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Radio France Internationale (RFI) : encore et toujours en lutte !

Depuis plus d’an, les salariĂ©s de RFI sont en lutte contre les projets de leur direction et la politique du gouvernement qui tentent de leur imposer une fusion avec France 24. Une fusion qui ressemble fort, pour la 3e radio mondiale, Ă  une dissolution, agrĂ©mentĂ©e d’un dĂ©mĂ©nagement et d’un (second) « plan de dĂ©parts volontaires »â€¦ dont les salariĂ©s ne veulent pas. Le premier plan social avait donnĂ© lieu Ă  la plus longue grève de l’audiovisuel public, une grève se soldant par une victoire en septembre 2009. Nous avions fait le point de ce combat en janvier 2010. Près de deux ans plus tard, la lutte continue. Une lutte qui ne concerne pas les seuls journalistes et auditeurs de RFI…

Nous l’écrivions dans un article de mars 2011 : Radio France Internationale « est indispensable, non seulement Ă  ses auditeurs, mais aux autres mĂ©dias qui bĂ©nĂ©ficient largement des informations qu’elle diffuse et de l’activitĂ© des journalistes qu’elle emploie. Certes, RFI n’est pas au-dessus de toute critique. Loin de lĂ . Mais mieux vaut encore une information pluraliste et critiquable qu’une information rendue monolithique et rachitique, en France et Ă  l’échelle internationale. L’enjeu dĂ©passe largement les seuls journalistes et auditeurs de RFI. Qu’on se le dise ! »

Et nous le disons une fois encore en soutenant publiquement la nouvelle grève entamĂ©e par les salariĂ©s de RFI depuis lundi 28 novembre 2011 pour s’opposer Ă  la volontĂ© farouche de leur direction d’imposer la fusion avec France 24 et ses consĂ©quences : un second plan social, et un dĂ©mĂ©nagement des locaux de la station. Une telle fusion Ă©quivaut pour RFI Ă  une mort programmĂ©e, ou, tout du moins, Ă  une vampirisation de la radio par France 24, sans que, de surcroĂ®t, cela augure d’un avenir plus reluisant pour cette dernière.

I. Une fusion massivement rejetée

L’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale du 3 dĂ©cembre dernier a « approuvĂ© Ă  l’unanimitĂ© le principe d’un rĂ©fĂ©rendum pour ce lundi 5 dĂ©cembre ». Pierre Hanotaux, nouveau directeur gĂ©nĂ©ral dĂ©lĂ©guĂ© de la Holding Audiovisuel ExtĂ©rieur de la France (AEF) nommĂ© par le Pdg Alain de Pouzilhac en remplacement de Christine Ockrent, ayant imprudemment dĂ©clarĂ© aux syndicats, lors d’une rĂ©union de nĂ©gociation sur les prĂ©avis de grève : « Cette fusion RFI-France 24 ne se fera pas sans l’adhĂ©sion du personnel », l’ensemble des syndicats de RFI l’a pris au mot et a organisĂ© Ă  la date prĂ©vue le dit rĂ©fĂ©rendum pour que le personnel rĂ©ponde Ă  cette simple question : « Vous, salariĂ©s de RFI, adhĂ©rez-vous Ă  cette fusion ? »

La rĂ©ponse est sans ambiguĂŻtĂ©, selon un communiquĂ© que nous avons reçu le soir mĂŞme du vote :

591 votants, 94,42 % de votants contre cette fusion RFI-France 24

Ă€ la question « ĂŠtes-vous pour ou contre cette fusion RFI-France 24 ? » posĂ©e ce lundi 5 dĂ©cembre 2011 par l’ensemble des syndicats de RFI, dans un rĂ©fĂ©rendum d’entreprise, les salariĂ©s ont massivement rejetĂ© ce projet de fusion.

591 salariĂ©s se sont exprimĂ©s [1], 558 ont votĂ© contre cette fusion (94,42 %), 26 ont votĂ© pour (4,40 %), 7 bulletins nuls (1,18 %).

Cette consultation organisée dans l’urgence, face à la volonté de passage en force de la direction, a connu un taux de participation historique à RFI. Son résultat est un sévère camouflet infligé à la direction et à tous qui la soutiennent. Aucune réforme et aucun projet d’entreprise ne peuvent se faire sans l’adhésion du personnel. À bon entendeur…

La grève a été votée à l’unanimité ce lundi et se poursuit donc pour la huitième journée consécutive.

Mais cette question, en vĂ©ritĂ©, nous concerne tous, lecteurs, adhĂ©rents, sympathisants d’Acrimed, auditeurs ou non de RFI. Pouvons-nous adhĂ©rer Ă  cette fusion ?

