💰 Dégageons les capitalistes des médias : signez notre pétition !
‹ Retour à l'accueil

Sur France 2, les fonctionnaires ont le sens du sacrifice

Comme nous l’avions dĂ©jĂ  relevĂ©, en 2008, dans un article sur la crise financière, la « croisade » Ă©ditorialiste contre le (sur)poids des agents publics dans les dĂ©penses publiques remonte au dĂ©but des annĂ©es 80. En 2012, l’alternance politique ne change pas la donne, d’autant moins que le nouveau gouvernement entonne, lui aussi, le mĂŞme refrain.

Le 10 juillet 2012, le journal de 20 heures de France 2 propose un reportage sur la situation des agents de l’État et leur avenir en matière d’effectifs et de rĂ©munĂ©rations dans les prochaines annĂ©es. Un nouvel exercice de propagande qui illustre aussi bien l’homogĂ©nĂ©itĂ© des mĂ©dias dominants, pour une nouvelle cure d’amaigrissement de la fonction publique, que de la pauvretĂ© informative des reportages des journaux tĂ©lĂ©visĂ©s.

Une solution martelĂ©e : se « serrer la ceinture »

Le journaliste lance le reportage : « Le syndicats voulaient obtenir une revalorisation des salaires des fonctionnaires. Ce ne sera pas le cas. Selon la ministre de la Fonction publique, les finances de l’État ne le permettent pas. »

Une revendication sur laquelle la ministre, Marylise Lebranchu, Ă©met immĂ©diatement une fin de non recevoir, au nom d’une situation forcĂ©ment « catastrophique » : « Si nous avions pu avoir Ă  la fois un discours sur la rĂ©habilitation de la fonction publique et des comptes de la France qui soient en excellente santĂ©, ce qui n’est pas le cas, bien sĂ»r, on aurait Ă©tĂ© beaucoup plus loin. »

Le journaliste enchaĂ®ne sur la question de l’emploi : « Pour les fonctionnaires, les effectifs vont diminuer en moyenne de 2,5 % partout, sauf dans l’Éducation nationale, la Justice et l’IntĂ©rieur [1], oĂą ils augmenteront. Les agents de l’État que nous avons rencontrĂ©s sont, pour la plupart, rĂ©signĂ©s. »

Une prĂ©tendue rĂ©signation diagnostiquĂ©e Ă  partir d’un Ă©chantillon de... trois individus. Mais qu’importe, puisqu’ils prĂ©sentent l’avantage d’ĂŞtre unanimes pour affirmer que le « serrage de ceinture » annoncĂ© par le gouvernement est absolument indispensable, mĂŞme si le premier met en garde contre des nouvelles rĂ©ductions d’effectifs dans les administrations qui ne seront pas prioritaires en matière de recrutements.

Premier tĂ©moignage : « La situation des finances publiques est telle qu’on me demande de geler mon salaire. Ça, ça ne me choque pas. Ce qui me gĂŞne plus, c’est les postes non remplacĂ©s. Car on ne peut pas faire toujours plus avec moins d’effectifs, c’est pas possible. »

Le deuxième vient immĂ©diatement corriger ce dernier point nĂ©gatif : « L’effort, c’est logique de le faire, Ă  partir du moment oĂą c’est pour redĂ©ployer des moyens sur des ministères oĂą il y a des prioritĂ©s de service public qui sont, je crois, reconnues par l’ensemble de la population. »

Le troisième enfonçant le clou de la seule direction possible : « Je ne me sens pas du tout sacrifiĂ©e, car ces mesures sont nĂ©cessaires, sinon les dĂ©ficits seront tels qu’on ne pourra plus les payer et qu’il faut faire des Ă©conomies partout. »

Fermez le ban ! Le tour est donc jouĂ©. Et le journaliste peut alors conclure ce reportage express d’1 min 18 s sur la « pĂ©dagogie de l’effort » : « Jean-Marc Ayrault annonce une concertation Ă  l’automne pour les politiques de rĂ©munĂ©rations dans la fonction publique »

Une concertation dont on imagine dĂ©jĂ  que les mĂ©dias dominants vont cĂ©lĂ©brer qu’elle illustre Ă  merveille la nouvelle pratique gouvernementale d’un « dialogue social » de qualitĂ©, mais en exigeant sans doute qu’il dĂ©bouche sur des solutions... rigoureuses.

