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Slama-la-haine, les intermittents et le « Lumpen »

Chaque chronique d’Alain-GĂ©rard Slama, sur France Culture ou dans les colonnes du Figaro, transpire la haine et le mĂ©pris. Avec la canicule de cet Ă©tĂ© 2003, sa sueur coule Ă  flots.

Sous le titre « Le nouveau "Lumpen" », on peut lire ceci dans Le Figaro du 21 juillet 2003 :

« La paralysie de la France des festivals [sic] ne laissera pas seulement une trace dans le budget. Elle aura mis en Ă©vidence la prĂ©sence sur la scène dĂ©mocratique d’un acteur atypique, hors système, imprĂ©visible, manipulĂ© et cependant rationnel. Cet acteur, qui a pris en la circonstance le visage des intermittents du spectacle, mais qui peut ĂŞtre aussi bien celui des manifestants antimondialistes opposĂ©s au G8, ne puise ses motivations ni dans une idĂ©ologie ni dans une conscience de classe. De l’ouvreuse de théâtre Ă  la star de cinĂ©ma, du sans-terre du BrĂ©sil Ă  l’exportateur de roquefort de la ConfĂ©dĂ©ration paysanne, il ne dispose pas d’une organisation reprĂ©sentative institutionnalisĂ©e et il partage des rejets plutĂ´t que des projets. Il existe bien pourtant par lui-mĂŞme, et il vient de rendre manifeste une Ă©norme capacitĂ© d’empĂŞcher. En ce sens, la grève qui vient de bouleverser [re-sic] la saison touristique (…) a fait apparaĂ®tre, dans notre dĂ©mocratie mĂ©diatisĂ©e, un phĂ©nomène que les sociologues voyaient venir et qui est appelĂ© Ă  bouleverser les rapports de pouvoir : le dĂ©veloppement d’un Lumpenproletariat hĂ©tĂ©roclite, situĂ© en dehors du pays lĂ©gal, composĂ© de sans-logis mais aussi de cols blancs automarginalisĂ©s, devenu depuis peu capable d’opposer Ă  la sociĂ©tĂ© une rĂ©sistance organisĂ©e. »

Cet acteur protĂ©iforme - ce lumpenprolĂ©tariat pourtant composĂ© d’une majoritĂ© de prolĂ©taires que seule la dĂ©testation de son crĂ©ateur permet de doter d’une mĂŞme identitĂ© sociale - est chassĂ© du « pays lĂ©gal » par simple dĂ©cret du « pĂ©tillant » [1] Alain-GĂ©rard Slama.

Puis le « pĂ©tillant » compare ses Ă©lucubrations avec la description que Marx - son rival posthume - donne des « dĂ©classĂ©s » dans Le 18-Brumaire de Louis Bonaparte [2]. Ce rapprochement prĂ©tentieux et vide permet d’attribuer Ă  la diffĂ©rence des temps … l’inconsistance de la slamesque confrontation. On vous Ă©pargne cette cuistrerie. Mais pas la suite :

« On savait, jusqu’ici, que les dĂ©laissĂ©s de la modernitĂ© Ă©taient capables d’entraver le fonctionnement de la dĂ©mocratie par l’abstention ou par un vote extrĂ©miste. On savait aussi qu’une action spectaculaire bien menĂ©e, comme l’occupation par des sans-logis d’un immeuble rue du Dragon, pouvait envahir les Ă©crans de tĂ©lĂ©vision et arracher des concessions au lĂ©gislateur. On a vu enfin, depuis 1995, des coordinations et les non-alignĂ©s de Sud dicter de plus en plus souvent leur volontĂ© aux syndicats institutionnels. En l’Ă©tĂ© 2003, il sera apparu que des groupes aux intĂ©rĂŞts les plus disparates peuvent, Ă  l’Ă©chelle nationale, remettre en cause des accords et des votes majoritaires en s’exprimant d’une seule voix. ».

De proche en proche, le LumpenprolĂ©tariat version Slama s’Ă©tend Ă  toutes les catĂ©gories de salariĂ©s…

Et ça continue :

« Les trotskistes, venus pour la plupart de FO, qui ont manipulĂ© le « Lumpen » bigarrĂ© d’Avignon et, plus gĂ©nĂ©ralement, les nĂ©o-marxistes et autres bourdivins qui inspirent les mouvements antimondialistes (…) croient pouvoir renouveler le songe du Manifeste communiste : « Exclus de tous les pays unissez-vous ! ». Une formule dont Slama est tellement fier qu’il la ressert rĂ©gulièrement…

…Mais cette fois, c’est pour rassurer ses lecteurs, car :
« les trotskistes (…) et, plus gĂ©nĂ©ralement, les nĂ©o-marxistes et autres bourdivins » (...) mĂ©connaissent le fait que, si grave que soit le creusement des inĂ©galitĂ©s, les groupes qu’ils veulent armer contre le capitalisme sont, peu ou prou, des bĂ©nĂ©ficiaires de l’Etat providence. Les intermittents du spectacle ont beau se reprĂ©senter comme des cigales, par opposition Ă  l’ordre matĂ©rialiste des fourmis, ce sont des cigales subventionnĂ©es. Cela aide Ă  rĂ©flĂ©chir. »

RĂ©sultat de cette « rĂ©flexion » :

« Pour cette raison, ils ont cessĂ© d’ĂŞtre des catĂ©gories dangereuses. Ils restent des individus rationnels, accessibles au « dialogue » avec un pouvoir assez habile pour les ressaisir. Il faudrait, de la part de ce pouvoir, beaucoup d’aveuglement et de fautes pour les pousser au dĂ©sespoir. Dans la forme neuve de dialogue social qui s’instaure, le principal obstacle tient au fait que l’organisation de ces groupes n’est pas stable, et que leurs comportements sont imprĂ©visibles. Beaucoup plus que des hĂ©ritiers de Marx, ce sont les enfants d’Internet et de la tĂ©lĂ©. »

Et Slama, qui ne recule devant aucune comparaison, de terminer par celle-ci, apaisante Ă  souhait :

« A bien des Ă©gards, on est tentĂ© de rapprocher le comportement de ces manifestants du troisième type d’une mode, partie de New York, et qui se rĂ©pand aux Etats-Unis : des manipulateurs invitent par Internet un Ă©chantillon alĂ©atoire Ă  s’attrouper dans un endroit prĂ©cisĂ© au dernier moment ; aussi Ă©tonnant que cela paraisse, des milliers d’hommes et de femmes de tous âges se retrouvent au lieu dit Ă  l’heure dite, entravent la circulation, poussent des cris et se dispersent quand la police arrive. (…) C’est une protestation paradoxale contre l’ère des foules, par le mĂŞme. Il y aurait lĂ  un danger de fascisme si, acculĂ© au dĂ©sespoir, chaque individu n’avait d’autre issue que de se perdre dans la foule. Mais une fois la crise passĂ©e, les passions s’apaisent, et chacun rentre chez soi. »

De quoi alimenter, dans les colonnes du Figaro, un « dĂ©bat » estival.

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