Pour répondre à cette question, voici quelques informations complémentaires, pour la plupart glanées sur le blog RFI Riposte, le blog des salariés de RFI, que nous vous invitons chaleureusement à consulter.

II. Une opération rondement menée

La grève entamĂ©e lundi 28 novembre 2011 rĂ©pond Ă  la tentative de la direction de l’AEF de passer en force en brusquant le calendrier. Qu’on en juge, d’après la chronologie Ă©tablie par RFI riposte :

- Lundi 28 novembre : convocation du CHSCT pour valider la fusion RFI-France 24.
- Mardi 29 novembre : convocation du CHSCT pour valider le projet d’amĂ©nagement des locaux Ă  Issy-les-Moulineaux.
- Mercredi 30 novembre : convocation du ComitĂ© d’entreprise, pour qu’à son tour, il valide la fusion.
- Jeudi 1er dĂ©cembre : convocation du ComitĂ© d’entreprise pour qu’à son tour, il valide le projet d’amĂ©nagement des locaux Ă  Issy-les-Moulineaux.
- Vendredi 2 dĂ©cembre : convocation des Conseils d’administration de RFI, de France 24 et de l’AEF.

Cette prĂ©cipitation s’explique d’autant moins – ou d’autant mieux… – qu’une dĂ©cision de justice doit ĂŞtre rendue le 16 janvier 2012 sur… la validitĂ© des procĂ©dures de fusion ! Petit rappel des Ă©pisodes prĂ©cĂ©dents qui, sans mĂŞme mentionner les glorieuses tribulations du duo de choc Pouzilhac-Ockrent Ă  la tĂŞte de l’AEF (qui chapeaute RFI), permet de comprendre pourquoi les procĂ©dures de fusion sont, sinon valides, du moins très contestables :

– Le 5 octobre 2010, les salariĂ©s de RFI apprennent par un article des Échos la fusion de RFI et de sa filiale arabophone Monte Carlo Doualiya (MCD) avec France 24, ainsi que le projet de dĂ©mĂ©nagement Ă  Issy-les-Moulineaux. Le lendemain, la direction annonce au cours du ComitĂ© d’entreprise que le projet de dĂ©mĂ©nagement de RFI Ă  Issy-les-Moulineaux est acceptĂ© par les tutelles. RFI Riposte rappelle que dans un entretien sur RFI en fĂ©vrier 2008, le prĂ©sident Pouzilhac avait dĂ©clarĂ© : « Je pense qu’on doit ĂŞtre crĂ©ateur d’emplois, sinon on aura Ă©choué… il n’y a pas de fusion envisagĂ©e entre RFI et France 24… » La preuve.

– En dĂ©cembre 2010, les salariĂ©s de RFI sont invitĂ©s par l’intersyndicale Ă  se prononcer sur le projet de dĂ©mĂ©nagement Ă  Issy-les-Moulineaux. RĂ©sultat : le projet est massivement refusĂ©, Ă  91,5 % des voix (486 personnes y ont participĂ©, soit une participation de 53,2 % sur les 822 personnes physiques Ă  RFI et 86 personnes pour MCD – chiffres de la direction).

– En avril 2010, le CA de RFI vote massivement… en faveur du projet, par 13 voix pour et une voix contre – celle de l’intersyndicale reprĂ©sentant pourtant la majoritĂ© des salariĂ©s…

– Le 6 avril 2011, le Canard EnchaĂ®nĂ© publie un article sur l’AEF signĂ© Christophe Nobili. Selon lui, l’« objectif numĂ©ro 1 » des projets de Pouzilhac est de « rĂ©aliser le grand rĂŞve sarkozyien d’un ensemble radio-tĂ©lĂ© mondial Ă  la française. Histoire de ne pas polluer la future campagne prĂ©sidentielle de Sarkozy, l’affaire doit ĂŞtre soldĂ©e au plus tard cet Ă©tĂ©, le 1er juillet. La direction de l’AEF est donc pressĂ©e de boucler l’opĂ©ration ». Et le Canard de donner quelques prĂ©cisions, après avoir pu consulter « deux documents confidentiels (plus de 200 pages au total) dĂ©taillant ce beau projet » :