Un devoir oubliĂ© : informer

Si nous considĂ©rons que l’une des premières obligations des mĂ©dias d’information – a fortiori pour un mĂ©dia dit « de service public » – est d’apporter une mise en perspective du sujet qu’ils Ă©voquent, afin que les tĂ©lĂ©spectateurs puissent se faire leur propre opinion, nous Ă©tions en droit d’attendre de France 2 qu’elle mette Ă  leur disposition un certain nombre de donnĂ©es Ă©clairant ce dĂ©bat. Il n’en fut rien.

Des informations qui contrebalancent le dogme mĂ©diatique de l’hypertrophie de la fonction publique ont Ă©tĂ© dissimulĂ©es aux tĂ©lĂ©spectateurs (voir, en annexe, un Ă©chantillon de ces informations... oubliĂ©es par France 2).

Bref, au lieu d’informer, France 2, transformĂ©e en « attachĂ©e de presse du gouvernement » [2], s’est livrĂ©e Ă  un exercice de propagande unilatĂ©ral qui rappelle que, Ă  l’instar de Laurent Joffrin, les mĂ©dias dominants ne se sont, eux, toujours pas… rĂ©signĂ©s Ă  « brailler » contre un « Ă‰tat obèse [et] boursouflĂ© » [3].

Denis Perais


Annexe : Les informations oubliĂ©es par France 2

Voici quelques Ă©lĂ©ments contenus dans le rapport d’information « sur la soutenabilitĂ© de l’évolution de la masse salariale de la fonction publique », enregistrĂ© Ă  la prĂ©sidence de l’AssemblĂ©e nationale le 12 octobre 2011 [4] par les dĂ©putĂ©s Bernard Derosier, Marc Francina et Charles de La Verpillère, dans le cadre des travaux de la commission des finances, de l’Ă©conomie gĂ©nĂ©rale et du contrĂ´le budgĂ©taire :

1 - « le niveau d’emploi dans les administrations publiques » dans notre pays n’est pas plus important que dans nombre d’autres : 88,3 pour 1000 habitants en France contre 88,1 au Royaume-Uni, plus de 100 au Canada, et encore davantage dans les pays d’Europe de Nord (page 16) ;

2 - « rapportĂ©es au PIB, les dĂ©penses de fonctionnement de l’administration en France reprĂ©sentent en 2008, 17,6 % contre 19,1 % aux États-Unis, 20,5 % au Canada et 23,3 % au Royaume-Uni » (page 23) [5].

3 - le niveau des des dĂ©penses de rĂ©munĂ©rations des administrations publiques dans le produit intĂ©rieur brut (PIB) a... diminuĂ© de 7 % Ă  6,8 % entre 2006 et 2009 (page 23) !

Enfin, il n’est pas inutile de rappeler que le nombre d’agents publics (fonctionnaires et contractuels) Ă©voluant dans les administrations d’État ou Ă©tablissements publics administratifs est identique aujourd’hui Ă  ce qu’il Ă©tait en 1990, et que, « depuis 1998, les effectifs de la fonction publique d’État ont diminuĂ© en moyenne annuelle » (page 20). Et cela, alors que la population française est passĂ©e, entre le 1er janvier 1990 et le 1er janvier 2012, de 58 Ă  65 millions d’habitants [6].

Mais aussi, soulignons :

– que la valeur du point d’indice (4,6303 €), l’Ă©lĂ©ment dĂ©terminant dans le calcul des salaires des fonctionnaires, n’avait pas bougĂ© depuis le 1er juillet... 2010 ! Que « la perte de leur pouvoir d’achat est de plus de 10 % depuis 2000 » [7].

– que les fonctionnaires voient, depuis 2011 – un « cadeau » introduit par la loi du 9 novembre 2010 sur la rĂ©forme des retraites –, augmenter leurs cotisations pour la pension civile de 0,27 % chaque annĂ©e, jusqu’en 2020, sans la moindre compensation salariale.

Notre association

Acrimed, observatoire des médias

Acrimed (Action-Critique-Médias) est une association d'intérêt général à but non lucratif, fondée en 1996. Observatoire des médias né du mouvement social de 1995, Acrimed cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d'une critique indépendante, radicale et intransigeante.

Qui sommes-nous ?

Pour qu'un autre monde soit possible, d'autres mĂ©dias sont nĂ©cessaires !

Acrimed est une association qui tient à son indépendance. Nous ne recourons ni à la publicité ni aux subventions. Vous pouvez nous soutenir en faisant un don ou en adhérant à l'association.