégocier avec le CSA le droit d’exploitation du canal télévisé qu’elle utilise. C’est à l’issue de ces échanges que l’institution décide si la convention en vigueur est renouvelée, ou non. Et si oui, à quelles conditions.
Durant l’annĂ©e 2016, le CSA a dĂ©cidĂ© de « [statuer] favorablement sur la possibilitĂ© de reconduire, hors appel aux candidatures, l’autorisation dont la sociĂ©tĂ© TĂ©lĂ©vision Française 1 est titulaire » [1]. Concrètement, cela signifie que le CSA accorde Ă nouveau le droit Ă TF1 d’utiliser le canal tĂ©lĂ©visĂ© dont elle disposait jusqu’alors.
Ă€ ce stade, il y a dĂ©jĂ de quoi rire (très jaune). En effet, comme le rappelle le CSA lui-mĂŞme dans la convention publiĂ©e sur son site, « le caractère pluraliste de l’expression des courants de pensĂ©e et d’opinion [et] l’honnĂŞtetĂ© de l’information » sont des engagements, imposĂ©s par la loi, que doit respecter TF1 pour conserver son droit de diffusion. Or, que ce soit pour le pluralisme ou l’honnĂŞtetĂ© de l’information, TF1 n’est pas exactement un modèle...
Mais il y a pire ! Au cours des nĂ©gociations qu’a menĂ©es le CSA avec TF1, la chaĂ®ne de Bouygues avait avancĂ© un certain nombre de rĂ©clamations. Parmi celles-ci, la possibilitĂ© d’insĂ©rer une coupure de publicitĂ© pendant son journal tĂ©lĂ©visĂ©. Une faveur finalement accordĂ©e par le CSA durant l’étĂ© 2017 [2]… Ă une condition : « La part des femmes expertes en plateau [doit tendre] progressivement vers la paritĂ©. »
Plus de femmes contre de la publicité ? Voilà qu’après les maintes démonstrations de son rôle fantoche, le CSA donne un exemple du sérieux et de la sévérité avec lesquels il lutte pour l’égalité femmes/hommes dans les médias !
Résumons :
- (Encore) plus de publicitĂ© sur une chaĂ®ne qui n’en manque pas : vive la privatisation !
- Saucissonner un peu plus, via la coupure publicitaire, un journal tĂ©lĂ©visĂ© qui n’est dĂ©jĂ qu’une somme de tranches plus ou moins informatives : vive le journalisme !
- Pour tendre Ă la paritĂ©, tapez sur « plus de pub », le progrès social selon TF1 : vive le fĂ©minisme !
Nous l’avons dit et rĂ©pĂ©tĂ© : « InfĂ©odĂ© au pouvoir politique et assujetti aux entreprises mĂ©diatiques », le CSA est « un organisme-fantoche et un organisme-croupion ». Ce nouveau coup d’éclat nous en apporte un Ă©nième exemple : plutĂ´t que de prendre au sĂ©rieux la question mĂ©diatique, plutĂ´t que d’en faire une question politique essentielle, le CSA s’adonne Ă des marchandages de bas-Ă©tage.
Mais il est loin d’être le seul responsable : les gouvernements successifs n’ont jamais montrĂ© de volontĂ© de rĂ©former l’institution – sauf pour aller vers pire… Un « Ă©tat de fait » qui nous conduit Ă rĂ©itĂ©rer une de nos propositions : supprimer le CSA et le remplacer par un Conseil national des mĂ©dias… de tous les mĂ©dias !
Benjamin Lagues