L’ensemble du personnel sera regroupé non plus par médias mais par pôles linguistiques (francophone, anglophone, arabophone), le tout sous une direction de l’information unique.
Chacun des trois nouveaux pĂ´les sera « plurimĂ©dia » (radio, tĂ©lĂ©, web), avec des journalistes « polyvalents », sautant joyeusement d’un support Ă  l’autre, façon Nextradio TV, le groupe lowcost d’Alain Weil (BFM TV, RMC).
Autre rĂ©jouissance de ce grand chambardement : les sociĂ©tĂ©s RFI et France 24 sont promises au bĂ»cher : c’est Ă©crit noir sur blanc («  […] les sociĂ©tĂ©s RFI et France 24 seront dissoutes et radiĂ©es des Registres du Commerce et des SociĂ©tĂ©s » est-il Ă©crit dans le projet de fusion confidentiel-dĂ©fense RFI-France 24).
[…]
Comme le confirme une rĂ©cente Ă©tude du ComitĂ© d’hygiène et de sĂ©curitĂ© de RFI, le bâtiment qui les attend, louĂ© au CrĂ©dit Suisse, a de quoi faire rĂŞver : « fissures structurelles », « infiltrations », « dĂ©fauts d’étanchĂ©itĂ© », « moisissures », « eaux stagnantes en sous-sol »â€¦ et mĂŞme « odeurs de boulangerie » ! Un palace pour lequel l’État va dĂ©bourser, rien qu’entre le dĂ©mĂ©nagement et les travaux, la bagatelle de 21,5 millions, auxquels s’ajoutent 3 millions sortis par l’AEF. Ensuite, il faudra allonger 6 millions de loyer par an. […]
Ultime consĂ©quence de cette fusion RFI-France 24 tant dĂ©sirĂ©e par Sarko : 126 journalistes et employĂ©s administratifs (sur 1 329) vont prendre la porte. Pardon, ils vont profiter d’un « plan de dĂ©parts volontaires ».

– Le 25 mai 2011, une motion de dĂ©fiance contre Alain de Pouzilhac est soumise au vote des salariĂ©s de RFI par l’intersyndicale : « Devant la reprĂ©sentation nationale, M. Alain de Pouzilhac a osĂ© prĂ©tendre que les salariĂ©s de RFI adhĂ©raient Ă  la fusion de RFI et France 24. Nous, salariĂ©s de RFI, l’accusons de mensonge. Ce projet n’est pas le nĂ´tre. M. Alain de Pouzilhac ne reprĂ©sente pas les salariĂ©s de RFI […]  ». La motion est massivement approuvĂ©e, par 96,66 % des votants [2].

– En juin 2011, les deux cabinets d’expertise mandatĂ©s par les ComitĂ©s d’entreprise de RFI et de France 24 pour Ă©tudier le projet de fusion et le plan de dĂ©parts volontaires rendent leurs rapports. Deux rapports et une conclusion, rĂ©sume l’intersyndicale : « une fusion aux finalitĂ©s incertaines et aux modalitĂ©s contestables. » Et pourtant, « les experts ne demandaient qu’à ĂŞtre convaincus. Pour eux, de prime abord, “les soubassements thĂ©oriques de la fusion pouvaient ĂŞtre pertinents et sĂ©duisants” en vue “d’une meilleure efficience opĂ©rationnelle”  : mutualisation des moyens humains et techniques de RFI et F24, expertise renforcĂ©e, synergie des contenus. »

Mais leurs conclusions sont sans pitiĂ©. Florilège : « les fondements pratiques de la future organisation sont fragiles et peinent Ă  convaincre », « les lacunes du projet rendent impossible une apprĂ©ciation de la pertinence du projet » ; « le prĂ©sent plan de rĂ©organisation au mieux anticipe un avenir incertain, au pire navigue Ă  vue »â€¦ DĂ©plorant « une fusion juridique inutile et incertaine », ils pointent « l’absence de projet Ă©ditorial concernant la future entitĂ© » et craignent « le choc culturel et psychologique que va induire la fusion pour deux entreprises, RFI et F24, très attachĂ©es Ă  leur identitĂ©, sans garantie qu’une nouvelle culture vienne cimenter les troupes ».
Enfin, ils critiquent « un plan de dĂ©parts volontaires au coĂ»t Ă©levĂ© » pour des Ă©conomies qui « restent Ă  prouver », alors que les « effets du prĂ©cĂ©dent PSE Ă  RFI peinent Ă  se faire sentir » selon le premier cabinet, quand ils sont « bien maigres » pour le second. Rappelons en effet que le premier plan social avait finalement coĂ»tĂ© le double des 20 millions prĂ©vus alors, et que le second est d’ores et dĂ©jĂ  estimĂ© Ă  au moins 25 millions d’euros.

– Ă€ la rentrĂ©e, le projet se prĂ©cise. Dans un communiquĂ© publiĂ© le 14 septembre, les intersyndicales de RFI et de MCD s’interrogent : « La direction propose la fusion rĂ©troactive au 1er janvier 2011. Serait-ce pour cacher le pillage de RFI et de MCD au profit du dĂ©veloppement de France 24 ? » Avant de donner des Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse : « Un pillage qui a commencĂ© depuis longtemps : RFI achète en effet sur ses propres deniers des Ă©quipements utilisĂ©s par France 24, RFI paye des salariĂ©s qui travaillent depuis deux ans pour France 24 sans aucune refacturation. Quant au cahier des charges prĂ©sentĂ© en CE et en CA, il est plus qu’inquiĂ©tant : […] La notion de “mission de service public”, garante de l’indĂ©pendance Ă©ditoriale, est totalement diluĂ©e dans une mission de valorisation des succès technologiques et Ă©conomiques ou du patrimoine touristique de la France ! […] Ă€ MCD le “plan de relance” s’est rĂ©sumĂ© par la diffusion du son de France 24 sur l’antenne de la radio. Une hĂ©rĂ©sie que, pourtant, Alain de Pouzilhac et son Ă©quipe dirigeante vendent aux Tutelles comme preuve de la faisabilitĂ© des synergies radio-tĂ©lĂ©. Ă€ quand le son de France 24 sur RFI ? Qu’on ne s’y trompe pas : l’idĂ©e est inscrite dans le "projet de rĂ©organisation" prĂ©sentĂ© par nos dirigeants apprentis sorciers ! »

– Nouvel exemple, le 22 septembre : « Sous prĂ©texte d’un partenariat renforcĂ© pour la campagne Ă©lectorale, alors que la fusion juridique n’est pas faite, la direction de l’AEF dĂ©cide d’extraire les journalistes politiques de RFI du service France/Sciences. Ils auront Ă  assurer des missions au service de la tĂ©lĂ©vision internationale, au dĂ©triment de l’antenne de RFI. »

– Le 3 octobre, RFI Riposte revient sur la juteuse opĂ©ration immobilière du dĂ©mĂ©nagement de la station. Juteuse pour qui ? « Radio France – donc l’État – va ainsi perdre son locataire historique et naturel ainsi que les quelques 6 millions d’euros annuels versĂ©s par RFI, au titre des loyers. Grand gagnant sur toute la ligne : le CrĂ©dit suisse, propriĂ©taire de l’immeuble. Le bâtiment sera ainsi quasiment reconstruit et totalement rééquipĂ© aux frais de l’État. »

– Le 29 novembre, les Ă©lus CFDT, CGT, FO, SNJ et SUD adressent une lettre Ă  Alain JuppĂ©, ministre des Affaires Ă©trangères, Ă  la veille de son audition par la Mission d’information parlementaire sur l’AEF, pour demander « le gel de la tenue des instances reprĂ©sentatives du personnel […] Comment les administrateurs reprĂ©sentants de l’État peuvent-ils accepter de se prononcer vendredi 2 dĂ©cembre sur une fusion qui risque d’être remise en cause par des dĂ©cisions de justice ? », lui rappelant que « trois rapports parlementaires pointent les incohĂ©rences et les errements stratĂ©giques et financiers de cette fusion. Des rapports qui rejoignent les grandes inquiĂ©tudes des personnels de la 3e radio mondiale », et prenant « acte de [son] souhait de voir le ministère des Affaires Ă©trangères redevenir le ministère de tutelle de RFI. » Ils ne seront pas déçus de la rĂ©ponse, publiĂ©e comme il se doit par l’intermĂ©diaire du Figaro.

– Le lendemain 30 novembre, le Figaro.fr rend en effet compte de l’audition, en se fĂ©licitant d’avoir vu « JuppĂ© dĂ©terminĂ© sur le dossier de l’AEF » (c’est le titre) : « Une audition expresse, nette et sans bavure de 45 minutes au cours de laquelle, le ministre d’État a posĂ© quelques principes gĂ©nĂ©raux clairs. » Des principes clairs qui rĂ©pondent point par point aux demandes de l’intersyndicale : JuppĂ© « souhaite que la rĂ©forme soit menĂ©e Ă  bien, dans les temps et dans la forme impartie […] ne conteste pas la co-tutelle avec le ministère de la Culture », et chasse « d’un revers de main, les crises passĂ©es qui se sont dĂ©roulĂ©es sur fond de conflit personnel entre Christine Ockrent et Alain de Pouzilhac, il a estimĂ© que l’arrivĂ©e de Pierre Hanotaux au poste de Directeur gĂ©nĂ©ral du groupe public avait calmĂ© le jeu. Le dĂ©bat est donc clos pour Alain JuppĂ©. » Et pour Le Figaro, cela va sans dire.

***

Non, le dĂ©bat n’est pas clos. Encore faudrait-il qu’il existe – notamment dans l’espace mĂ©diatique. Mais les mĂ©dias dominants, ayant d’autres DSK Ă  fouetter, s’en tiennent au service minimum. Dans le meilleur des cas...

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